Disparition de Princesse d’Anjou, la reine d’Auteuil

Autres informations / 17.11.2021

Disparition de Princesse d’Anjou, la reine d’Auteuil

Disparition de Princesse d’Anjou, la reine d’Auteuil

Lauréate à deux reprises du Grand Steeple-chase de Paris (Gr1), en 2006 et en 2008, Princesse d’Anjou (Nononito) est décédée mardi matin à l’élevage d’Ainay, à l’âge de 20ans. Retour sur la carrière d’une jument d’exception.

Par Alice Baudrelle

Stéphane Milaveau, de l’élevage d’Ainay, nous a appris mercredi : « Princesse d’Anjou a fait un arrêt cardiaque hier matin. À 8 h, elle allait bien : deux heures plus tard, elle est tombée… Cela faisait quinze jours qu’elle était à la maison. Nous l’avions acquise auprès de Rémi Cottin, et c’était une joie de l’avoir ici. Le seul point positif, c’est qu’elle n’a pas souffert. C’était la jument d’obstacle du siècle, et je n’ai pas de mots… C’est la fin d’une époque. Pour nous, c’est un déchirement : on perd des chevaux tous les ans, mais il y a des disparitions qui font plus mal que d’autres. »

Dans le pedigree de Princesse d’Anjou, peu de choses laissaient présager qu’elle deviendrait une championne. Il fallait en effet remonter à sa quatrième mère, Corejada (Pharis), pour trouver du black type majuscule. Corejada avait été une très bonne jument de plat : gagnante des Cheveley Park Stakes, de la Poule d’Essai des Pouliches et des Irish Oaks (Grs1), elle avait aussi conclu deuxième du Prix de Diane (Gr1). Au haras, Corejada a donné deux lauréats de Gr1 : Macip (Marsyas), vainqueur de l’Ascot Gold Cup et du Prix Royal-Oak (Grs1), mais surtout Apollonia (Djebel), gagnante du Prix Morny, du Grand Critérium, de la Poule d’Essai des Pouliches et du Prix de Diane (Grs1). Outre son pedigree plutôt vierge, Princesse d’Anjou aurait pu également être lésée par son petit modèle… mais il n’en fut rien.

D’un réclamer au Grand Steeple. Confiée à François-Marie Cottin, Princesse d’Anjou se place lors de ses deux premières courses sur les haies de Clairefontaine durant l’été de ses 3ans, sous la casaque de l’écurie Centrale. Vendue ensuite à Jean-Paul Sénéchal, elle prend plusieurs autres places cette année-là, sans réussir à s’imposer… et elle est même présentée à réclamer sur le steeple de Cagnes-sur-Mer en début d’année de 4ans, au taux de 14.000 € ! L’élève de Gildas Vaillant finit deuxième, mais personne ne dépose un bulletin. Trois jours plus tard, Princesse d’Anjou termine troisième du Prix Christian de L’Hermite (L), sa quatrième course du meeting. Le 14 avril 2005, elle signe sa première victoire dans un handicap sur les gros obstacles d’Enghien. Les bons résultats s’enchaînent et la jument remporte un premier succès de prestige au printemps de ses 5ans, dans le Prix William Head (L), battant après lutte un certain Kotkijet (Cadoudal). Un mois plus tard, ce dernier est très attendu dans le Grand Steeple-chase de Paris (Gr1) face à Cyrlight (Saint Cyrien). Les deux champions se livrent de bonne heure une bataille féroce qui leur coûtera cher en fin de parcours, puisque Princesse d’Anjou viendra les crucifier sur le plat, sous la selle de Philip Carberry. Un exploit historique, puisque la dernière femelle de 5ans à avoir remporté le Grand Steeple, La Frégate (Jus d’Orange), l’avait gagné en 1931 ! Trois semaines après, Princesse d’Anjou termine deuxième de la Grande Course de Haies d’Auteuil (Gr1) derrière Mid Dancer (Midyan). Elle conclut son année par la plus belle des manières, en enlevant avec panache le Prix La Haye Jousselin (Gr1).

L’année suivante, tout a failli s’arrêter... L’année suivante, en 2007, Princesse d’Anjou court à huit reprises sans réussir à s’imposer, en dépit de nombreuses places. Elle remet son titre en jeu dans le Grand Steeple, où rien ne se passe comme prévu : la jument se réceptionne la tête dans les postérieurs d’un concurrent à la rivière des tribunes, avant d’éjecter Philip Carberry au rail-ditch and fence. Pour couronner le tout, elle revient de la course avec les naseaux en sang : elle s’est fracturé le crâne lors de sa réception à la rivière des tribunes… Princesse d’Anjou fait pourtant son retour à la compétition à l’automne, et cède son titre à Mid Dancer dans le Prix La Haye Jousselin. À 7ans, elle remet les pendules à l’heure dans le Prix Troytown (Gr3), avant de triompher pour la deuxième fois dans le Grand Steeple deux mois plus tard, sa dernière victoire. Après ce doublé, la championne ne sera plus la même, malgré une deuxième place dans le Prix La Haye Jousselin en 2008 derrière Remember Rose (Insatiable). Sa carrière de course se termine sur une cinquième place dans le Grand Steeple, le 30 mai 2010, et elle se retire avec 1.733.925 € de gains.

La moitié de sa production est en Irlande. Au haras, Princesse d’Anjou a donné naissance à huit produits, dont deux gagnants : Maranjou (Martaline), lauréat de deux courses à conditions de suite à 3ans sur les haies de Marseille-Borély et d’Enghien, et troisième du Prix Général de Saint-Didier (Gr3), et Félicie (Saint des Saints), gagnante en fin d’année de 3ans du Prix de Nantes (Haies) à Auteuil, et quatrième l’année suivante du Prix Miror (L). Cette dernière a rejoint l’élevage de Thierry Cyprès par l’intermédiaire de Jean-Marie Callier qui l’avait achetée 90.000 € à la vente d’élevage Arqana 2018, alors qu’elle était pleine pour la première fois de Martaline (Linamix). Quatre produits de Princesse d’Anjou sont en Irlande : le 5ans Gortmillish (Sinndar), qui a débuté en obstacle par une quatrième place à Galway, le 23 octobre, la 4ans La Prima Donna (Saint des Saints), qui a été exportée en début d’année après deux deuxièmes places à 3ans, sur les haies de Compiègne, la 3ans Pure Notions (Authorized), qui n’a pas encore débuté, et la 2ans Alpha Zeta (Doctor Dino). Le dernier produit de la championne est un foal par Doctor Dino (Muhtathir) également. Princesse d’Anjou était retournée à la saillie de Doctor Dino cette année, mais elle était restée vide.