Le Magazine : les jeunes étalons allemands : le Gestüt Etzean, un haras à nul autre pareil

Élevage / 16.12.2021

Le Magazine : les jeunes étalons allemands : le Gestüt Etzean, un haras à nul autre pareil

Nombreux sont les Français qui regrettent de ne pas avoir envoyé une jument à Monsun ou Adlergflug dans leurs jeunes années. Pour ne pas rater les futures stars de l’élevage allemands, nous avons pris la route afin d’aller les voir en chair et en os. Aujourd’hui, nous vous présentons le Gestüt Etzean, où Japan, Areion et Amaron font la monte. [PARTIE 2 SUR 3]

Hier : Gestüt Ohlerweiherhof (Isfahan et Tai Chi)

Aujourd’hui : Gestüt Etzean (Japan, Areion et Amaron)

Demain : Gestüt Röttgen (Protectionist, Reliable Man, Millowitsch et Windstoß)

Par Adrien Cugnasse (avec photo)

Le Gestüt Etzean est un élevage à nul autre pareil. Sans équivalent dans ses méthodes, certes, mais avec de résultats qui n’en sont pas moins remarquables. Ce haras de 120 hectares est situé en altitude dans le massif de l'Odenwald : on peut skier de l’autre côté de la vallée. Et il  sera sacré tête de liste des éleveurs allemands pour la saison 2021. Près de 55 gagnants de Groupe y ont vu le jour, dont un gagnant de Derby allemand (Isfahan, pour le compte d’Andreas Wöhler), quatre lauréats du Preis der Diana (Gr1) et plusieurs étoiles internationales, à l’image du champion Manduro (pour le compte de Rolf Brunner). Ici les chevaux sont élevés "à la dure". Ils passent leur hiver, de foal à yearling, dehors – avec une stabulation à disposition – dans des lots constitués par affinités et en changeant de parcelle régulièrement pour éviter la boue.

Laisser faire la nature. Ralf Kredel, le directeur du haras, nous a expliqué : « Lorsque Heinz Weil a voulu se lancer dans l’élevage à la fin des années 1960, il a consacré beaucoup de temps à chercher l’endroit idéal. Il voulait un endroit préservé, avec de l’air pur et loin de toute agglomération. Nous avons toujours accordé une importance capitale à la qualité des herbages. Entrepreneur à Francfort, Heinz Weil a recruté mon père comme directeur, un agriculteur qui aimait les chevaux et exploitait la ferme voisine. Ensemble, ils ont connu beaucoup de réussite. Ici, les chevaux passent un maximum de temps dehors. Nous croyons beaucoup à l’influence de la lumière naturelle sur leur développement. Lorsqu’un sujet mouche, tant qu’il continue à manger, nous ne le rentrons pas. Forcément, c’est inhabituel de voir des yearlings par les grands étalons internationaux dehors sous la neige. Mais ils sont bien manipulés et au fil des décennies, nous avons prouvé que nous étions performants dans les ventes de yearlings [le Gestüt Etzean a détenu à plusieurs reprises le record du prix le plus élevé à BBAG, ndlr] et aux courses. Nous avons entre 50 et 70 juments, dont la moitié pour les clients. Le haras a vocation à s’autofinancer. Nous ne sommes pas adossés à une grande fortune. » De même les trois étalons ne vivent pas côte à côte, mais dans des paddocks distants, avec une jument de compagnie qui reste en permanence avec eux. Parmi les chevaux qui saillissent régulièrement, on a rarement vu aussi paisible et amical qu’Amaron (Shamardal) ou Areion (Big Shuffle).

Une approche différente. Cette année, le Gestüt Etzean s’est particulièrement distingué avec Sea Bay (New Bay), lauréat du Preis des Winterfavoriten (Gr3) et meilleur 2ans allemand. Ou encore Palmas (Lord of England), gagnante du Preis der Diana (Gr1) par six longueurs. La pouliche s’est accidentée dans le Prix de l'Opéra (Gr1) mais elle pourrait être revue en course l’année prochaine. Son origine laisse apparaître plus de vitesse et de précocité que dans beaucoup de pedigrees allemands, bien qu’elle n’ait elle-même couru qu’à 3ans. Avec Dashing Blade et Princess of Spain, son origine est révélatrice de la "méthode Etzean". Ralf Kredel poursuit : « Heinz Weil, le fondateur, était un autodidacte de l’élevage et des courses. Mais il avait forgé une connaissance encyclopédique des pedigrees. Il a par exemple été l’un des premiers supporters de Monsun (Königsstuhl). Il n’accordait pas une importance primordiale à la conformation. Pour lui, seules les performances avant l’été des 3ans – dans les maidens et courses black types – comptaient au moment de choisir un reproducteur. C’est ainsi qu’il a acheté Princess of Spain (par le bon 2ans King of Spain). Elle était placée de Listed à 2ans en Allemagne, puis à 3ans. Sa page de catalogue n’était pas extraordinaire et il fallait remonter sa deuxième mère pour retrouver un autre black type. Et encore, c’était Dalby Jaguar (Sharp Edge), lauréat de la Triple couronne norvégienne. Cependant, Princess of Spain avait de la qualité, et avec le grand étalon Surumu (Literat), elle a donné Peace Time (Surumu), placée de Listed  sur le mile. Et c’est à partir de cette Peace Time que la souche a explosé. Elle est l’aïeule de 11 black types, dont Palmas. »

