Un vendredi matin avec les salariés des écuries Rossi

Autres informations / 17.12.2021

Un vendredi matin avec les salariés des écuries Rossi

Un vendredi matin avec les salariés des écuries Rossi 

Depuis le 7 décembre, les employés des écuries de Frédéric, Charley et Cédric Rossi vivent une période particulièrement difficile. Salomé Lellouche, journaliste à Jour de Galop, est allée à leur rencontre sur le centre d’entraînement de Cabriès-Calas. [Partie 1 sur 3]

Sept heures trente sur le centre d’entraînement de Cabriès-Calas. Le froid a durci les allées en sable qui bordent la route principale. Dans l’épais brouillard, nous devinons à peine les chevaux qui se dirigent sur les pistes. Plus loin, la cantine est le lieu de rendez-vous des cavaliers, garçons de cour et entraîneurs à la pause-café. Certains sont au travail depuis très tôt. D’autres commencent tout juste leur journée. Ces personnes, ce sont les salariés des trois écuries Rossi. Et ils se retrouvent dans une situation particulièrement difficile depuis que leurs trois employeurs ont été mis en examen et placés sous contrôle judiciaire.

Un quotidien chamboulé. Coralie, responsable depuis plusieurs années chez Charley Rossi, était présente lors des perquisitions effectuées le 7 décembre à l’écurie de son patron. Elle confie d’une voix à peine audible : « Je suis encore sous le choc. Il y avait deux vétérinaires et quatre policiers. Ils nous ont demandé de nous asseoir et nous sommes restés là dans le froid jusqu’à 10 h. Ils ont retourné l’écurie. Après, l’un des policiers a dit à Charley qu’il était en garde à vue… Et c’est tout. Nous n’avons plus eu de nouvelles jusqu’à sa sortie. Il ne reste plus que dix-huit chevaux sur les soixante. L’écurie, qui était vivante, est devenue triste. Je me réveille malgré moi à 4 h du matin, mais si je pars trop tôt, je vais finir le travail à 8 h ! Sur les dix salariés de l’écurie de Charley Rossi, nous ne sommes plus que trois pour sortir les chevaux au marcheur. Les autres sont en vacances forcées… » Les yeux rivés sur sa tasse de café, Coralie fond en larmes. Hugo Lachkar, cavalier chez Frédéric Rossi tente de la consoler. Concernant l’écurie de Frédéric Rossi, ce dernier raconte : « Nous étions tous à l’écurie. Alexandre [Lachkar, ndlr] et Emma étaient en train d’organiser les lots de la journée quand les policiers sont arrivés. La descente s’est passée un peu avant 6 h 30. Nous n’avons rien compris et c’était brutal. Ce qui me chamboule le plus c’est que tout s’arrête d’un coup. Tous nos chevaux sont partis sur Paris. »

Des écuries vides. Dans le barn de l’écurie de Frédéric Rossi, les portes des boxes sont grandes ouvertes. Seuls cinq chevaux, dont quatre saisis par la police, sont encore présents. Emma Bonnet, responsable de l’écurie en l’absence de Frédéric Rossi, explique : « Avant de commencer, nous sommes allés embarquer les huit derniers chevaux qui n’ont pas été saisis. Il y a encore peu de temps, l’écurie en accueillait une centaine. » Devant le premier box sur la droite, une brouette déborde de paille, presque fraîche. Enrick, qui travaille ici depuis trois ans, est en train de tout vider avec son collègue Jacquie, bientôt 59 ans. « Il y a deux semaines, nous avions des ambitions, des projets. Il y avait des yearlings… Et là, il n’y a plus rien. Cela fait une semaine que nous ne pensons qu’à ça. » Florian, cavalier d’entraînement de 27 ans, était en vacances lors de la descente : « C’était encore plus choquant pour moi. Quand je suis parti, il y avait vraiment trop de travail. Et quand je suis revenu, il n’y avait plus rien. »

Rebondir. Grâce à la prise de parole des représentants des salariés des trois écuries sur l’hippodrome de Marseille-Vivaux mercredi dernier, les choses devraient évoluer. Malgré le soutien de leurs patrons respectifs, les employés se retrouvaient sans réponses des institutions. Une réunion est prévue avec l’Afasec et Equiressources. Hugo Lachkar nous a dit : « Lundi, nous allons avoir une réunion. C’est la seule chose qui bouge enfin ! » Emma Bonnet a ajouté : « Les "grands" de Paris seront là. Ils vont nous expliquer la situation. Les procédures seront lancées à partir de lundi. Nous allons aussi savoir s’il va y avoir une liquidation judiciaire ou des licenciements économiques. » À Calas, certains entraîneurs vont certainement récupérer plus de boxes de la Société des courses et donc embaucher du personnel. Plusieurs professionnels français – installés hors du Sud-Est – ont publié des offres d’emplois ces derniers jours sur les réseaux sociaux. Les plus jeunes – ceux qui n’ont pas de famille à charge par exemple – devraient être tentés par un déménagement. Enrick explique : « Je pense que je n’aurai pas trop de difficulté à retrouver du travail sur place. Mais il n’y en aura pas assez pour tous. Il va bien falloir six mois avant de recaser tout le monde. » Hugo Lachkar poursuit : « Les annonces qui ont été publiées sur les réseaux sociaux viennent principalement de Paris et de Normandie. Certaines personnes vont y aller pour trouver un emploi. D’autres souhaitent garder la qualité de vie qu’ils ont ici. »