Les faits marquants d’un week-end exceptionnel

Courses / 08.11.2021

Les faits marquants d’un week-end exceptionnel

Les faits marquants d’un week-end exceptionnel

Par Adrien Cugnasse et Christopher Galmiche

Ce superbe week-end de courses à Auteuil nous a fait vivre de grands moments de sport. De belles histoires d’hommes et de chevaux ont accouché des grandes épreuves. Nous vous proposons de revenir sur ces 48 H de l’obstacle, avec quelques-uns des faits saillants à retenir.

Rien n’est décidé pour L’Autonomie 

Deuxième du Grand Prix d’Automne (Gr1) en étant battue d’un rien par un autre champion, Galop Marin (Black Sam Bellamy), L’Autonomie (Blue Brésil) a livré encore une belle prestation. Ses éleveurs-propriétaires, les époux Coiffier, nous ont dit lundi matin : « L’Autonomie est bien rentrée de sa course et elle est à la maison. Son avenir n’est pas encore décidé»

Qui sont les autres monstres sacrés des Grs1 d’Auteuil ?

En voyant Galop Marin (Black Sam Bellamy) triompher pour la quatrième fois dans le Grand Prix d’Automne (Gr1), devenant ainsi le seul cheval lauréat plus de trois fois de suite d’un même Gr1 à Auteuil, avec Al Capone II (Italic), nous nous sommes demandé quels étaient les chevaux ayant gagné trois fois ou plus le même Gr1 à Auteuil ? Par définition, nous écartons évidemment les quatre Grs1 ouverts aux 4ans et le Prix Cambacérès pour les 3ans. Les Grs1 que les chevaux peuvent remporter plusieurs fois à Auteuil sont le Grand Steeple, La Haye Jousselin, la Grande Course de Haies et le Grand Prix d’Automne. Le record des succès dans le Grand Steeple est à mettre à l’actif de trois champions : Hyères III (Tosco), lauréate en 1964, 1965 et 1966, Katko (Carmarthen), gagnant en 1988, 1989 et 1990, et Mid Dancer (Midyan), vainqueur en 2007, 2011 et 2012. Dans le Prix La Haye Jousselin, c’est bien sûr Al Capone II qui a le record de succès, avec sept victoires. C’est le seul champion à avoir gagné sept fois le même Gr1 à Auteuil, et il le restera encore pendant longtemps. Bipolaire (Fragrant Mix) et Milord Thomas (Kapgarde) sont les deux autres champions à avoir gagné trois fois le Prix La Haye Jousselin. Dans la Grande Course de Haies d’Auteuil, il n’y a eu que des doublés. Et dans le Grand Prix d’Automne, Galop Marin détient seul le record de succès depuis samedi devant Mon Romain (Nério), triple gagnant en 1997, 1998 et 1999, et Évohé II, lauréat en 1934, 1936 et 1937.

