Japan Cup (Gr1) : Contrail, une Triple couronne et une Japan Cup comme son père

International / 28.11.2021

Japan Cup (Gr1) : Contrail, une Triple couronne et une Japan Cup comme son père

Tokyo (JP), dimanche

Une certitude, il ne sera jamais Deep Impact, son père. Mais tout de même, quinze ans après lui, Contrail a remporté la Japan Cup (Gr1). Leurs carrières se ressemblent : lauréats invaincus de la Triple couronne, ils ont été battus lors de leur première confrontation face aux chevaux d’âge (l’Arima Kinen pour le père, la Japan Cup pour le fils). Deep Impact avait réalisé une meilleure saison à 4ans, excepté l’accident de parcours de l’Arc de Triomphe, alors que Contrail, cette année, s’est incliné à deux reprises avant le grand rendez-vous. Cette victoire vaut bien plus que les 303 millions de yens (2,35 M€) de l’allocation offerte au gagnant. Dans la semaine, Shadai annoncera le tarif de Contrail et la valeur d’un lauréat de la Triple couronne et de la Japan Cup est très importante. Deep Impact avait fait ses débuts à 12 millions (91.000 €) ; Contrail ne sera pas loin.

Une longue accélération. Comme son père, Contrail a gagné par deux longueurs, en grandissime favori, et ses supporters n’ont pas tremblé. Le départ, son point faible, s’est bien passé. Yuichi Fukunaga l’a positionné dans le cœur du peloton. La course n’a pas roulé vite et le public a pu s’enthousiasmer pour Kiseki (Rulership) qui, en face, a refait le peloton. Cet effort n’a pas changé la physionomie d’une course qui s’est jouée sur un long démarrage. Contrail a placé une accélération foudroyante en pleine piste. À 200m du poteau, il a donné un dernier coup de rein pour se débarrasser d’Authority (Orfèvre), le premier à avoir attaqué. Christophe Lemaire n’a rien à se reprocher, car Contrail était bien le meilleur en piste. Il a bouclé son parcours avec 600m en 33’’70.

Le rêve de Yahagi, l’Arc avec un fils de Contrail. L’entraîneur du gagnant, Yoshito Yahagi, a expliqué : « Lors de sa dernière sortie dans le Tenno Sho (Gr1), il était mal parti. Au rond, je lui ai dit de rester calme et il l’a été. J’étais un peu inquiet car il n’y a pas eu assez de train. Mais le poulain était vraiment au top et il a bien gagné. Nous avons eu beaucoup de pression pendant deux saisons, mais Contrail nous a aidés. Il a vraiment mûri et je tiens à le remercier. Ce serait magnifique de gagner l’Arc de Triomphe un jour avec l’un de ses produits. »

Grand Glory sort par la grande porte. Le Derby winner Shahryar (Deep Impact) a décroché la troisième place aux dépens du régulier Sanrei Pocket (Jungle Pocket) et de la française Grand Glory (Olympic Glory) qui a enregistré le deuxième meilleur temps partiel (34’’20). La course, jugée sur Sanrei Pocket, positionne Contrail autour de 124, son rating de 2020. Grand Glory a fait une fois de plus une excellente valeur et sa cinquième place vaut davantage que l’allocation (227.000 €). Son pilote, Cristian Demuro, qui a gagné une course dans l’après-midi, nous a confié : « C’est une cinquième place qui vaut une victoire. Sans quelques petits problèmes de trafic, elle aurait terminé quatrième, peut-être troisième car elle a vraiment bien fini. »

Gianluca Bietolini : « La meilleure et la plus régulière des femelles en Europe »

Gianluca Bietolini a accompli sa mission. Grand Glory (Olympic Glory) a terminé sa carrière avec presque un million de gains (prime comprise). Pas mal pour une jument achetée 18.000 € à la vente d’octobre où elle était présentée par son éleveur, le haras de Bourgeauville. L’entraîneur, plusieurs heures après la course, était encore très ému lorsqu’il nous a confié : « Je suis très fier d’elle. Avant la course, j’aurais signé les yeux fermés pour une cinquième place. Mais maintenant j’ai un petit regret, car, avec un peu de chance, elle aurait pu prendre la quatrième ou la troisième place. Sa saison est incroyable. Il s’agissait de sa septième sortie et elle a tout le temps affiché des progrès. Elle a toujours fait sa valeur. Je ne veux pas paraître orgueilleux, mais franchement, cette année, je trouve qu’elle a été la meilleure et la plus régulière de toutes les femelles en Europe. »

