Le Magazine : les jeunes étalons allemands : Isfahan ou l’ascension du Gestüt Ohlerweiherhof

International / 15.12.2021

Le Magazine : les jeunes étalons allemands : Isfahan ou l’ascension du Gestüt Ohlerweiherhof

Nombreux sont les Français qui regrettent de ne pas avoir envoyé une jument à Monsun ou Adlergflug dans leurs jeunes années. Pour ne pas rater les futures stars de l’élevage allemand, nous avons pris la route afin d’aller les voir en chair et en os. Aujourd’hui, nous vous présentons le Gestüt Ohlerweiherhof, où Isfahan fait la monte. [PARTIE 1 SUR 3]

Aujourd’hui : Gestüt Ohlerweiherhof (Isfahan et Tai Chi)

Demain : Gestüt Etzean (Japan, Areion et Amaron)

Après-demain : Gestüt Röttgen (Protectionist, Reliable Man, Millowitsch et Windstoß)

Par Adrien Cugnasse

Soyons honnêtes. En France – et même en Allemagne –, très peu de gens ont vu venir la réussite de Monsun (Königsstuhl) ou celle d’Adlerflug (In the Wings). Pourquoi ? Parce que l’un et l’autre étaient des chevaux de Derby (Adlerflug l’a gagné, Monsun fut deuxième). Parce que l’un et l’autre avaient des pedigrees exotiques (d’un point de vue français). Et parce qu’ils n’ont pas gagné de Gr1 hors d’Allemagne. Pourtant, ceux qui ont tenté l’aventure ont bien souvent été récompensés.

Ce portrait-robot est un peu aussi celui d’Isfahan (Lord of England). Doté d’un pedigree vraiment très original, outcross avec beaucoup de juments françaises, c’est l’un des rares représentants de la lignée mâle de Mill Reef (Never Bend). À 2ans, il a remporté le Preis des Winterfavoriten (Gr3) et, à 3ans, le Bavarian Classic (Gr3), puis un Derby allemand (Gr1) qui a fait couler beaucoup d’encre. Cette édition du classique de Hambourg s’était courue en terrain bon/souple (pas dans le lourd). Un élément qui n’a rien d’anodin car c’est aussi "dans le bon", voire le "bon/souple", que se sont déroulés une bonne partie des meilleurs crus du classique : 2020 (In Swoop devant Torquator Tasso), 2014 (Sea the Moon) ou 2012 (Pastorius devant Novellist). Ayant un problème à un sabot, Isfahan n’a pas été revu en course, son entourage ne voulant pas prendre de risque.

Un soutien de taille. Isfahan a débuté sa deuxième carrière dans un jeune haras, le Gestüt Ohlerweiherhof, avec une génération inaugurale de (seulement) 36 produits. Lancer un étalon sans soutien est quasi mission impossible. Heureusement, Isfahan a pu compter sur celui de son propriétaire, Stefan Oschmann (Darius Racing), Pdg de Merck (53.000 collaborateurs à travers le monde, dans le domaine de la pharmacie et de la chimie). Timo Degel dirige le Gestüt Ohlerweiherhof avec sa compagne Nastasja Volz-Degel et sa belle famille (Michael et Susanne Volz). Il nous a expliqué lors de notre visite : « Depuis que le docteur Oschmann a commencé à faire appel à Holger Faust, les résultats sont au rendez-vous [18 victoires de Groupe depuis 2015, ndlr]. Nous travaillions de longue date avec eux car nous gérons le débourrage et le pré-entraînement de leurs chevaux. Lorsqu’ils ont cherché un haras pour stationner Isfahan, un accord a rapidement été trouvé. Surtout que nous avions une réelle affinité avec la lignée mâle de Dashing Blade (Elegant Air) qui nous avait déjà donné la gagnante de Groupe Ravenel (Touch Down). Dans une telle aventure, il est essentiel d’avoir une personne dynamique et disposant d’un bon réseau comme Holger Faust. Il connaît beaucoup de monde, n’a pas peur de prendre son téléphone. Et c’est par exemple grâce à sa proximité avec Guy Pariente que l’étalon a sailli Kendalee (Kendargent) pour donner au haras de Colleville le lauréat classique Sisfahan (Isfahan). »

La réussite de ses premières générations. Stefan Oschmann a acheté des juments pour faire saillir son jeune étalon et a ensuite racheté des produits pour le soutenir. Au point que les quatre black types de sa jeune production ont tous fait carrière sous ses couleurs. Il s’agit de Sisfahan, lauréat du Derby allemand (Gr1) en terrain bon souple, puis deux fois sur le podium de Gr1 face aux vieux (et aux étrangers), se classant notamment deuxième à une longueur du futur gagnant d’Arc Torquator Tasso (Adlerflug) dans le Grosser Preis von Baden (Gr1). Sisfahan va rester à l’entraînement en 2022. Toujours pour la même casaque, Isfahani (achetée sur le ring de BBAG) a débuté directement dans le Premio Guido Berardelli (Gr3) à 2ans ! Un coup de poker payant car elle s’est imposée (sur tapis vert). À 3ans, elle s’est classée deuxième du Preis der Diana (Gr1).

