Les jeunes étalons allemands : Le Gestüt Röttgen, une histoire incroyable et de grandes ambitions

Magazine / 17.12.2021

Les jeunes étalons allemands : Le Gestüt Röttgen, une histoire incroyable et de grandes ambitions

Les jeunes étalons allemands

Le Gestüt Röttgen, une histoire incroyable et de grandes ambitions

Nombreux sont les Français qui regrettent de ne pas avoir envoyé une jument à Monsun ou Adlergflug dans leurs jeunes années. Pour ne pas rater les futures stars de l’élevage allemand, nous avons pris la route afin d’aller les voir en chair et en os. Aujourd’hui, nous vous présentons le Gestüt Röttgen où officient Protectionist, Reliable Man, Millowitsch et Windstoß [PARTIE 3 SUR 3].

Avant-hier : Gestüt Ohlerweiherhof (Isfahan et Tai Chi)

Hier : Gestüt Etzean (Japan, Areion et Amaron)

Aujourd’hui : Gestüt Röttgen (Protectionist, Reliable Man, Millowitsch et Windstoß)

Par Adrien Cugnasse 

Aujourd’hui, le Gestüt Röttgen a été rattrapé par l’urbanisation galopante de Cologne. Avec d’un côté une autoroute, de l’autre une zone industrielle et des habitations. Le site représente toujours cependant une œuvre de verdure sur 300 ha, dont 200 de bois, ce qui donne à l’ensemble un petit air de Chantilly. Le haras a une histoire assez incroyable. Il y a un siècle, cette zone n’était qu’une suite de fermes installées sur l’ancien lit d’un affluent du Rhin. Le cours d’eau a dévié de 3km dans des temps immémoriaux. Mais les limons, eux, sont restés. Et c’est là qu’en 1909, l’industriel Peter Mülhens a choisi de bâtir son élevage en achetant les fermes entourant le château de Röttgen. En 1924, le haras est lancé. Et il est ensuite repris par sa fille Maria Mehl-Mülhens, jusqu’à sa mort en 1985. Depuis cette date, le Gestüt Röttgen n’a plus de propriétaire vivant. En effet, il appartient à une fondation qu’elle a créée, plaçant à sa tête un conseil d’administration composé de gestionnaires et de passionnés. Et sur les photos de victoires, c’est donc l’avocat Günter Paul qui pose en tant que président de la fondation. Au château, le personnel continue à entretenir les lieux, la voiture est prête à démarrer dans le garage… comme si Maria Mehl-Mülhens allait revenir le lendemain matin. Sa passion pour les courses était si forte qu’elle voulait à tout prix que le Gestüt Röttgen lui survive et sa fondation a donc pour objectif de maintenir tout en l’état, de faire la promotion du galop en Allemagne et de pérenniser cet élevage classique.

La renaissance. Pendant un certain temps, l’ensemble a connu des hauts et des bas. Mais depuis une décennie, Röttgen est revenu sur le devant de la scène, avec douze Groupes et surtout deux victoires dans le Derby allemand (Gr1). Et ce, grâce au travail de deux quadragénaires très ambitieux : Frank Dorff, le directeur et Markus Klug, l’entraîneur des lieux. Frank Dorff nous a confié : « Je suis arrivé ici en tant qu’apprenti et j’ai gravi les échelons. Si bien que quelques décennies plus tard, je peux dire que je connais chaque pierre et chaque arbre du haras. Il n’est jamais simple d’expliquer la renaissance d’un élevage. Assurément, Markus Klug, arrivé il y a dix ans, est un entraîneur de talent. Nous avons le même âge et pouvons nous parler facilement, avec franchise. Je fais presque tous les poulinages moi-même. Röttgen représente entre vingt-cinq et trente poulinières depuis la disparition de Maria Mehl-Mülhens, plus quelques pensionnaires. Ici, le climat est assez tempéré, il neige rarement et les températures ne sont pas trop négatives en hiver. » En 2017, Windstoß (Shirocco) a remporté le Derby allemand (Gr1). Il fait désormais la monte sur son lieu de naissance. L’année suivante, c’est son frère Weltstar (Soldier Hollow) qui a gagné le classique, lui qui officie désormais en France au haras de Longechaux. Jocelyn de Moubray a une fonction de consultant et Frank Dorff poursuit : « Il m’a poussé à être plus ouvert aux aspects commerciaux de l’élevage, à diversifier les étalons que nous utilisons. Nous vendons tous les mâles et conservons la majorité des femelles. »

Le Versailles du galop allemand. Le Gestüt Röttgen est tout simplement l’un des plus beaux haras d’Europe. Il a été conçu dans un style néogothique par l’architecte Ludwig Paffendorf. L’entrée des lieux, parée des armes de la maison, est spectaculaire. Le manège et certaines écuries sont habillés de pièces d’ébénisterie uniques et somptueuses. Au point que l’un des grands défis de l’équipe actuelle – au-delà des questions hippiques – est de trouver des gens encore capables de réparer certains éléments historiques lorsqu’ils se dégradent. Les couleurs de la casaque – et du haras – sont le turquoise et jaune doré. Soit le dispositif qui habille la célèbre Eau de Cologne 4711, à l’origine de la fortune des fondateurs. Durant les premières décennies, les chevaux étaient entraînés à Berlin ce qui n’a plus été possible à partir de 1945. Aux grands maux, les grands remèdes : la famille Mülhens a fait construire une copie exacte de la piste de l’hippodrome de Cologne – au milieu des bois et sans les tribunes – à 400m du haras. Des infrastructures exceptionnelles que Markus Klug est toujours le seul à utiliser. Même son écurie accueille aussi des chevaux d’autres grands propriétaires comme Schlenderhan, Ittligen... C’est ici que sont nés certains des chevaux allemands les plus célèbres. Lauréate du Preis der Diana (Gr1), Anna Paola (Prince Ippi) a été achetée par le cheikh Mohammed Al Maktoum et est devenue l’aïeule d’une soixantaine de black types, dont Adayar (Frankel), lauréat du Derby d’Epsom 2021 (Gr1). C’est également à Röttgen que Star Appeal (Appiani) a vu le jour. En 1975, il est devenu le premier cheval allemand à remporter le Prix de l’Arc de Triomphe (Gr1).