Del Mar ? Pas de regrets. Grand Glory, sur ce qu’elle a montré en France et au Japon, aurait eu un rôle important à jouer dans le Breeders’ Cup Filly & Mare Turf (Gr1). Gianluca Bietolini n’a pas le moindre regret : « Je suis allé une fois à Del Mar pour le Pacific Classic et, selon moi, le tracé n’aurait pas du tout convenu à Grand Glory. C’est un peu comme Corridonia [un petit hippodrome de province en Italie, ndlr] et Grand Glory, à Corridonia, n’aurait même pas gagné un handicap. Le choix de la Japan Cup était le bon. »

Il faut lever le pied. Et si les propriétaires décidaient de la garder encore une saison à l’entraînement ? Pour Gianluca Bietolini, le débat n’a pas lieu d’être : « C’est une question que l’on m’a posée ici à Tokyo et je le répète : c’est non ! Elle nous a donné tout ce qu’elle pouvait. Il y a toujours un bon moment pour lever le pied, et pour Grand Glory, ce moment est arrivé. Elle n’a plus rien à prouver : elle est gagnante de Gr1, avec un rating très élevé, et la garder encore une saison n’est pas une bonne idée. Il faut toujours respecter les chevaux, surtout quand ils vous ont offert de grands moments. »

Le plan B ? Frankel. Grand Glory passera sur le ring de Deauville dans quelques jours. En toute franchise, son entraîneur nous a dit : « Les propriétaires ont reçu des offres avant la course, mais ils n’ont pas changé d’avis : leur objectif est de la vendre à Deauville. Je pense qu’elle possède tout ce qu’il faut pour devenir une bonne poulinière. On a aussi un plan B, au cas où les offres ne seraient pas suffisantes. Une saillie de Frankel (Galileo) est déjà réservée, elle mérite un étalon de haut niveau. »

Deep Impact, une quatrième Japan Cup. Les premiers produits de Deep Impact ont eu le droit de  courir la Japan Cup en 2011. Mais cette année-là, il n’a pas été représenté. C’est en 2012 que la pouliche Gentildonna, sa seule partante, lui a offert un premier succès. Au total, "Impacto" a eu 32 partants, pour quatre victoires et sept places dans les trois premiers. Contrail est son premier mâle gagnant, car il doit ses autres succès à Gentildonna, qui a doublé la mise en 2013, et à Shonan Pandora. Les derniers produits de Deep Impact sont yearlings (six sont enregistrés au Japon). Il peut compter sur 109 sujets de 2ans, dont presque trente ont déjà gagné. Parmi ses 3ans, on compte deux gagnants de Gr1 cette saison : Shahryar et la pouliche Akaitorino Musume.

La famille Maeda et les États-Unis. La famille Maeda possède beaucoup de poulinières d’origine américaine. La mère de Contrail, Rhodochrosite (Unbridled’s Song), est arrivée au Japon après avoir été achetée en 2011 pour la somme de 385.000 $ (354.000 €) à la vente de septembre de Keeneland. L’objectif était de lui faire gagner une course avant qu’elle n’entame sa carrière de poulinière. Rhodochrosite n’a jamais passé le poteau en tête, mais elle a montré qu’elle savait galoper au cours des quelques sprints sur le dirt auxquels elle a participé. Avant de rencontrer Deep Impact, elle a donné deux gagnants sur le dirt dans le circuit J.R.A. Le croisement Deep Impact & Unbridled’s Song avait déjà fonctionné avec Danon Platina, lauréat des Futurity Stakes (Gr1) à 2ans et étalon en Afrique du Sud. Rhodochrosite a un 2ans, Sunset Cloud, frère de Contrail, qui a pris deux petites places, et un yearling par Heart’s Cry (Sunday Silence).

La souche d'Essential Quality. La page de catalogue de Rhodochrosite, un produit du petit élevage des regrettés Bob et Beverly Lewis – qui avaient gardé la deuxième mère, Folklore (Tiznow), gagnante de la Breeders’ Cup Juvenile Fillies (Gr1) –, a pris de l’épaisseur ces dernières années. Contrive (Storm Cat), la mère de Folklore, a été achetée pour trois millions de dollars par Godolphin chez Fasig-Tipton en 2005. Elle a produit, entre autres, Delightful Quality (Elusive Quality), la mère d’Essential Quality (Tapit), lauréat de la Breeders’ Cup Juvenile (Gr1) à 2ans, qui, cette année, a remporté les Belmont Stakes et les Travers Stakes (Grs1). Il fera ses débuts chez Darley America au tarif de 75.000 $ (66.200 €).