Les syndicats testent la nouvelle direction du PMU

Courses / 30.11.2021

Les syndicats testent la nouvelle direction du PMU

Par Mayeul CAIRE

La situation au PMU était explosive autour de l’Arc de Triomphe… et, de fait, elle a explosé début octobre – en causant (directement ou indirectement) le licenciement de Cyril Linette. Nous écrivons "directement ou indirectement", car selon certaines sources, les syndicats ont eu la peau du directeur général du PMU, alors que selon d’autres sources, il a dû être remercié parce qu’il s’est opposé à ses actionnaires. Personne ne sera étonné de savoir que le camp des "certaines sources" est celui des syndicats (qui revendiquent le départ de leur ancien patron), alors que le camp des "autres sources" est celui de l’Institution (qui ne veut surtout pas servir aux syndicats une victoire trop facile).

Linette : les vraies raisons d’un licenciement

En réalité, la vérité se situe à mi-chemin entre les deux théories. Avec un peu de recul, le voile se lève sur ce qu’il s’est réellement passé au PMU. D’abord, pendant des mois, Cyril Linette a subi une pression syndicale extrêmement forte. Logique quand on réforme à la hache… Et puis un jour, dans un nouveau moment de grande tension (cette fois lié à l’immeuble commun Trot-Galop-PMU), il en a eu assez. Ras-le-bol de ne pas être suffisamment soutenu au quotidien par son président, Philippe Augier. Ras-le-bol de ne pas être publiquement soutenu par le président de France Galop, Édouard de Rothschild, qui l’a pourtant toujours protégé. Et ras-le-bol d’être si souvent critiqué par le président du Trot, Jean-Pierre Barjon. Notons que les trois intéressés ne voient pas les choses comme ça : Augier n’avait pas un rôle exécutif, donc on peut difficilement lui reprocher de ne pas être assez intervenu au day to day ; Rothschild a toujours soutenu Linette ; quant à Barjon, si tant est que nous sachions lire dans ses pensées d’entrepreneur énergique et brut de coffre, il ne s’agissait pas de critiques contre Linette mais d’un challenging normal à ce niveau de management.

Cyril Linette ne détestait ni ne craignait le conflit. Il était capable d’en susciter, pour mener à bien ses réformes. Mais parallèlement, il souffrait de ces tensions, dans des moments où il aurait voulu que même ses ennemis l’apprécient et reconnaissent son talent. Cela peut sembler paradoxal, mais beaucoup de managers modernes sont comme cela.

Et puis un jour, il s’est lassé d’éteindre des incendies qu’il avait parfois lui-même allumés. Il a décidé brutalement de ne plus se battre et de donner raison aux syndicats – contre ses actionnaires – sur le sujet du nouvel immeuble. Ces derniers, stupéfaits car ils s’étaient habitués à la résistance hors normes de leur soldat, n’ont donc eu d’autre choix que de le sacrifier.

Voilà pourquoi on peut soutenir une thèse et son contraire : par certains côtés, les syndicats ont eu la peau de Linette, à l’usure ; par d’autres côtés, il a lui-même offert sa tête à ses actionnaires, sans que cela n’ait un lien direct avec l’action syndicale.

Sur fond d’élections syndicales…

Le problème, quand on lâche quelque chose à un syndicat, c’est qu’on ne sait jamais ce qui en sortira. Parfois, le syndicat est repu et entre en mode veille ; parfois, la proie à peine digérée le met en appétit. Et dans le cas du PMU, malheureusement, il semblerait que nous nous trouvions dans le second cas de figure. Et ce pour deux raisons. La première est que sous Linette, les syndicats se sont fait rouler dessus ; ils ont donc une revanche à prendre. La seconde est calendaire : au PMU, des élections syndicales auront lieu dans les premiers mois de 2022 ; donc d’ici là, c’est à quel syndicat criera le plus fort. 

Donc les syndicats se vantent d’avoir gagné face à Linette et bombent le torse, pour tenter de pousser leur avantage. Ils comptent notamment – à tort, car Emmanuelle Malecaze-Doublet est légitime – sur la dimension intérimaire du management du PMU. Et demandent, en particulier, un retour à la règle historique : celle d’une augmentation générale, accordée aux collaborateurs sans distinguer le mérite personnel. (Un peu comme dans la fonction publique, si ce n’est que dans la fonction publique, les augmentations sont devenues une chose fort rare…)

Menace sur les courses en décembre

Les plus remontés menacent de bloquer les courses (sans doute à Vincennes, étant donné l’époque). Alors la direction du PMU a organisé lundi une nouvelle réunion paritaire pour confronter ses idées avec celles de son intersyndicale. La direction ne veut pas d’une augmentation générale. Mais elle est prête à verser, dès la fin de l’année, une prime de 1.000 € à tous les salariés touchant moins de 4.700 € bruts, sans que cela ne rogne les mesures de type intéressement, négociation annuelle obligatoire, augmentations à l’ancienneté et individuelles, promotions internes, etc. D’après nos informations, les syndicats ont refusé la prime et maintiennent leur demande d’augmentation générale.

Le "test de résistance" n’est donc pas encore terminé. Son issue sera importante pour toute la filière, car les socioprofessionnels ont fait énormément de sacrifices depuis le début de la Covid (en particulier avec une retenue d’allocations, ayant conduit à une nette baisse en 2020). Ils ne comprendraient donc pas qu’il n’en soit pas de même au PMU.