Édouard de Rothschild : « Nous allons augmenter de dix points les primes propriétaires en plat ! »

Autres informations / 17.12.2021

Édouard de Rothschild : « Nous allons augmenter de dix points les primes propriétaires en plat ! »

Édouard de Rothschild : « Nous allons augmenter de dix points les primes propriétaires en plat ! »

Jour de Galop. – L’actualité, c’est "l’affaire Calas". On entend des choses variées sur le rôle joué par France Galop dans ce dossier. Quelle est la réalité ?

Édouard de Rothschild. – La médecine régénérative a bouleversé la donne dans le domaine du dopage humain et animal. On utilise dorénavant des substances endogènes dérivées du propre sang du cheval lui-même ! On parle de PRP et d’IRAP, qui ont des propriétés anti-inflammatoires. Ces infiltrations sont interdites quand elles sont réalisées moins d'une semaine avant la course. Mais quoi qu'il en soit, puisque substances endogènes font partie de la constitution du cheval lui-même, même le plus sophistiqué des laboratoires d’analyses du monde ne peut les discerner.

Mais alors quelle est la solution ?

La solution, c’est de combiner un travail d’enquête policière et un travail d’analyse scientifique. Seuls les moyens logistiques de la police, comme les écoutes téléphoniques, permettent de lutter contre ce type de dopage. C’est la raison pour laquelle l’Institution des courses travaille très étroitement avec le Service central des courses et jeux (SCCJ) de la police judiciaire.

Vous n’avez pas répondu sur le rôle de France Galop…

Sur l’ensemble des sujets ayant trait à la régularité des courses, France Galop collabore étroitement avec le SCCJ : je ne peux pas être plus clair ! Nous avons la volonté commune que les courses soient propres et exemplaires. Nous travaillons dans une confiance mutuelle qui est le gage de notre efficacité. Et cela fonctionne particulièrement bien parce que nos moyens et nos connaissances sont complémentaires.

Et sur l’affaire en cours dans la région aixoise ?

Dans une affaire en cours, tout ne peut évidemment pas être porté sur la place publique. Donc il faut accepter que France Galop ne soit pas plus disert sur ces affaires.

 Mercredi, les salariés des écuries dont les entraîneurs sont interdits de pratiquer ont manifesté. Qu’avez-vous envie de leur dire ?

D’abord que je comprends leur inquiétude et leur désarroi. Ils sont des salariés "engagés" qui subissent une situation dont ils ne sont pas responsables et qui s’organisent pour continuer à s’occuper des chevaux encore sur place. Mais ensuite, il me semble important de préciser que leurs employeurs – même s’ils n’ont pas le droit d’exercer leur profession pour le moment – demeurent responsables de leurs salariés.

Avez-vous néanmoins l’intention de les aider, au vu de l’urgence ?

L’Afasec, au-delà de la formation, joue un rôle important dans l’action sociale. Le responsable Hugues Leclercq sera à Calas samedi matin pour rencontrer le personnel de ces écuries, en compagnie d’un représentant d’Equiressources – qui est le "Pôle Emploi du cheval". L’Afasec apportera des conseils très pratiques auprès du personnel pour faire valoir leurs droits et EquiRessources pourra leur présenter les offres d’emploi à pourvoir dans des écuries de courses en France.

Sur le côté affaire de jeux, y a-t-il eu une faille du côté de France Galop et/ou des commissaires, sur le repérage et/ou l’identification de courses possiblement arrangées ?

Ce sujet est une préoccupation quotidienne des commissaires, des secrétaires des commissaires et des observateurs des courses, sur toutes les courses, de tous niveaux. J’en profite pour vous annoncer que l’équipe des observateurs des courses va très bientôt se renforcer. Sur le même sujet, nous sommes en lien permanent avec le PMU quand on observe des anomalies d’évolution de cotes/rapports, afin de mener une enquête. Ce travail est fait avec la plus grande rigueur mais là encore, nos moyens ne sont pas illimités et c’est pour cela que l’action du SCCJ est utile et complémentaire à la nôtre. Et pour en revenir à l’affaire en cours, je n’ai pas de commentaire à faire pour l’instant, étant dans l’attente du dossier pénal.

S’il y a moins de chevaux à Calas l’an prochain, envisagez-vous de réajuster une nouvelle fois le programme local ?

Le centre d’entraînement de Calas est d’excellente qualité grâce aux importants investissements qui y ont été réalisés ; il a la capacité de rebondir après ce choc. Rien ne dit que ses effectifs vont baisser au-delà d’une limite raisonnable. De plus, les courses marseillaises ne sont pas fermées aux chevaux d’autres régions même si les hippodromes sont éloignés de beaucoup de centres d’entraînement ; nous verrons donc comment évoluent les partants, mais il n’est pas impossible que certains entraîneurs d’autres régions courent plus souvent à Marseille dans les mois qui viennent. Par principe, sur la question du programme, il faut être flexible… mais il ne faut pas non plus prendre de décision hâtive et définitive qui fragiliserait durablement les courses dans le Sud-Est.

