<span class="highlightSearchResult">Doctor</span> <span class="highlightSearchResult">Dino</span>, l’histoire de l'ascension de l’étalon miracle

Élevage / 21.11.2021

Doctor Dino, l’histoire de l'ascension de l’étalon miracle

Lors de la vente d'automne Arqana, sa production a défrayé la chronique. Doctor Dino, stationné à 18.000 €, est l'étalon le plus cher de l'histoire de l'obstacle français. Voici l'histoire d'une incroyable réussite commerciale et sportive.

Les 12 yearlings de Doctor Dino (Muhtathir), conçus à 12.000 €, se sont vendus à une moyenne de 64.167 € la semaine dernière. À eux seuls, ils représentent 20 % des 3,7 millions d'euros de cette section de la vente d'automne Arqana 2021. Ce sire semble capable de tous les miracles, y compris celui de faire aimer les alezans aux acheteurs anglo-irlandais !

Un tel engouement n'est possible que grâce à la forte demande étrangère, et la majorité de ces produits en vente publique devraient être exportés. Pourtant, selon la base de données du Racing Post, Doctor Dino n'a eu que 25 partants sur les obstacles anglo-irlandais. Mais trois d'entre eux ont remporté un total de huit Grs1. De quoi marquer les esprits positivement et puissamment : seuls les "bons" ont traversés la Manche ! Dai Walters, le plus gros acheteur de la vente d'automne en ce qui concerne les yearlings, avait d'ailleurs déclaré : « Je regarde beaucoup de courses et les Doctor Dino réussissent très bien. C'est un top étalon et j'espère avoir de la chance avec lui. » L'âge de l'étalon - il aura 20ans en 2022 - est assez trompeur car il a commencé à saillir alors qu'il avait déjà 8ans. Or son ascension a été remarquablement rapide, surtout pour un étalon polyvalent, car ses forces vives ont été divisées entre le plat et l'obstacle. Qui sait, parmi ses six black types et deux placés de Gr1 en plat, un ou plusieurs auraient gagné au meilleur niveau sur les obstacles et renforcé encore un peu plus la cote de leur père !

Comprendre son ascension. Pour prendre la mesure de la réussite de Doctor Dino nous vous proposons de comparer (dans une infographie) sa progression au fil des saisons de monte avec celle de Poliglote (Sadler's Wells), certainement le meilleur étalon d'obstacle français de la dernière décennie. La comparaison est d'autant plus pertinente que les deux sires ont tous les deux longtemps officié sur les deux marchés (plat et obstacle) avant de connaître la gloire chez les sauteurs.

Au-delà de ses qualités d'améliorateur - qui sont indéniables -, Doctor Dino a frappé très tôt. Sa première génération comptait La Bague au Roi. La deuxième, Docteur de Ballon et Sceau Royal. Si bien qu'il a sorti un gagnant de Groupe sur les obstacles dès 2016 - Sceau Royal à Wincanton - alors qu'il effectuait (seulement) sa septième saison de monte. Et il a donné deux gagnants de Gr1 dès 2017 (Sceau Royal à Sandown et Master Dino à Auteuil). Alors qu'il va bientôt entamer sa 13e saison de reproduction, ses produits ont déjà remporté 13 Grs1 dont 61 % hors de France. Et, honnêtement, c'est vraiment beaucoup.

À titre de comparaison, Poliglote a (doublement) ouvert son compteur directement au niveau Gr1 lors de sa septième saison de monte (avec Kiko à Auteuil et Lingo à Sandown), mais il a dû attendre sa 19e saison pour atteindre la barre des 13 lauréats de Gr1. Plus important encore, sur le plan commercial, seulement 38 % ont décroché le graal en Angleterre ou en Irlande, c'est-à-dire devant les yeux de ceux qui sont capables d'acheter les sauteurs les plus chers (contre 61 % pour Doctor Dino). Cela ne veut pas dire que Doctor Dino est supérieur à Poliglote en tant que reproducteur. Mais on peut clairement affirmer qu'il a frappé plus tôt et plus fort les esprits outre-Manche… D'où l'envolée de sa cote sur le marché et sur les rings !

