Le grand patron des courses joue cartes sur table

Institution / Ventes / 19.12.2021

Le grand patron des courses joue cartes sur table

Par Anne-Louise Echevin

En octobre 2021, une nouvelle page s’est ouverte pour la Fédération internationale des autorités hippiques (FIAH). Winfried Engelbrecht-Bresges en a été élu président, succédant à Louis Romanet, qui occupait ce poste depuis 1994 et la création de la fédération. Boss du Hong Kong Jockey Club, grand analyste des courses, Winfried Engelbrecht-Bresges nous a parlé pendant une heure de sa vision de notre univers.

- Première partie (ce soir) : le développement de la marque courses, et le World Pool.

- Seconde partie (demain soir) : une fédération pour tous, l’intégrité du sport et l’harmonisation des règles.

Développer la marque courses

C’est l’une des nouveautés de la FIAH sous l’ère Winfried Engelbrecht-Bresges : la mise en place d’un comité dédié à l’aspect commercial et marketing. Olivier Delloye en est le président et il devrait avoir du travail !

Le client d’abord. C’est un sujet lié à l’harmonisation et aussi – surtout ? – à la transparence, une notion que maîtrise Winfried Engelbrecht-Bresges puisque les courses à Hongkong ont fait le choix de la communication à l’extrême, de la fourniture maximale de données, etc. « Il me tient à cœur de faire comprendre, au sein de la fédération, qu’il ne faut pas regarder les courses comme notre produit mais que nous devons prendre en compte l’avis et les demandes de nos clients. J’ai fait faire des études sur les règles en course, comme sur le nombre de coups de cravache, par exemple… La plupart de nos clients n’étaient pas spécialement intéressés par cela ! Pour eux, les deux plus grosses problématiques étaient les règles de faux départs et le jugement des gênes en course. Comment et pourquoi un départ est jugé juste ou non : parce que, en Grande-Bretagne, l’interprétation de la règle est différente de celle à Hongkong. Et les gênes car elles ont à voir avec les disqualifications. Donc, selon moi, sur ces deux sujets-là, il est essentiel d’harmoniser les règles le plus vite possible, et donc de familiariser nos clients avec les nouvelles règles. Quand vous changez quelque chose, il faut suivre derrière : nos clients doivent comprendre pourquoi le changement est juste. Je crois sincèrement que nous ne communiquons pas assez sur nos décisions. Il faut montrer les vidéos, expliquer en détail : inclure les clients est essentiel et fait partie des meilleures pratiques que nous devons partager. »

S’adapter aux demandes. Hongkong, avec le Japon, est le poids lourd mondial des courses en termes d’enjeux. Le public (hors Covid) est là, les parieurs (même avec le Covid) aussi, donc les allocations suivent. La solution pour y arriver, présentée par Winfried Engelbrecht-Bresges, a l’air presque simple : « À Hongkong, nous avons connu une baisse du chiffre d’affaires et une chute de l’intérêt envers les courses. Alors nous nous sommes penchés sur le sujet et nous avons lancé une étude complète pour définir ce que de potentiels clients désiraient trouver avec les courses, quels types de données et d’offres de divertissement ils souhaitaient. C’est pour cela que nous avons créé la marque Happy Wednesday : tous les mercredis, se rendre aux courses pour une soirée divertissante et fun. C’était nouveau pour nous ! Mais il fallait que ces clients trouvent ce qu’ils désiraient. Il faut déterminer ce que chaque type de clients désire et leur offrir les expériences demandées. Les habitués veulent du fonctionnel. Les plus jeunes veulent quelque chose de visuel, une expérience. Désormais, nous devons nous pencher sur la catégorie des18-25 ans et il faut que l’on soit encore plus dans le visuel, un visuel qui se rapproche du jeu vidéo. »

Aller chercher les jeunes. Hongkong se porte bien mais se penche déjà sur la façon dont on peut intéresser la nouvelle jeune génération aux courses. « Comment pouvons-nous présenter les courses aux plus jeunes générations, quelles technologies pouvons-nous utiliser pour les intéresser ? Je pense que cela va être absolument fascinant ! L’une des clés est, pour moi, la digitalisation et je pousse ce concept jusqu’au jeu vidéo et à la simulation de courses. Les jeunes générations sont à la recherche de données. Parfois, vous pouvez avoir l’impression de trop expliquer mais il faut réussir à fournir toutes les données demandées puis à "traduire" ces données. Par exemple sous un aspect semblable aux jeux vidéo, ce que nous faisons avec les simulations des courses. »

Le World Pool : ensemble, on va plus loin

Pour de nombreux pays de courses, Hongkong est un peu le Père Noël ! Quand le tout petit pays ouvre son immense masse commune aux opérateurs de pari mutuel du monde et la partage avec eux, c’est Noël. Et Hongkong y gagne aussi : « Le fait de se retrouver tous ensemble, en masse commune, ne s’est pas fait du jour au lendemain. À Dubaï, j’avais fait un discours sur ce sujet en disant que j’y croyais. C’était en 2007. Il a donc fallu du temps mais c’est un succès : cela représente 20 % de notre revenu ! »