L’autre sujet d’actualité, c’est l’acquisition de l’immeuble Thémis, où logeront LeTrot, France Galop et le PMU. Que pouvez-vous nous en dire ? Comment ce dossier a-t-il évolué suite aux critiques ?

Comme vous le savez, l’acquisition a été signée la semaine dernière. Les tensions du mois d’octobre sont définitivement apaisées : les équipes du Trot, de France Galop et du PMU ont travaillé dur ces dernières semaines pour trouver les bonnes solutions s’agissant de la répartition des espaces, des conditions du bail et de la façon d’appréhender le projet d’aménagement de l’immeuble. Nous sommes désormais concentrés sur ce projet d’aménagement pour que le regroupement physique soit une réussite pour toutes les parties prenantes et que les équipes puissent prendre leurs quartiers début 2023.

L’État avait été amené à se prononcer sur Thémis, ce qui nous amène à vous demander comment sont les relations de l’Institution avec la tutelle actuellement.

Je dirais que la collaboration avec nos trois ministères de tutelle n’a jamais été aussi forte qu’en ce moment ! Nous avons déjà évoqué ensemble le SCCJ qui dépend du ministère de l’Intérieur. S’agissant de Bercy et de l’Agriculture, les gros sujets des dernières semaines ont été : 1/ les modifications statutaires du PMU résultant du dernier rapport de l’Institution remis aux ministres en début d’année et 2/ l’acquisition de Themis qui était naturellement soumise au visa de la tutelle. Cela se traduit par des avancées concrètes : les courses devraient enfin voir la fiscalité sur les paris évoluer, en passant d’une taxe sur les enjeux à une taxe sur le produit brut des jeux qui est notre "vrai" chiffre d’affaires. Quant au projet de regroupement des différentes entités de l’Institution dans un même immeuble, le soutien de l’État a été déterminant et va permettre à la filière de réaliser des économies structurelles de plusieurs millions d’euros.

Dans un ordre d’idées très différent, beaucoup de professionnels ont souffert avec le Covid. Faut-il sauver la base de la profession ? Et comment ?

Aussi bien en 2020, au plus fort de la crise, qu’en 2021, le conseil d’administration de France Galop a pris des mesures visant à protéger autant que possible la base de la pyramide. En 2020, les baisses d’allocations ont été de 30 à 40 % dans les courses de groupe. A contrario, les prix des courses épreuves PMH n’ont pas diminué. En 2021, lorsque nous avons mis en place la retenue sur les allocations, nous avons appliqué un taux de 5 % dans les courses dotées de 7.500 et moins au gagnant en plat et 8.000 en obstacle contre 16 % dans les autres courses. Avec la redistribution déjà opérée en septembre, les courses les moins dotées auront vu leurs allocations maintenues à l’identique par rapport à une année normale.

L’année prochaine, nous allons augmenter les encouragements de 30 M€ par rapport à 2021 (soit + 20 M€ par rapport à 2019). En plat, l’essentiel du budget supplémentaire est consacré à une hausse de 10 points des primes propriétaires. C’est une façon d’orienter plus fortement ces encouragements vers les propriétaires de chevaux nés et élevés en France, c’est-à-dire ceux qui sont très majoritairement installés sur notre sol. Cette hausse de 10 points des primes propriétaires constitue enfin un coup de pouce relativement plus fort pour les chevaux d’âge. Pour les 6ans et plus par exemple, le taux passera de 35 % à 45 %.

Une des raisons de ces difficultés, ce sont les raids étrangers dans les catégories moyennes et inférieures. Faut-il plus de protectionnisme ? Et le protectionnisme a-t-il du sens au galop ?

Tout d’abord, il n’y a pas d’évolution notable de victoires étrangères. Je vais vous donner quelques chiffres qui, je le crois, n’ont jamais été publiés dans la presse. Depuis 2015, le pourcentage de courses plates gagnées par les chevaux entraînés hors de France oscille entre 7,5 % et 9,5 %. On sera autour de 9 % en 2021. Si l’on suit ce même indicateur sur les courses plates à réclamer, le taux varie entre 11,3 % et 16,3 %. En 2021, il s’établit à 13 %. Dans les deux cas, le niveau est certes significatif, mais il n’y a pas de progression structurelle.

Les courses, c’est la compétition, et le repli sur soi est dangereux à terme ; en revanche, il est capital de garantir aux acteurs que tout le monde est sur un pied d’égalité. Enfin, je rappellerai que le modèle d’encouragements français avec son système de primes ou d’indemnités de transport permet de soutenir plus fortement les acteurs installés en France.

La France des courses est-elle assez offensive en prospection à l’international ?