Les haies au printemps 2022 pour Let Me Love

La victoire de Let Me Love (Authorized) dans le Prix Maurice Gillois (Gr1), c’est certainement la plus belle histoire du week-end. Élevée et entraînée par son propriétaire, William Menuet, qui la monte aussi le matin, elle a offert un premier Gr1 à ce dernier et à son jockey, Olivier Jouin. Lundi matin, William Menuet nous a dit : « Le dénouement du Maurice Gillois a été indécis et c’est cela qui a été compliqué à vivre. Mais nous avons pris la tête au moment où il le fallait, et c’était parfait. Sel Jem a eu le bon parcours, il était dans notre roue et Let Me Love l’a ramené. Cela revalorise encore plus la victoire de Let Me Love. Je l’ai montée au premier lot lundi matin, pour faire un petit décrassage. Elle était bien souple et n’avait aucun problème. Après le travail, elle a passé deux petites heures au paddock et elle était contente. » Pour la suite de la carrière de Let Me Love, même si l’on a hâte de la voir face à l’élite des steeple-chasers d’âge, il faudra ronger notre frein. William Menuet a toujours été patient avec sa petite championne, et il ne va pas déroger à la règle maintenant. Il nous a expliqué : « Tout son programme 2022 devrait être axé sur des courses de haies pour 4 et 5ans, voire pour 5ans uniquement. Elle pourrait s’orienter vers une épreuve comme le Prix Christian de Tredern (Gr3). Elle n’ira pas en steeple au premier semestre, car je n’aurai pas le choix des engagements, et je serai obligé d’affronter les meilleurs chevaux d’âge. Je n’ai pas encore regardé le programme, mais ce qui est sûr, c’est qu’elle n’ira pas sur le Grand Steeple-Chase de Paris (Gr1) l’année prochaine. J’estime que c’est trop dur pour une femelle de 5ans. Et puis, j’ai pris mon temps avec elle jusqu’à présent, donc nous n’allons pas nous presser maintenant. Si elle va sur le Grand Steeple, ça ne sera pas avant l’âge de 6ans. Pour résumer, elle ira en haies au printemps et j’aviserai ensuite» Depuis 2013 et le succès de Milord Thomas (Kapgarde) dans le Maurice Gillois, le Grand Steeple des 4ans a sacré quatre futurs lauréats de Grand Steeple-chase de Paris (Milord Thomas, So French, Carriacou, On the Go) et deux placés du Grand Steeple et de La Haye Jousselin (Figuero et Le Berry). Let Me Love a l’étoffe pour s’affirmer dans le futur face aux chevaux d’âge et suivre la route de ses prestigieux aînés. Pour en savoir plus sur son entraîneur-propriétaire-éleveur, cliquez ici : https://www.jourdegalop.com/2021/09/le-magazine-william-menuet-l-orfevre?q=william+menuet&docid=98112

Un premier Gr1 pour Olivier Jouin…

Après deux succès de Gr2 avec Al Bucq (Goldneyev), lauréat du Prix Georges Courtois, et Royal Astarania (Astarabad), gagnant du Prix Murat, Olivier Jouin a enfin décroché un premier Gr1. Un succès mérité pour ce pilote sérieux, dont le professionnalisme est reconnu depuis longtemps. Il s’est imposé avec Let Me Love (Authorized) dans le Prix Maurice Gillois pour le compte de son ancien collègue de vestiaire et ami, William Menuet. Il nous a raconté : « J’ai réalisé que j’ai gagné mon premier Gr1, bien sûr… D’autant plus que j’ai reçu de nombreux messages. Mais je n’ai pas pu fêter cela dimanche car je montais les deux dernières courses, et tout le monde était parti après. C’est une belle histoire car nous avons gagné la préparatoire, ainsi que le Grand Steeple de Craon (L) avec sa mère, Lady d’Ogenne (Sassanian) qui avait aussi fait l’arrivée au niveau Quinté. C’est une jument qui n’était pas évidente, qui sautait brutalement. Elle était courageuse et c’était une battante, mais c’était plus une jument de terrain juste souple. Elle était plus lourde que Let Me Love. Lady d’Ogenne était une terreur : quand je la montais, je n’oubliais pas de prendre mes gants ! C’était un ours, mais c’est ce qui faisait sa force également. Heureusement, Let Me Love est plus facile à monter» Olivier Jouin est l’un des rares pilotes du vestiaire d’Auteuil à monter à la fois en haies, en steeple et en cross. Logique pour un jockey originaire de l’Ouest : « Monter dans toutes les disciplines, ça se perd et c’est dommage ! Le cross, c’est une bonne école. Cela nous apprend à rassembler notre cheval et à l’amener dans la bonne foulée, pour que cela se passe bien sur l’obstacle»