Antonia Devin : « Il transmet une aptitude naturelle à l'obstacle »

Henri et Antonia Devin sont à la tête du haras du Mesnil, où Doctor Dino officie. Ils sont aussi les éleveurs d'une partie importante de ses bons produits.

« Doctor Dino rassemble tout ce que l'on recherche chez bon étalon. En course, il a toujours donné le meilleur de lui-même, et la plupart de ses produits héritent de ce courage et de cette volonté. C'est un cheval qui est resté sain jusqu'à sa dernière course, la trentième de sa carrière. Doctor Dino n'a jamais eu de problèmes de santé. Son palmarès ne compte peut-être pas les courses les plus à la mode pour sortir un étalon, mais ces épreuves restent très difficiles à remporter. Des épreuves très dures et très exigeantes pour un cheval. À chaque fois, il a tout donné et a répété les bonnes performances. Par ailleurs, il transmet une aptitude naturelle à l'obstacle. C'est extraordinaire et c'est ce que tout le monde recherche dans cette spécialité. C'est un cheval qui donne des poulains bien d'aplomb, ce qui facilite grandement le travail des entraîneurs. Nous avons eu énormément de chance car c'est le rêve de tout haras que d'avoir un étalon comme lui. Quand on imagine qu'il a débuté la monte à 3.000 €… En début de carrière, il a eu des juments modestes, ce qui ne l'a pas empêché de prouver ses capacités d'améliorateur. Il transmet sa belle tête et de bons tissus. On a envie d'acheter ses produits lorsqu'on les voit. »

Marc-Antoine Berghgracht : « C'est grâce à la famille Devin que Doctor Dino est sorti »

Le courtier a acheté Doctor Dino pour 38.000 € en août 2003 à Deauville, où il était présenté par le haras du Thenney. Marc-Antoine Berghgracht se souvient :

« Issu de la première génération de Muhtathir (Elmaamul), c'était le produit de cet étalon le plus cher de cette édition des ventes Arqana. Doctor Dino était un très beau poulain. Je l'ai acheté pour Javier Martinez Salmean, que j'avais rencontré en Espagne. Il a été mon premier client lorsque je me suis installé en tant que courtier. À ce moment-là, Richard Gibson était le jeune entraîneur sur la montante. Doctor Dino est donc allé chez lui. La suite a été formidable, dès l'âge de 2ans, même si le cheval n'était probablement pas assez endurci pour courir le Prix du Jockey Club. Après un parcours affreux, il a eu du mal à s'en remettre. C'est pourquoi il a eu besoin de temps pour s'en remettre et connaître la remarquable carrière internationale qu'on lui connaît. À 5 et 6ans, il a enchaîné les très bonnes performances au niveau Gr1 en remportant deux fois le Hong Kong Vase (Gr1) mais aussi les Man O'War Stakes (Gr1) à une reprise.

Javier Martinez Salmean n'a jamais eu une grosse écurie. Il a toujours acheté un ou deux yearlings tous les ans à Deauville et il a pleinement conscience de sa chance ! Mais il a eu le courage de ne pas vendre le cheval lorsqu'il a reçu de grosses offres. Et, une fois au haras, il n'a vendu qu'une petite quinzaine de parts sur une base de 50. Les autres sont encore à lui. À Dubaï, lors de sa dernière course, la famille Devin nous a approchés, faisant l'acquisition d'une dizaine de parts car Javier Martinez Salmean ne voulait toujours pas vendre son cheval. Doctor Dino a suivi la trajectoire de l'élevage Devin, c'est-à-dire à cheval entre plat et obstacle. C'est grâce à eux que le cheval est sorti. Ils ont pris des risques en lui confiant beaucoup de juments. Et tous les ans qui plus est. Pourtant, comme pour tout étalon d'obstacle, ce fut difficile au départ. Il faut beaucoup de temps pour les faire émerger. Sa réussite commerciale est la conséquence des résultats sur le plan sportif. Pourtant, lors de son entrée au haras, nous n'avions pas vraiment eu de demandes des Irlandais pour l'installer chez eux au haras. Par ailleurs, il produit très beau, même s'il ne fait pas de grands chevaux noirs et on lui reprochait parfois de produire trop "plat". Mais les résultats sont là et les a priori changent. Si bien que l'engouement commercial est énorme, du fœtus au cheval à l'entraînement. Clairement, c'est la demande anglo-irlandaise qui fait le marché. On voit clairement qu'il lègue beaucoup de classe de plat. Ses sauteurs ont une vraie capacité d'accélération. Peut-être sont-ils avantagés par les travaux qui ont été réalisés sur la piste d'Auteuil. »

