Les étoiles, les voiles… Un cheval

Magazine / 11.11.2021

Les étoiles, les voiles… Un cheval

Les étoiles, les voiles… Un cheval

Didier Tabary est breton et son nom n’est pas sans faire écho (avec un L en moins) à celui d’un légendaire navigateur. Il est propriétaire de l’un des bateaux de la Transat Jacques Vabre et possède aussi ses couleurs. Sa pouliche, Batz, vient de finir troisième des Réservoirs.

Par Anne-Louise Echevin

Lorsque nous contactons Didier Tabary, mardi vers 16 h 30, nous attaquons non pas avec les chevaux... mais avec son cheval des mers, un trimaran Ultim piloté par François Gabart et Tom Laperche sur la Transat Jacques Vabre : « Il est actuellement troisième, c’est très bien. Nous sommes tout près des deux premiers. Le bateau est compétitif : il n’a été mis à l’eau que le 22 juillet dernier, nous n’avions que très peu de recul sur lui. Notre objectif est la Route du Rhum 2022 ! Nous étions au Havre ce week-end pour le début de la course, qui a été passionnant ! J’ai trouvé l’équipage très bien, très serein et j’avais loué des navettes pour mes invités, avec lesquelles nous avons suivi le bateau le plus longtemps possible. C’était beau ! »

Le bateau doit découvrir l’eau et faire ses preuves. Il peut y avoir de petits réglages à faire… Un peu comme un poulain qui doit découvrir la course. Propriétaire d’un bateau ou d’un cheval, même combat ? « Il y a des points communs, notamment dans la préparation. Quand vous achetez un yearling, il y a un an d’attente, de travail avant qu’il aille aux courses. Un bateau, c’est pareil ! C’est beaucoup de travail. La différence, c’est qu’une course hippique ne dure que quelques minutes là où une transat dure deux semaines ou plus. Dans les deux cas, c’est beaucoup d’adrénaline. C’est l’une des raisons qui m’ont poussé à acheter des chevaux : une course, c’est beaucoup d’émotions. Et c’est quelque chose qui se partage : aller sur les hippodromes ou à l’entraînement en famille, par exemple. » Ou assister ensemble au départ d’un voilier au Havre…

Un Breton cosmétique !

Didier Tabary est l’un des grands patrons français. Son domaine : la cosmétique. En 2006, il reprend les laboratoires Filorga, spécialisés dans la cosmétique médicale, associé au fonds d’investissement HLD. « En 2006, Filorga réalisait un chiffre d’affaires de 5 M€ et nous étions une vingtaine de personnes. Quand j’ai revendu la partie cosmétique à Colgate en 2019, le chiffre d’affaires était de 300 millions, avec plus de 2.000 personnes dans le groupe et des filiales internationales… » Montant de la transaction : 1,5 milliard d’euros.

Didier Tabary n’a plus Filorga, mais le patron est toujours dans le milieu et au travail, précisément dans la clean beauty : « En parallèle de Filorga, j’ai repris un certain nombre de sociétés dont SVR, une marque dermocosmétique [comme Avène ou La Roche Posay, ndlr], puis Lazartigue, dans le capillaire. Avec SVR Lazartigue, nous sommes engagés dans la "clean beauty". Cela touche le packaging, en plastique recyclé et recyclable, mais aussi le choix de formules dites propres : pas de silicones par exemple, et SVR propose une crème solaire aux filtres révolutionnaires qui n’abîment pas l’environnement… La protection de l’environnement est au centre des préoccupations. » SVR et Lazartigue ont pour maison-mère le groupe Kresk. En langue bretonne, cela signifie "croissance".

Aller au bout de l’idée

Le fait d’acheter un trimaran Ultim est lié à une passion mais c’est aussi un investissement. Le bateau, acquis avec la holding du groupe, est sponsorisé par le groupe Kresk : le groupe sert le bateau, mais le bateau doit servir aussi le groupe : « Nous sommes dans la clean beauty et la voile est propre, zéro carbone… Ce sont de belles valeurs de solidarité, de sport et environnementales. Les Ultims sont des bateaux "volants" : ils sont aussi un investissement pour une reprise, dans le futur, dans le transport maritime et la plaisance. Donc tout cela est très cohérent par rapport à nos marques et on peut même aller plus loin, avec un projet à 360°. Nous lançons aussi Kresk4Oceans, un fonds de dotation que nous démarrons avec la Fondation pour la Mer autour du recyclage du plastique, de la sensibilisation. Et un jour, peut-être que tous les emballages de nos produits, qui sont déjà clean, seront conçus via du plastique collecté sur les côtes françaises. Pourquoi pas ? La boucle serait bouclée. »

La question du sponsoring

Didier Tabary n’a pas hésité à investir gros sur le sponsor de son bateau et donc d’un sport : la voile. Il y a beaucoup de sponsors dans la voile, très peu dans les courses. Pourquoi ? « C’est très compliqué de trouver des sponsors. Quand une marque fait de la publicité, on sait quoi attendre de l’investissement. Mais, quand vous faites du sponsoring, c’est beaucoup plus aléatoire et cela nécessite une très bonne exécution. C’est pour cela qu’il peut y avoir des hésitations autour d’un projet ambitieux de sponsoring par les chefs d’entreprise. Mais je pense que quand tout est bien fait, cela peut donner des résultats extraordinaires. »