Itinéraire d’un passionné. Avant de passer les fromages de Pau, le piano du Lion ou la rivière des tribunes, Olivier Jouin a été un enfant plus passionné par les courses que par l’école. Il nous a raconté : « Mon père était turfiste. J’ai deux cousins qui étaient jockeys : Gérald Avranche qui exerce toujours, et Laurent Sauloup, lequel montait en plat et en obstacle. Les deux ont travaillé chez Étienne Leenders. Nous avons toujours suivi leurs résultats : nous allions aux courses dans la région et ma grand-mère avait un cahier pour chacun de mes cousins. Ma mère était et est toujours frileuse en ce qui concerne ma carrière. Elle ne voulait pas que nous montions en course. Mes deux frères [Thierry et Sébastien, ndlr] n’avaient pas la carrure pour être jockeys, et ils sont entraîneurs. Ma mère m’a laissé m’engager dans cette voie. J’ai été apprenti chez Damien Cadot, le frère de Ludovic, en Mayenne. Puis je suis parti chez William Menuet, avant d’aller chez Pascal Journiac, puis chez Philippe Peltier. Ensuite, je me suis mis free-lance. Je travaille beaucoup avec Nicolas Devilder qui m’a fait confiance après mon départ de chez Philippe Peltier. Depuis l’automne dernier, ça marche vraiment bien à Paris. » Olivier Jouin forme un tandem solide avec Nicolas Devilder. Les deux hommes ont brillé cette année à Auteuil avec Hurrick des Obeaux (Saddex), Haddex des Obeaux (Saddex) ou encore Halo des Obeaux (Al Namix).

Une première aussi pour Gwen Richard

À 20 ans, Gwen Richard a vécu un dimanche de rêve en signant sa première victoire de Groupe directement dans un Gr1, le Prix Cambacérès, grâce à Kyrov (Dark Angel). Le poulain d’Alain Jathière lui avait déjà offert un premier succès à Auteuil au printemps. Le jeune pilote a monté une belle course sur un poulain qui a gagné cinq de ses six sorties, et qui a causé une forte impression. Lundi midi, il nous a raconté : « Kyrov m’a vraiment pris le mors. Dans le dernier tournant, je me suis dit que j’étais un peu chaud. Mais, une fois l’avant-dernière haie franchie, j’ai pensé que si nous passions la dernière, ce serait fait. J’ai eu un peu peur d’être venu trop tôt, mais je n’avais pas sollicité mon partenaire. Lorsqu’il avait été battu au printemps, je lui avais demandé d’accélérer avant la dernière et c’est ce qui a fait que nous avons été battus [dans le Prix Rocking Chair, ndlr]. Dimanche, j’avais encore beaucoup de ressources et je ne lui avais rien demandé. C’est le cheval qui m’a demandé d’avancer, il n’a pas consommé entre les deux dernières et il a gagné facilement» Cela ne fait que sept mois que Gwen est arrivé chez François Nicolle, et il a déjà su se faire sa place en montant de beaux parcours et en gagnant un premier Gr1. Il nous a expliqué son itinéraire pour en arriver là : « Tout a commencé pour moi dans les courses de poneys. Ensuite, je suis passé gentleman-rider pendant un an. À l’époque, je faisais mes études dans l’aménagement paysager. Mais la passion du cheval a repris le dessus et je voulais vraiment travailler avec les chevaux. Je suis donc rentré chez Pierre Fertillet qui m’a fait monter dès que je suis arrivé. Il m’a demandé de passer ma licence de jockey, puis j’ai monté pour lui. Richard Chatel m’a contacté ensuite en me disant que François Nicolle cherchait une décharge. C’est comme ça que je suis arrivé chez M. Nicolle. Ce dernier m’a fait confiance directement. Il m’a fait monter rapidement et ça a bien collé. Comme Kyrov devait porter du poids, je lui ai été associé en fin de printemps, puis M. Nicolle m’a remis dessus et il me l’a laissé. J’aurais compris qu’il mette quelqu’un de plus expérimenté sur le poulain, et je ne lui en aurais pas voulu. Mais il m’a donné ma chance et je l’en remercie»

