La Scuderia del Giglio Sardo quitte l’Italie pour Calas

Courses / 20.11.2021

La Scuderia del Giglio Sardo quitte l’Italie pour Calas

C’est un coup tonnerre en Italie. Quatrième au classement des propriétaire, la Scuderia del Giglio Sardo a décidé de quitter le pays et de confier son effectif à Charley Rossi.

Par Franco Raimondi

La Scuderia del Giglio Sardo est l’association de quatre propriétaires. C’est-à-dire deux Toscans, Aurelio Fontani et Alessandro, "Giglio" se traduisant par "le Lys", soit l’emblème de la ville de Florence. Mais aussi deux Sardes, Giuseppino Biccai et Franco Forma. Leur décision soudaine a fait beaucoup de bruit en Italie. Elle n’est pas due à un manque de résultats, bien au contraire, avec huit Groupes durant les trois dernières saisons.

Pourquoi la France. Aurelio Fontani, grand entrepreneur dans le domaine de la restauration, nous a expliqué : « Nous avons hâte de commencer cette nouvelle aventure. C’est triste pour l’Italie et cela fait mal au cœur aux passionnés que nous sommes. Mais il nous était impossible de continuer ainsi. Pourtant, nous avons connu une vraie réussite. Stefano Botti et son père, Alduino, ont fait un travail remarquable. Ils nous ont permis de vivre de grands et beaux moments. Avec une vingtaine de chevaux à l’entraînement, ce n’est pas une évidence de gagner régulièrement des Groupes et de terminer à la deuxième place au classement des propriétaires. Nous avons décidé de quitter l’Italie pour deux raisons. Cela est dû, bien évidemment, aux retards dans le paiement des allocations. Avec quasiment douze mois de retard, il est impossible de bien gérer financièrement une écurie. Notre choix est aussi dicté par l’absence de programme pour certains chevaux. Si on a la chance de toucher un cheval assez bon pour gagner une Listed, c’est jouable, même avec le retard des allocations. En revanche, pour les autres, après avoir gagné un maiden, c’est terminé. Le cheval n’appartient plus à ses propriétaires mais aux hippodromes et aux handicapeurs. »

Huit chevaux sont arrivés à Calas. Sept 2ans, dont la placée black type Freccia (Helmet), ainsi qu’un 3ans sont enregistrés à l’entraînement chez Charley Rossi. Aurelio Fontani poursuit : « Nous l’avons rencontré et avons visité le centre de Calas. C’est un site vraiment magnifique, où les chevaux peuvent bien travailler. Charley Rossi connaît une belle réussite, l’écurie est nickel, et la présence de Jessica Marcialis est un gros plus pour des Italiens. Marseille et le Sud-Est de la France ne sont pas très loin de la Toscane. Mais surtout l’offre locale de courses permet de bien former les chevaux. Et même de préparer les meilleurs pour les courses parisiennes. Le programme permet même aux moins bons d’être rentables. Pour moi, la grande différence entre la France et l’Italie, c’est le fait que chez vous les allocations sont supérieures et payées en temps et en heure. Mais aussi que les chevaux ont une valeur liée à leur mérite. C’est l’inverse en Italie. Un gagnant de maiden ne vaut rien en réalité, car il est difficile à placer dans les courses. Alors qu’avec les moins bons on s’en sort mieux. On "fait le tour" plusieurs fois avec et on attend sagement d’arriver à un poids qui suffit à gagner un handicap dont l’allocation est ridicule… »

Un projet français. Les contours du nouveau projet français d’Aurelio Fontani et de ses associés se dessinent clairement : « Contrairement aux autres années, nous n’avons acheté en 2021 qu’une yearling. Mais une pouliche bien née. L’année 2022, notre première en France, sera une année de transition afin de nous adapter au système français. Nous prenons le temps de bien comprendre comment arriver à gagner des courses, tout en nous faisant plaisir avec un projet économiquement viable. Comme nous ne sommes pas éleveurs, nous investirons sur des yearlings l’année prochaine. En raison de la prime, notre choix se portera surtout sur des produits de l’élevage français. »

Au cœur de la crise italienne. Sans langue de bois, Aurelio Fontani nous a décrit les maux d’un système qui pousse certains propriétaires à quitter le pays : « Nous avons commencé en achetant une dizaine de yearlings chaque année. C’est un investissement assez important. Je suis convaincu qu’il est primordial pour chaque cheval de trouver des opportunités de courses dans sa catégorie. Si ce principe de progression par paliers n’est pas respecté, on arrive à la situation que l’on connaît actuellement en Italie. Les anciens m’ont appris qu’un bon cheval – avec ses gains de l’année – doit pouvoir payer sa pension et celle d’un 2ans avant ses débuts. Désormais, si un cheval n’arrive pas à gagner au niveau Listed, il ne paye même pas sa pension… En Italie, il est donc préférable d’avoir un sujet médiocre plutôt qu’un cheval correct. Le marché local a été sacrifié, alors qu’il y a la place pour les chevaux à 5.000 €. Après avoir mené cette réflexion, nous avons décidé que seuls les bons chevaux d’âge resteront en Italie l’année prochaine. Les autres seront vendus et les 2ans iront en France.

 

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