L’élevage de sauteurs a réussi sa mue

Magazine / 03.12.2021

L’élevage de sauteurs a réussi sa mue

L’élevage de sauteurs a réussi sa mue

La vente d’automne Arqana, majoritairement consacrée à l’obstacle, a enregistré des résultats jusqu’alors jamais atteints. À quel point le marché de l’obstacle a-t-il progressé ? C’est à cette question que nous avons voulu répondre, en nous basant sur les données des ventes Arqana consacrées à cette spécialité depuis 2015. Le constat est sans appel : en moins de dix ans, l’élevage de chevaux d’obstacle s’est considérablement professionnalisé.

Les ventes s’inscrivent dans la culture de l’obstacle

Cette année, Arqana a vendu 413 sujets à vocation d’obstacle pour un chiffre d’affaires de 10.853.000 €. En termes de volume d’enchères, c’est une hausse de 62,82 % par rapport à 2015. L’offre s’est clairement étoffée en quantité, mais la qualité a suivi, comme en témoigne la hausse de 25 % du prix moyen (26.278 € contre 20.961 € en 2015). Le taux de vendus, qui dépasse les 77 % cette année, s’est amélioré de près de dix points : le signe d’une meilleure adéquation entre l’offre et la demande.

L’offre obstacle chez Arqana peut se segmenter en trois parties : les stores, les yearlings, et les sujets d’élevage. Et ce sont clairement les foals qui ont connu la progression la plus impressionnante avec une hausse de 66 % de leur prix moyen en six années, alors que le taux de vendus a gagné 20 points ! Les yearlings affichent une progression de 52 % du prix moyen, et un taux de vendus qui grimpe de 9 points.

L’analyse d’Éric Hoyeau

« L’offre s’est clairement améliorée qualitativement. Peu à peu, les ventes publiques sont entrées dans la culture des gens de l’obstacle. Je dirais qu’à présent, s’ils doivent "affronter" un marché, ils ont plus de confiance dans le marché public. Nos tournées d’inspection ont des vertus pédagogiques pour orienter au mieux les éleveurs : on constate que l’offre correspond de plus en plus à ce qu’attend le marché. Le niveau de préparation des chevaux présentés s’est aussi amélioré. »

Les femelles réduisent l’écart

On le sait, les femelles sont toujours plus difficiles à vendre que les mâles. Chez les yearlings, en 2021, les femelles se sont ainsi vendues à un prix moyen inférieur de 38,86 % à celui du prix moyen global de cette catégorie. C’est beaucoup ? Oui, mais la différence tend à se réduire. En 2017, l’écart était de près de 69 % ! Même constat chez les stores : en 2021, le prix moyen pour une femelle est de 36,8 % moins élevé que la moyenne globale, alors que cet écart était de 68,6 % en 2017. Chez les foals, l’écart est moins important : - 14 % cette année pour une femelle, alors que le delta était de 49 % il y a quatre ans.

Le taux de vendus diminue aussi quand il s’agit des femelles : il est entre 3 points (pour les yearlings) et 8 points (stores) moins élevé que le taux de vendus global à catégorie identique. Là encore, on note du mieux, car la différence, en 2017, pouvait aller jusqu’à 18 points (chez les foals).

L’analyse d’Éric Hoyeau

« Plusieurs facteurs expliquent cette réduction de l’écart de prix pour les femelles. D’une part, l’offre s’est améliorée. D’autre part, la demande a été dynamisée par des programmes de courses plus lucratifs pour les femelles. C’est France Galop qui a initié de tels programmes, suivi depuis deux ou trois ans par les Anglais et les Irlandais. De notre côté, nous faisons attention à proposer des catalogues qui respectent un équilibre entre les sexes. La proportion d’un tiers de femelles, et de deux tiers de mâles ou hongres permet de valoriser au mieux les femelles. C’est une donnée dont on ne tient pas compte par exemple dans un catalogue de yearlings de plat, où une femelle très bien née est souvent mieux valorisée qu’un mâle compte tenu de sa valeur résiduelle de poulinière. »

On exporte… mais on sait aussi garder le capital génétique

Sur les transactions enregistrées en 2021 lors des différentes ventes Arqana proposant des profils d’obstacle, on peut estimer à 57 % la proportion de chevaux exportés. La catégorie où l’export est le plus important est celle des yearlings avec une proportion d’exportations de 68,9 %. La seule catégorie où les achats français restent majoritaires est les poulinières, 54 % des juments ayant fait l’objet d’une transaction cette année chez Arqana sont en effet destinées au marché français. Une bonne nouvelle pour l’élevage français qui sait aussi garder sa précieuse génétique, comme on l’a vu en automne avec Fabulous Dragoness.

L’analyse d’Éric Hoyeau

« On note un vrai effort des éleveurs pour améliorer leur jumenterie, mais aussi l’apparition de nouveaux visages séduits par l’obstacle. Je pense à Arnaud Van Robais, l’acheteur de Fabulous Dragoness, ou encore La Motteraye qui a acheté sa première poulinière obstacle. On pourrait aussi citer Étreham, que l’on a vu soutenir ses étalons obstacle par l’achat de foals. Des éleveurs traditionnels créent des associations pour investir dans la génétique. L’obstacle a su développer un vrai attrait ces dernières années. »

Lucie Lamotte : « Le marché de l’obstacle est de plus en plus porteur »

« À la base, il est vrai que nous avons plutôt comme vocation d’élever des chevaux de plat. Pour ma part, je suis attirée depuis pas mal d’années par les chevaux d’obstacle. Ce sont des athlètes exceptionnels avec un mental incroyable. Lorsque l’on regarde les courses à Auteuil, le spectacle est juste sublime. J’avais toujours comme objectif d’acquérir une poulinière à vocation obstacle. Dans un premier temps, mon mari, Gwenaël Monneraye, a toujours été plus réticent. Il craignait de ne pas avoir un retour sur investissement intéressant. Récemment, après avoir longuement discuté, nous avons pris la décision de franchir le pas. À la vente d’automne, nous avons acheté Srheliga (Martaline) qui est notamment une propre sœur de Srelighonn (Martaline) et de Threliga (Martaline). Le critère numéro un était d’acquérir une fille de Martaline. Aux ventes, nous avons flashé sur la jument. Le marché est de plus en plus porteur et les étrangers se montrent de plus en friands de nos chevaux élevés en France. Lorsque vous regardez les résultats des courses d’obstacles à l’étranger, notamment en Angleterre, il y a énormément de produits qui sont nés en France. L’autre critère important, c’est le prix de saillie des étalons ! Les sires à vocation obstacle sont nettement moins coûteux ! Cela compte aussi. »