Entreprendre

Comment Didier Tabary est-il devenu l’une des grandes fortunes françaises ? « Je crois que le secret de la réussite est le travail, bien entendu, mais aussi de bien s’entourer. Et de prendre des partis pris forts, de faire des paris et des choses différentes. Dans l’univers des entrepreneurs, la concurrence est forte : il faut penser différemment. »

Didier Tabary utilise beaucoup le terme "entrepreneur" et lie cet esprit-là à son goût pour le défi, que ce soit avec un cheval ou un bateau. On note depuis quelques années la présence accrue des grands patrons dans les courses Gérard Augustin-Normand, Philippe Ségalot, Laurent Dassault, Thierry Gillier, Philippe Lazare, Alain Salzman, etc. « Le milieu hippique est intéressant. J’ai rencontré beaucoup de gens qui ne vivaient que pour le cheval, les passionnés. Il y a beaucoup d’engagement de leur part et c’est quelque chose que je trouve admirable. C’est comme les navigateurs… Et comme les entrepreneurs qui s’engagent et qui vivent et relèvent des challenges. Je crois que, probablement, de plus en plus de chefs d’entreprise vont s’intéresser à l’univers des courses, dans lequel on retrouve des valeurs d’entreprise. C’est un univers où on prend des risques : vous pouvez vous entourer du mieux possible, il faut aussi un peu de chance et de réussite… »

Une pouliche de Groupe dès son premier partant

Devenir propriétaire de chevaux est un challenge. Didier Tabary tente sa chance. Sa casaque est noire et blanche. En référence au drapeau breton ? « Pas uniquement ! Je trouve que le noir et le blanc ensemble, c’est très élégant. Et c’est aussi un clin d’œil à Filorga, dont le packaging était ainsi. Tout cela m’a conduit vers cette casaque et je dois dire que quand j’ai vu le jockey de Batz la porter pour la première fois à La Teste, j’étais assez convaincu ! »

Batz (Bated Breath) a été le premier partant de Didier Tabary, au mois d’août. Première course, première victoire… Elle a conclu son année par une troisième place dans le Prix des Réservoirs (Gr3).

Avant de se lancer en solo, avec réussite, Didier Tabary a découvert les courses, leurs hauts et leurs bas, via les écuries de groupe : « C’est par l’intermédiaire d’Alexandre Foulon, un grand passionné de courses, que j’ai découvert le milieu. J’ai fait la connaissance de Ghislain Bozo, ainsi que de Laurent Benoit, et j’ai démarré comme propriétaire en prenant une part dans Everest Racing. Et je suis très heureux de la course de Malavath aux États-Unis, j’ai suivi cela depuis mon bateau ! C’était magnifique. Ghislain m’a beaucoup appris des courses et de l’élevage, tout comme Laurent Benoit. Et ils m’ont ensuite aidé à acheter des chevaux. »

Des pouliches et des îles

Il y a donc Batz, mais aussi l’inédite Rouzic (Lope de Vega) chez Francis-Henri Graffard (actuellement en sortie provisoire), Ithaque (Oasis Dream) chez André Fabre en copropriété avec Laurent Benoit, et la petite dernière Faial (Siyouni) achetée 260.000 € à la vente de yearlings d’août 2021 Arqana. Elle est à l’entraînement chez Christophe Ferland, en association avec Kin Hung Kei, Meridian International et l’écurie Waldeck.

Uniquement des pouliches, portant toutes des noms d’îles : « Ghislain Bozo m’a conseillé de n’acheter que des pouliches. Elles ont toutes un bon pedigree. Si demain on nous propose un très beau mâle, alors pourquoi pas. C’est l’idée : ne rien s’interdire. Nous verrons comment cela va se passer en 2022 et nous aviserons en fonction des résultats sur le développement de l’écurie, si nous allons plus loin. L’idée est, pour le moment, de faire les choses bien et de les faire en progression. C’est plus facile avec les pouliches qui peuvent devenir poulinières. » Poulinières… Pour lui ou pour d’autres ? « Nous déciderons plus tard ! Si je dois me lancer dans l’élevage, il y a encore le temps. Aucune urgence… Après, je pense qu’on peut avoir un lien particulier avec certains chevaux et une envie plus forte de les conserver. Le cheval est tout de même un être extraordinaire. »

Une conviction

Bateau, chevaux : deux éléments qui, pour beaucoup, symbolisent le luxe. Entre les deux, normalement, il faut choisir... « Mon choix était de ne pas choisir ! Le bateau vient d’une conviction forte. L’investissement dans le monde du cheval aussi. Le plaisir compte énormément avec ce type d’investissement. Je navigue. J’ai commencé à monter à cheval quand j’avais 7 ou ans. J’ai toujours trouvé le cheval beau, noble, athlétique. Je pense que cela remonte à assez loin. Et puis, quand vous êtes à cheval, vous êtes dans la nature, vous faites corps avec elle. Un peu comme un bateau, un cheval peut vous emmener en dehors des sentiers battus et vous faire découvrir des choses. Et je crois que le luxe, aujourd’hui, c’est le temps et l’espace… Le bateau vous permet cela. Le cheval aussi, à sa manière. »

× Votre téléchargement est bien en cours. S’il ne se complète pas, cliquez ici.