Le tour du monde d'Alain de Royer Dupré

Courses / 24.11.2021

Le tour du monde d'Alain de Royer Dupré

Entraîneur classique par excellence, Alain de Royer Dupré n’en a pas moins le goût des voyages et il a sellé des partants (et des gagnants !) dans de nombreux pays, parfois très éloignés des normes françaises… Le 12 décembre prochain, il sera le seul entraîneur français à figurer dans les Hong Kong International Races, grâce à Ebaiyra, confirmée dans le Vase. La pouliche de Son Altesse l’Aga Khan sera son dernier partant dans un Gr1, dans un pays où il a toujours pris beaucoup de plaisir à aller… Avant cette échéance, il nous embarque dans un tour du monde de ses meilleurs souvenirs !

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HONGKONG

Principales victoires : Hong Kong Cup (Pride, 2006), Hong Kong Vase (Daryakana, 2009)

« Très professionnel »

« Hongkong, c’est l’une de mes destinations favorites. Il y a très peu de surprises, grâce à une organisation très professionnelle, depuis le voyage des chevaux, jusqu’aux pistes d’entraînement le matin… Sha Tin est un très bel hippodrome, avec une piste parfois un peu légère, mais généralement, pour le meeting international, ils arrosent. Le climat en décembre est très agréable : j’ai souvent remarqué que les chevaux revenaient plus beaux qu’en partant, un peu comme nous quand on passe quelques jours au soleil en plein hiver ! Nous n’avons pas connu de déceptions là-bas, justement parce que l’on sait à quoi s’attendre. »

ÉTATS-UNIS

Principales victoires : Breeders’ Cup Turf (Lashkari, 1984), Secretariat Stakes (Bayrir, 2012), Jockey Club Oaks (Edisa, 2019)

« Surtout ne pas imiter les américains ! »

« Je connais bien l’hippodrome de Chicago, celui de Santa Anita et feu Hollywood Park. Ce dernier était beaucoup plus proche d’un hippodrome européen que Santa Anita par exemple. Mon souvenir le plus marquant aux États-Unis reste la Breeders’ Cup avec Lashkari, à Hollywood Park, puisque c’était la première édition. Nous étions partis dans l’inconnu. Mais le cheval venait de gagner le Conseil Municipal, il était dans un moment de grâce et l’allocation était énorme. À cette époque, les voyages restaient compliqués et je me souviens que le cheval n’avait pu sortir qu’une fois à la piste avant la course, en raison de la quarantaine, bien plus longue qu’aujourd’hui. Chicago est une piste très européenne, alors qu’à Santa Anita, cela tourne beaucoup. Mais j’ai quand même constaté qu’il ne faut pas essayer d’imiter les américains en allant devant. Il faut monter nos chevaux comme ils en ont l’habitude, et s’ils sont assez bons, ils peuvent gagner même en attendant. De ces nombreux voyages, j’ai aussi compris que sur place, il ne fallait pas beaucoup les travailler : juste les défraîchir. Les Américains et les Japonais font autrement, mais ce sont leurs techniques d’entraînement. »

CANADA

Principales victoires : E.P. Taylor Stakes (Khariyda, 1987, Reggane, 2010)

« Parfait pour les européens »

« Woodbine, c’est un hippodrome qui convient vraiment bien aux chevaux européens. La piste y est généralement souple, et les rayons sont assez grands pour qu’ils puissent s’exprimer. J’en garde de bons souvenirs. Comme à Hongkong, il n’y a pas de mauvaise surprise, même si nous avons été battus du minimum avec Sadjiyd par une pensionnaire de Robert Collet, River Memories, dans les Rothmans International Stakes en 1987 ! »

DUBAÏ

Principales victoires : Dubai Sheema Classic (Dolniya, 2015), Dubai Gold Cup (Vazirabad, 2018, 2017, 2016), Cape Verdi (Cladocera, 2015), Balanchine (Cladocera, 2015)

« Les bienfaits du soleil »

« Nous avons vécu de beaux moments à Dubaï, même si, pendant la période Tapeta, ce fut plus difficile pour les européens. Outre les succès lors de la réunion de la Dubai World Cup, il m’est arrivé d’envoyer des chevaux pendant le Carnaval, une partie de l’hiver. Ils sont revenus en condition très avancée, preuve de l’influence du climat sur la forme des chevaux. Dariyan, par exemple, avait gagné le Ganay alors qu’il arrivait des Émirats, où il avait couru deux fois. Le Dubai Racing Club offre beaucoup de facilités aux entourages des partants : un groom est mis à disposition, les cavaliers sont très bien traités… »

AUSTRALIE

Principale victoire : Melbourne Cup (Américain, 2010)

« Dur, très dur »

« L’un des voyages les plus compliqués… Avec Américain, la quarantaine obligeait à un passage en Grande-Bretagne, où les chevaux devaient s’exercer sur une piste qui monte, ce qui bouleversait leurs habitudes. Il fallait vraiment qu’ils aient un dos parfait. Sur place, la quarantaine était très stricte. Au-delà de la forte médiatisation des courses et du niveau des allocations, je dois dire que ce n’est pas une expérience où je me suis senti très à l’aise. »

GRANDE-BRETAGNE & IRLANDE

Principales victoires : Champion Stakes (Pride, 2006), St James’s Palace Stakes (Sendawar, 1999), Falmouth Stakes (Giofra, 2012), Yorkshire Oaks (Shareta, 2012), Irish Oaks (Shawanda, 2005), Chicquita (2013), Sabana Perdida (Windsor Forest Stakes, 2008), Ashalanda (Pride Stakes, 2009), Middleton Stakes (Dalkala, 2013)

« Le temple de la sélectivité »

« Avec le tunnel sous la Manche, les déplacements en Grande-Bretagne ont été nettement facilités, alors qu’en Irlande, on continue de prendre l’avion, et même pour un vol court, cela perturbe les chevaux. Je me souviens pour les Oaks de Chicquita, j’étais monté avec la pouliche dans l’avion, pour m’assurer que tout se passe bien. Après le vol, elle avait mis beaucoup de temps à retrouver son calme. Mais une fois là-bas, en Grande-Bretagne ou en Irlande, on est récompensé par la sélectivité des hippodromes ! À Chantilly, on entraîne sur des grandes pistes, et le profil des hippodromes anglais ou irlandais correspondent donc bien à nos chevaux. Je dois dire que la victoire de Shareta dans les Yorkshire Oaks, à l’issue d’une superbe course d’attente de Christophe Lemaire, et sur cet hippodrome dont la ligne droite ne semble jamais finir, reste un grand moment d’émotion. On sent aussi la ferveur du public, sa culture hippique : il n’est pas rare qu’on nous demande de dédicacer les programmes. Les entourages des partants sont toujours très bien reçus. »