Richard Gibson : « Il avait un super mental et était très sain »

Celui qui fut son entraîneur nous a confié en 2019 :

« C'est un cheval exceptionnel, le rêve de tout entraîneur et de tout propriétaire. Il avait un super mental et était très sain. Si bien que cela ne m'étonne pas qu'il produise aussi bien en plat que sur les obstacles. Il avait assez de vitesse pour gagner un maiden à Deauville au mois de juillet de ses 2ans, l'important Prix d'Étreham (1.500m). C'est un cheval qui n'a jamais cessé de progresser tout au long de sa carrière : il est monté neuf fois sur le podium au niveau Gr1 et a remporté cinq Groupes. À 3ans, il a couru une grande édition du Prix du Jockey Club - celle de Shamardal et d'Hurricane Run - et il a ensuite fait deux fois le tour de la terre. C'est le plus grand voyageur de sa génération et c'est un cheval remarqué pour son physique partout où il passé. Sa réussite au haras est largement à mettre au crédit de la famille Devin, qui l'a abondamment soutenu au départ. Aujourd'hui, sa réussite est éclatante sur les obstacles. Mais il ne faut pas que les éleveurs de plat l'oublient : Doctor Dino a donné deux pouliches de Gr1 dans cette discipline et il était lui-même black type à 2ans. »

Javier Martinez Salmean : « Lorsque nous avons refusé les offres, ce ne fut pas douloureux car le cheval ne cessait de répéter en course »

Cet Espagnol est encore le propriétaire majoritaire de Doctor Dino, il a gagné trois Grs1 avec sa casaque grâce à ce cheval. Celui qui est un gynécologue de renom et qui dirige aussi un vignoble nous a expliqué :

« J'ai commencé à faire courir avec des amis, en Espagne, comme un loisir. De toute manière, les courses ont toujours été un hobby pour moi, je n'ai jamais été professionnel et j'ai eu beaucoup de chance. Nous étions trois ou quatre et cela nous permettait de supporter les coûts de l'entraînement. Mais, en 2003, les courses espagnoles étaient à l'arrêt. J'ai donc alors décidé de faire courir en France. Doctor Dino, c'est un achat très inspiré de Marc-Antoine Berghgracht. Il n'a pas coûté cher car son pedigree n'était pas très commercial. Mais le physique était là… Plus tard, nous avons refusé plusieurs millions de lui une première fois. Mais les vétérinaires chipotaient sur son dossier. Alors nous avons voulu continuer l'aventure et ce n'était pas difficile car il courait très bien. Aussi, lorsque nous avons refusé les offres suivantes, ce ne fut pas douloureux, car le cheval ne cessait de répéter en course. À chaque étape, nous nous disions : “Et si on continuait encore un peu cette belle histoire ?” Nous avons pris beaucoup de plaisir et nous avons fait le tour du monde grâce à lui. Sans lui, aurais-je eu la possibilité de courir toutes ces grandes épreuves ? Je n'en suis pas certain et je n'ai eu qu'un seul Doctor Dino depuis mes débuts ! Nous avons ensuite choisi de travailler avec la famille Devin au haras du Mesnil car ce sont de grands professionnels de l'élevage, avec une vraie jumenterie et une longue expérience. Or l'élevage, c'est vraiment très difficile. Il faut beaucoup de patience, d'expertise et de courage. Et, dans le cas de Doctor Dino, les premières saisons de monte n'ont pas été faciles. Mais, grâce à lui, je suis l'obstacle, qui est un sport extraordinaire. En plat, il y a une seule montée d'adrénaline. À Auteuil, on vibre et on a peur à chaque obstacle ! Désormais je fais courir en famille sous le nom d'Annua Racing SL. Nous avons des chevaux chez Henri-François Devin et Mauricio Delcher Sanchez. »