À Auteuil, un grand dimanche pour les gagnants de Gr1 à 2ans

Les trois Grs1 de dimanche à Auteuil ont tous été remportés par des produits d’étalons ayant eux-mêmes gagné un Gr1 à 2ans. Let Me Love est une fille d’Authorized (Montjeu), lauréat du Racing Post Trophy et du Derby d’Epsom (Grs1) l’année suivante. Les gagnants du Gr1 de Doncaster à 2ans qui ont confirmé l’année suivante s’affirment régulièrement en tant que pères de sauteurs. C’est le cas de Camelot (Montjeu), Motivator (Montjeu), High Chaparral (Sadler’s Wells), King’s Theatre (Sadler’s Wells)… Malheureusement exporté en Turquie, Authorized a donné quatre gagnants de Gr1 en obstacle, et un total de quatorze lauréats de Groupe dans la spécialité. Il a deux fils au haras en France. Bande (Authorized), au haras de la Haie Neuve, a été l’étalon d’obstacle français le plus sollicité en 2021 (165 saillies). Le haras de Colleville vient de recruter Soft Light (Authorized).

Poly Grandchamp (Poliglote) est un fils de Poliglote (Sadler’s Wells), lauréat du Critérium de Saint-Cloud (Gr1) à 2ans et deuxième du Prix du Jockey Club (Gr1) sur 2.400m. Comme dans le cas du Racing Post Trophy (aujourd’hui renommé Futurity Trophy), les gagnants du Gr1 de Saint-Cloud connaissent une belle réussite en tant que pères de sauteurs. Prince Gibraltar (Rock of Gibraltar) réalise des débuts prometteurs. Fame of Glory (Montjeu), lauréat du Derby d’Irlande (Gr1) l’année suivante, a été un remarquable étalon avant de disparaître prématurément. Avant eux, Voix du Nord (Valanour) était le favori d’un Jockey Club à la veille duquel il s’est accidenté. On peut aussi citer Pistolet Bleu (Top Ville) ou encore Ballingarry (Sadler’s Wells). Cette réussite des gagnants du Critérium dans le "sport illégitime" n’est pas franchement une surprise. Pour gagner un Gr1 sur 2.000m à 2ans, sur la piste de Saint-Cloud (souvent très souple, voire plus), il faut beaucoup de tenue, une vraie aptitude aux pistes assouplies et être suffisamment "sain" pour être prêt à courir à cet âge.

Soit autant de qualités essentielles pour briller en obstacle.

La véritable surprise du jour vient de Dark Angel (Acclamation), le père de Kyrov (dont la mère apporte cependant des garanties de tenue). Né pour être vite, Dark Angel a couru neuf fois en l’espace de six mois à 2ans, ses quatre victoires ayant été acquises sur 1.000m et 1.200m. On sait par ailleurs que les Dark Angel sont à l’aise dans le souple. La bonne surprise, c’est qu’outre sa vitesse, il lègue aussi de la dureté, d’où certainement le fait que ses produits ne sont "pas que des 2ans" et qu’ils sont capables d’être rallongés avec l’âge, surtout ceux dont la mère apporte des garanties de tenue. Outre Kyrov, l’étalon a donné deux autres gagnants de Gr1 en obstacle. Le hurdler Guitar Pete est issu d’une mère ayant donné cinq sauteurs. Silver Streak, gagnant du Christmas Hurdle (Gr1), vient d’une proche famille avec beaucoup d’éléments de tenue. Mais au fond, le fait que Dark Angel donne parfois des sauteurs n’est qu’une demi-surprise. Dans nos colonnes, Hubert de Rochambeau l’avait repéré parmi les étalons ayant une bonne réussite statistique sur les obstacles anglo-irlandais. Pour relire son article, cliquez ici

https://www.jourdegalop.com/2021/05/obstacle-anglo-irlandais-chez-les-etalons-quantite-ne-rime-pas-avec-qualite?q=rochambeau&docid=95430

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