Tout à y gagner financièrement et promotionnellement. Hongkong partage sa masse avec seize pays. L’idée est d’aller encore plus loin : allier tous les Tote (les opérateurs de pari mutuel) du monde. C’est le World Pool. « Selon moi, il y a tout à gagner avec le World Pool : des revenus pour les courses dans le monde entier, une meilleure promotion des courses hippiques comme sport, et des revenus supérieurs à ce qu’ils seraient si les courses restaient sur le marché local. Je crois que, pour toutes les plus grandes courses internationales, nous devons mutualiser tous les opérateurs de pari mutuel au monde. Le résultat escompté ? Plus d’enjeux, une audience beaucoup plus importante et donc des revenus nettement supérieurs par rapport au marché local. Nous l’avons constaté pour l’Arc de Triomphe, pour Ascot… Et nous l’avons même constaté pour l’Afrique du Sud ! Nous avons créé un World Pool pour leur plus grand meeting. Et qu’a gagné l’Afrique du Sud, qui traversait un moment assez délicat ? De quoi financer entre six à huit semaines de leurs compétitions ! Mais possiblement autre chose aussi : je tiens à souligner que l’Afrique du Sud a à cœur d’être un acteur majeur des courses internationales. Et une partie de l’argent généré par le World Pool pourrait, par exemple, être utilisé pour le développement d’un grand centre de quarantaine et de procédures de quarantaine en Afrique du Sud. Nous pouvons donc aider des nations hippiques, qui ont peut-être plus de difficultés que nous, à intégrer notre grande famille hippique mondiale : l’Afrique du Sud possède de belles courses mais nous pouvons contribuer à la remettre au premier plan à l’international. »

Du fonctionnement du World Pool. Du côté de la FIAH, un point a toujours été mis en avant : la fédération n’est pas un régulateur et n’a pas à le devenir. Qui va donc gérer une machine aussi lourde qu’un World Pool ? « Il n’y a pas un régulateur mondial du World Pool. Il y a les régulateurs à l’intérieur du World Pool et le principe est que les taxes sont payées là où se trouve le consommateur : nous ne faisons pas d’évasion fiscale ! La redistribution du chiffre d’affaires se fait en fonction des règles des différentes juridictions. J’aimerais cependant créer ce que j’appelle un Information Wagering World Pool Protocol, pour réfléchir à la façon dont les paris sont transférés entre les différents outils, à de nouveaux protocoles de World Pool. Peut-être en s’inspirant de ce que l’on voit dans le monde de la finance ? Ce serait une collaboration entre les Totes du monde entier et l’IFHA. Je pense que nous pouvons mettre cela en place d’ici un an et réfléchir aux différents paris que nous pourrons proposer au sein du World Pool, même des paris un peu exotiques [comme des paris verticaux, ndlr]. Enfin, le World Pool est un formidable outil de lutte contre les paris illégaux. Actuellement, il est possible de faire des arbitrages en regardant chez les bookmakers illégaux : voici Hongkong, voici ce qu’il se passe en France. Avec un World Pool et ses masses, l’arbitrage ne sera plus possible. »

En bref…

Le contrôle qualité des courses

« Actuellement, les handicapeurs du monde entier se retrouvent et alignent leurs ratings. Il y a une méthodologie pour y arriver. On peut réfléchir à notre façon de procéder au contrôle qualité des courses… Mais comment définissez-vous la qualité ? Par exemple, en Australie, vous aurez un Groupe avec seize partants, sous formule handicap peut-être, mais très ouvert. En Europe, un Groupe avec trois ou quatre partants et on vous demandera si cela est un signe de qualité. »

Le betting exchange

« Avec le Hong Kong Jockey Club, notre position est très claire : j’ai beaucoup de réserves sur le principe qui, à mon sens, n’apporte pas d’intérêt à notre sport. Cela ne rapporte rien non plus aux organisateurs de courses : 0,15 ou 0,2 % du chiffre d’affaires dégagé, et ce n’est pas de l’argent que vous gagnerez en plus du reste. Cela peut amener des questionnements sur la régularité, avec en plus des réponses très difficiles à obtenir : il n’est pas possible de prouver que quelqu’un a layé [jouer contre, ndlr] un cheval parce qu’il a des informations provenant de l’intérieur. Cela n’est cependant que mon point de vue et n’engage aucunement la FIAH. »

Changement climatique

« Je crois que les autorités hippiques du monde entier doivent porter attention à ce problème. Je ne sais pas si tout le monde comprend les accords autour de la réduction de l’empreinte carbone et du climat. Il nous faut faire un point et voir où nous en sommes sur ce sujet, que toutes les juridictions hippiques se posent pour examiner les choses en place, voir comment nous pouvons développer des mesures et des actions pour réduire notre empreinte carbone. Et analyser les éléments que nous fournissons à nos membres pour la mesurer, la réduire, quelles activités nous pouvons recommander… »