Commercialement, aussi bien en plat qu’en obstacle, les Français n’ont jamais été aussi performants pour développer les débouchés à l’étranger. Cela se vérifie sur tous les marchés : yearlings, breeze up, vente d’élevage ou vente de chevaux à l’entraînement. Le challenge collectif, c’est de convertir encore plus de ces propriétaires/éleveurs étrangers aux courses françaises. Nous avons beaucoup de talents en France et un système économique vraiment attractif. Les récentes décisions en matière d’encouragements vont renforcer le capital confiance dans nos courses.

Toujours sur l’international, la place de la France à l’international va-t-elle rétrograder, notamment avec l’arrivée d’un nouveau président "asiatique" (même s’il est francophile) à la tête de la FIAH ?

Le départ de Louis Romanet après des décennies à la tête de la FIAH est évidemment un tournant, mais la France est toujours influente au sein de cet organisme. Nous sommes présents et actifs dans toutes les instances stratégiques, en particulier celles consacrées à la lutte antidopage. La voix de la France est écoutée et le renouvellement de présidence est aussi l’occasion pour les représentants de la France de s’impliquer encore plus qu’avant pour continuer à influer positivement sur les sujets de réglementation internationale.

Et puis, j’ajoute deux choses importantes : le secrétariat de la FIAH restera à France Galop ; et la conférence internationale restera à Paris, le lendemain du Qatar Prix de l’Arc de Triomphe.

Nous ne connaissons pas encore les imports/exports pour 2021, mais quel est selon vous le bilan d’une année de Brexit et les conséquences que cela a eues pour la France des courses et l’Europe des courses, avec des mouvements de chevaux qui se sont considérablement réduits ?

Les bilans se font sur la base de chiffres qui ne sont pas encore arrêtés. Mais d’un point de vue purement qualitatif, il est évident que l’impact du Brexit est négatif : les mouvements de chevaux ont été sérieusement perturbés, la tracasserie administrative a décuplé ; sur le plan logistique, la sortie de la Grande-Bretagne de l’Union européenne est une vraie nuisance.

Les rapports forts de la France avec les pays voisins, Italie et Allemagne surtout, font-ils de la France la capitale de l’Europe continentale ? Et doit-elle assumer un rôle en ce sens ?

Oui et d’ailleurs, elle joue un rôle moteur au sein de l’European & Mediteranean Horse Federation (EMHF).

Vous avez annoncé un budget offensif pour 2022. Existe-t-il un plan B en fonction de l’évolution de la situation sanitaire ?

Nous avons démontré notre capacité à mettre en place des plans B, C ou même D face à toutes les situations. On aborde 2022 avec confiance et on saura, le cas échéant, trouver des solutions si la situation vient à fortement se détériorer.

Quelles sont les marges de manœuvre côté transparence ? Par exemple pour les informations au parieur (on a encore franchi un cap récemment avec les différenciations sur chevaux ou jockeys tombés, la prise en compte des pads et autres mousses à la pesée) ?

On peut encore faire beaucoup… Et je partage avec vous quelques sujets en réflexion, tout à fait inédits dans les médias :

l’ajout, dans la "musique" de chaque cheval sur le programme des courses, d’une lettre indiquant si le classement obtenu l’a été sur gazon ou P.S.F. ;

la mise en ligne sur le site de France Galop des vues utilisées par les commissaires lorsqu’il y a enquête ;

et plus globalement, nous souhaitons encourager les professionnels à parler davantage aux parieurs avant et après la course ; c’est ce qui nous a guidés cette année sur les Samedis d’Auteuil, afin d’inciter un public de parieurs plus large à s’intéresser à ces réunions.

Va-t-il y avoir de nouvelles règles autour de la cravache ? Un durcissement des sanctions en cas de non-respect des règles (cravache au-dessus de l’épaule, ce qui est commun par exemple, coups totalement inutiles...) ?

C’est un sujet évidemment sensible mais ce n’est pas parce qu’il est sensible qu’il ne faut pas le traiter. Nous avons fait évoluer les règles encadrant l’utilisation de la cravache ces dernières années et c’est une bonne chose ; ce sont des mesures qui vont dans le bon sens et qui sont bien intégrées.

Faut-il en rester là ?

Je n’en suis pas sûr. Car les courses ne sont pas hors sol, on veut qu’elles s’inscrivent dans la vie des gens, et la société évolue. Il y a donc matière à réfléchir sur un objet qui est certes un outil de sécurité pour les cavaliers, mais qui est sûrement un de nos pires ennemis en termes d’image. Le maintien de la cravache en course dans une fonction purement sécuritaire et directionnelle est une piste qu’on se doit d’étudier. C’est évidemment clivant mais c’est presque toujours le cas lorsqu’on est précurseur.

Envisagez-vous un retour des Jeuxdis à ParisLongchamp en 2022 ?

Oui et nous avons hâte ! La fréquentation du Grand Prix de Paris 2021 [où 9.000 personnes étaient présentes, ndlr] a démontré que le public des Jeuxdis ne nous avait pas oubliés !