L’influence de Dashing Blade. Le père de Palmas – Lord of England (Dashing Blade) –, né lui aussi au Gestüt Etzean, où il a fait la monte avant de devenir un bon étalon, mais sous-estimé et sous-utilisé (38 black types, soit 11,3 % de ses partants). Lord of England est mort cette année. Il était lui-même issu de Dashing Blade (Elegant Air), autre étalon du Gestüt Etzean, qui fut acquis en Angleterre après avoir raté sa première saison de monte outre-Manche (beaucoup de juments vides). Dashing Blade fut un très bon 2ans, lauréat des National Stakes et des Dewhurst Stakes (Grs1) avant de remporter le Gran Premio d'Italia (Gr1) sur 2.400m l’année suivante. Ralf Kredel explique : « Mon père et Heinz Weil sont partis pour l’Angleterre avec un ami qui parlait anglais. Dashing Blade était clairement ce qu’ils pouvaient trouver de mieux dans leur budget. Il a vraiment marqué le haras [57 lauréats de stakes, dont quatre de Gr1, ndlr] et a été tête de liste des pères de gagnants en Allemagne. En soutenant l’étalon, ils ont acheté Monbijou (Dashling Blade), dont la deuxième mère avait battu les mâles dans le Derby d’Allemagne de l’Est. Monbijou est devenu black type et elle est à l’origine d’une dizaine de black types dont Monami (Sholokhov), championne à 2ans en Allemagne, puis mère de Miss Yoda (Sea the Stars), triple lauréate en Angleterre avant de remporter le Preis der Diana (Gr1). » Parmi les pères de gagnants de Gr1 ayant officié assez récemment au Gestüt Etzean, il faut citer Jukebox Jury (Montjeu) et Sholokhov (Sadler’s Wells). Depuis la mort de Lord of England, le haras accueille trois étalons, dont Amaron et Areion. Amaron avait ses premiers 4ans en piste cette année. Il officie à 4.500 € et ce bon miler, lauréat de Groupe à 2ans, a vraiment trouvé sa clientèle outre-Rhin. C’est le père de Run Wild (Pretty Polly Stakes, L, deuxième du Prix des Réservoirs, Gr3) et Ralf Kredel poursuit : « Il produit des chevaux qui réussissent vraiment bien dans les Auction Races, des épreuves bien dotées et très cotées ici en Allemagne. Son pourcentage de gagnants est élevé et ses produits se vendent bien. Il produit à son image : dur et solide. » Areion a été tête de liste à de multiples reprises en Allemagne alors qu’il n’a sailli presque que des juments standards tout au long de sa carrière. Il est arrivé au Gestüt Etzean en 2018 et, à bientôt 28ans, c’est un des plus vieux étalons d’Europe. Il a donné 80 black types, soit 19 % de ses partants : un taux de réussite exceptionnel. Le vieux sire est limité en nombre de juments désormais.

Japan, le nouveau venu. L’annonce de son arrivée à fait sensation. Japan (Galileo) va débuter au Gestüt Etzean en 2022 et il est déjà arrivé dans ce haras à l’heure où nous écrivons ces lignes. Ralf Kredel détaille : « C’est certainement le meilleur cheval de course à avoir débuté directement en Allemagne. Il n'y a pas de fils de Galileo au haras en Allemagne, et en obtenir un de cette qualité est magnifique. Dans son pedigree, on retrouve deux des juments allemandes les plus influentes à l’international : Allegretta (Lombard) et Schonbrunn (Phanteon). » Coolmore va conserver une part du cheval, dont la majorité a été achetée par un partenariat allemand comprenant le Gestüt Etzean, Bernhard et Brigitta Matusche et le Gestüt Fährhof. Acheté 1,3 million de Guinées yearling, Japan est un fils de l’exceptionnelle poulinière Shastye (Danehill). C’est donc le propre frère de Secret Gesture (Middleton Stakes Gr2, 2e Oaks et Preis der Diana) et de Mogul (Grand Prix de Paris, Hong Kong Vase). Sa deuxième mère est la célèbre Saganeca (Sagace).

Performant à 2ans et capable de progresser. À 2ans, Japan a gagné les Beresford Stakes (Gr2), comme son grand-père Sadler's Wells. À 3ans, Japan a remporté facilement le Grand Prix de Paris (Gr1) avant de battre les chevaux d'âge dans les International Stakes (Gr1). Il avait aussi été la note dans le Derby d'Epsom (Gr1), dont il avait pris la troisième place, et avait conclu quatrième du Qatar Prix de l'Arc de Triomphe (Gr1). En 2021, il a notamment remporté les Meld Stakes (Gr3) avant d'évoluer aux États-Unis, où il a été battu d'une encolure dans les Sword Dancer Stakes (Gr1). Il reste sur une quatrième place – pas très heureux – dans le Breeders' Cup Turf (Gr1). Ralf Kredel conclut : « C’est un cheval qui a prouvé qu’il était capable de progresser avec l’âge et c’est très important pour les éleveurs allemands. Il sera soutenu et nous avons par exemple acheté Lancade (1.000 Guinées allemandes, Gr2) dans cet objectif. Nous allons aussi lui envoyer la mère de Sea Bay. Un certain nombre d’étalons ont réussi dans notre haras car nous les avons toujours soutenus du mieux que nous le pouvions. »

 

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