Dans la production d’Isfahan, le docteur Oschmann a également fait courir Anoush (achetée sur le ring de BBAG), qui s’est classée troisième des Oaks d’Italia (Gr2), et Sardasht (acquis chez BBAG) qui a pris la troisième place du Gran Criterium (Gr2, 2ans).

Avec 11,4 % de black types par partant sur ses deux premières productions – conçues à seulement 4.000 € –, Isfahan est dans le top 3 européen des étalons de deuxième génération selon ce critère. Depuis Monsun, aucun étalon allemand n’avait donné un gagnant de Derby en première génération. Logiquement, son prix de saillie passe à 9.500 € en 2021. Timo Degel explique :  « Presque tous les grands haras allemands ont déjà réservé une saillie. Sans oublier les réservations françaises et anglaises, à l’image de celles de Jeremy Brummitt. » Le Gestüt Ohlerweiherhof n’est qu’à 45 minutes de la frontière et Timo Degel poursuit : « Quand nous allons faire saillir en Normandie, nous faisons l’aller-retour sans problème dans la journée. Il est intéressant de noter que les quatre premiers black types d’Isfahan sont issus de pères de mères ayant officié en France : Kendargent (deux fois), King’s Best et Manduro. Cela renforce encore l’intérêt de l’étalon pour les éleveurs français. Il faut avoir conscience qu’il n’a jusqu’alors pas eu accès à de très bonnes juments. En 2020, Pierre-Charles Boudot a monté Sisfahan à Lyon, et en 2021, sa mère nous a envoyé trois juments. Monsieur Pariente fait confiance à Isfahan tous les ans. Il produit des chevaux faciles, qui vont dans tous les terrains. Il a plusieurs 2ans – qui prennent 3ans en 2021 – prometteurs. Certains n’ont pas encore débutés. » Physiquement, le jeune étalon en impose. Bon marcheur, très équilibré, il toise 1,70m. En lui transparaît l’influence de son père de mère, Polar Falcon (Nureyev).

Un haras jeune et dynamique. L’Allemagne compte certains des plus vieux haras au monde. À l’inverse, le Gestüt Ohlerweiherhof est tout jeune. La famille Volz a commencé à élever des pur-sang anglais dans son exploitation agricole au milieu des années 1980. Mais les vaches laitières n’ont disparu qu’en 2017. Timo Degel poursuit : « Sur 250 hectares, nous accueillons entre 40 et 50 poulinières par an, dont 10 pour notre propre compte. Au total, nous avons 135 boxes avec une importante activité de pré-entraînement [pour le Gestüt Karlshof, le Gestüt Ebbesloh, Darius Racing… ndlr] Notre chance est d’avoir une super équipe avec plusieurs cavalières et gentleman riders actifs. » Timo Degel et son épouse ont eux-mêmes monté en course et cette expérience de la compétition hippique influence leur activité professionnelle : « Assurément, cela donne une idée de ce vers quoi il faut tendre pour que l’entraîneur puisse travailler dans les meilleures conditions lorsqu’il reçoit le cheval qui sort de notre pré-entraînement. Et c’est pareil pour l’élevage. Le fait de monter beaucoup de poulains donne des indications intéressantes. »

Le Gestüt Ohlerweiherhof accueille deux étalons. Isfahan bien sûr, mais aussi Tai Chi (High Chaparral) qui a commencé sa seconde carrière de manière assez confidentielle. Désormais le père de huit black types, il a donné son premier gagnant de Gr1 avec Nancho (Tai Chi) dans le Grosser Preis von Bayern (Gr1). Ce qui a eu pour conséquence de faire grossir son harem. La montée en puissance d’Isfahan est un moment clé dans l’histoire du Gestüt Ohlerweiherhof. L’étalon fait changer le regard des autres éleveurs sur la jeune structure et elle lui apporte une visibilité internationale. S’il continue à se distinguer – et tout semble réuni pour –, Nastasja Volz-Degel et Timo Degel vont vraisemblablement vivre un tournant dans leur carrière…

 

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