SOUS LE CHOC

Autres informations / 13.11.2021

SOUS LE CHOC

SOUS LE CHOC

Jean-Yves Artu a été emporté par une crise cardiaque vendredi. Il avait 61 ans. Un choc pour le monde des courses, tant l’homme aux multiples casquettes était apprécié. Un hommage lui a été rendu samedi sur l’hippodrome de Compiègne, en présence de son fils Damien, courageusement venu seller un partant de l’écurie.

Jean-Yves Artu, ce fut d’abord un grand jockey d’obstacle. On se souvient de ses échappées avec le crack Marly River, entraîné par Yann Porzier puis par lui-même en fin de carrière. Sur les haies d’Auteuil, le tandem avait réussi l’exploit de signer dix victoires consécutives, dont les Prix Alain du Breil, Renaud du Vivier, Georges de Talhouët-Roy, Amadou, Léon Rambaud, Jacques d’Indy, Juigné et de Longchamp. Richard Chotard, qui a été son voisin de vestiaire pendant quinze ans, se rappelle : « Jean-Yves, c’était un vrai jockey d’obstacle. Un dur, qui n’avait peur de rien. Travailleur, proche de ses chevaux, passionné. Avant tout, il aimait les chevaux : ce n’est pas pour rien qu’en plus de son activité d’entraîneur, il s’était lancé dans l’élevage. Je suis triste et je pense à sa femme Carole, ainsi qu’à Marie et Damien. Il va retrouver là-haut Nathanaëlle… » Marcel Rolland avait été son maître d’apprentissage. Il se souvient : « Jean-Yves fut mon apprenti. Je lui ai donné ses premières montes. C’était un vrai bosseur. Il était tout le temps là, au travail. En tant que jockey ensuite, pour Yann Porzier, il a fait une belle carrière. Il était vraiment doué. »

Entraîneur, jockey, éleveur… En 1989, Jean-Yves Artu décide de s’installer entraîneur, tout en continuant de monter en course. C’est d’ailleurs König Ulrich qui lui offrira sa première victoire de Groupe 1, dans le Maurice Gillois, à la fois comme entraîneur et comme jockey ! Plus tard, il formera une jument de la trempe d’Apple’s Girl, gagnante d’un Prix Renaud du Vivier, du Prix Léon Olry-Roederer, de la Barka… On retrouve le nom de cette formidable jument dans le pedigree de la championne Apple’s Jade.

Si le nom de Jean-Yves Artu est associé à l’obstacle, il a aussi réussi en plat, comme entraîneur et comme éleveur. Prudence Royale avait gagné sous ses couleurs (orange, toque verte) et son entraînement le Prix Ronde de Nuit (L) et s’était placée à plusieurs reprises au niveau Groupe. Au haras, elle a fait encore mieux. Croisée à Montmartre, dont les Artu sont les actionnaires majoritaires, elle donne à la famille Bébé d’Amour, deuxième du Prix Corrida (Gr2) et surtout Amour à Papa, deuxième du Prix de Diane (Gr1) d’Avenir Certain. Zarafa (Zarak), son premier partant, élevé comme maman par la famille Artu, a ouvert son palmarès en débutant le mois dernier…

C’est néanmoins sur les haies d’Auteuil que l’élevage Artu a brillé au niveau Groupe pour la dernière fois, grâce à Séduction, entraînée par François Nicolle qui rend hommage à son confrère : « J’aimais beaucoup Jean-Yves. Je pense à sa famille, à ses enfants. C’est terrible. Cela arrive beaucoup trop tôt pour un gars que l’on voyait en pleine forme aux courses. C’est lui qui a élevé Séduction. Je l’avais vu à Auteuil dernièrement et il m’avait dit : "Tu remets ma jument en route !" Je lui avais dit qu’elle avait besoin d’une rentrée et qu’ensuite, elle devrait faire sa valeur. Mais il n’aura pas eu le temps de la voir gagner de nouveau… »

Logiquement, Jean-Yves et Carole Artu ont transmis leur passion à leurs enfants. Personne n’a oublié Nathanaëlle, disparue bien trop tôt à la suite d’une terrible chute en course. Marie et Damien sont rapidement apparus dans le rang des amateurs, et sont également associés dans l’élevage familial. Damien, après avoir obtenu un titre chez les gentlemen-riders, est même passé dans le rang des professionnels l’an dernier. Il s’est imposé avec Flasher en 2018 dans le Prix de l’Isle Briand (Gr3 AQPS), la course à l’issue de laquelle sa grande sœur avait perdu la vie…

Les obsèques de Jean-Yves Artu seront célébrées le mardi 16 novembre à 9 h 30 en l’église de Coye-la-Forêt, suivies par son inhumation au cimetière de Lamorlaye.

À Carole, son épouse, à sa fille Marie, à son fils Damien, à ses petits-enfants ainsi qu’à tous ses proches, la rédaction de Jour de Galop présente ses condoléances émues.