De grandes souches. Au sujet des lignées femelles, Frank Dorff explique : « Nous essayons de conserver et de développer les souches historiques du haras. » La souche A, celle d’Anna Paola est toujours bien présente à Röttgen. Elle remonte à la jument Adria (Sagacity), importée d’Italie dans les années 1930 et a donné ces dernières années les gagnants de Groupe Adrian (Reliable Man) et Akribie (Reliable Man). La souche des E est plus récente, étant arrivée il y a deux décennies. On lui doit Erasmus (Reliable Man), meilleur 2ans allemand de sa génération et étalon en France au haras des Fontaines. La souche W trouve ses racines en Hongrie et elle a été importée de Pologne dans les années 1920. C’est la famille de Windstoß et Weltstar. À l’époque, le niveau des courses austro-hongroises était élevé et on retrouve du sang hongrois dans plusieurs bonnes lignées allemandes.

La souche S est actuellement représentée par une seule jument à Röttgen. C’est celle de Star Appeal et Sternkonig (Kalaglow), le père de mère des deux Derby winners précités.

La famille D est elle aussi originaire de Hongrie, on lui doit par exemple Diplomat (Teofilo), Degas (Exceed and Excel) ou encore le champion Animal Kingdom (Leroidesanimaux).

La souche des K est à Röttgen depuis bientôt un siècle. Récemment, elle y a donné Kaspar (Pivotal), Kastano (Nathaniel), Kassiano (Soldier Hollow) ou encore Kasalla (Soldier Hollow), tous gagnants de Groupe et/ou placés de Gr1. Il existe aussi des familles plus récentes, comme celle des N – d’où Nepal (Kallisto) et Narella (Reliable Man) – ou la deuxième souche S, sur la base d’une descendante de Reprocolor (Jimmy Reppin). Il existe aussi une deuxième souche W, arrivée dans les années 1990 à Röttgen. C’est celle des lauréats de Groupe Wild Coco (Shirocco) et Wilddrossel (Dalakhani).

Les bons débuts de Protectionist. Représenté par ses premiers 3ans en 2021, Protectionist (Monsun) n’a pas eu beaucoup de partants : trente-six à ce jour. Avec trois black types – soit 10 % – il est dans les cinq meilleurs étalons européens de sa génération selon ce critère. Pas très grand, Protectionist est bâti en athlète. S’il ne produit pas précoce, il semble clairement apporter tenue et qualité. Issu d’une mère danoise – d’où son petit prix aux ventes –, Lambo (Protectionist) a gagné une préparatoire au Derby et il s’est classé proche troisième d’un Prix Hocquart (Gr2) de bonne facture. Amazing Grace (Protectionist) a remporté le Diana Trial (Gr2) avec facilité. Protectionist a plusieurs espoirs pour 2021, à l’image de No More Bolero (deuxième favori dans l’ante-post betting du Derby allemand). Christoph Berglar, l’éleveur Protectionist et Amazing Grace, nous a confié en juin : « Protectionist est entré au haras en Allemagne dans un climat de défiance, car certains fils de Monsun l’ayant précédé ont échoué. Pourtant, il se révèle améliorateur (…) Protectionist a hérité de la grande volonté des chevaux de sa souche – les P Wildenstein – cette qualité, comme son changement de vitesse, m’a conforté dans l’idée qu’il fallait lui donner sa chance au haras. Et je n’ai pas hésité à lui confier un nombre conséquent de juments (…) Il convient certainement mieux à des mères ayant couru sur le mile par exemple. » Il officiera à 6.500 € en 2022. Lors des ventes BBAG, de très bons juges comme Jeremy Brummitt ou Brendan Holland ont acheté des yearlings de Protectionist. L’homme de Grove Stud est même allé jusqu’à 100.000 € pour l’un d’entre eux.

La réussite allemande avec Reliable Man. Étalon classique dans l’hémisphère Sud, Reliable Man (Dalakhani) a débuté par quatre saisons à Röttgen en Europe. Après trois saisons françaises, il est revenu dans le haras où il a mieux réussi. Et pour cause, il a donné quinze black types dans ce pays. On sent que l’équipe de Röttgen a vraiment trouvé la clé pour bien utiliser cet étalon qui leur a donné Akribie (Diana Trial, Gr2), Adrian (Furstenberg Rennen, Gr3), Ardakan (Premio Guido Berardelli, Gr3), Erasmus (Preis des Winterfavoriten, Gr3), Narella (Steinhoff Zukunftsrennen, Gr3), Ernesto (2e du Deutsches St Leger, Gr3), Ariolo (2e du Herzog von Ratibor-Rennen, Gr3)… Reliable Man officiera à 6.500 € en 2022. Dans l’ante-post betting des classiques allemands 2022, Reliable Man est bien présent, que ce soit dans le Derby (Ariolo, Ardakan…) ou dans le Preis der Diana (Lathraea…)

Des débuts très attendus. Windstoss appartient à une souche qui est à Röttgen depuis sept générations, sa mère ayant la particularité d’avoir donné deux gagnants de Derby. Sa deuxième mère Well Known (Konigsstuhl) a été championne de sa génération à 2ans en Allemagne. Pas très grand, c’est un cheval très équilibré, bien fait et expressif. Il était assez précoce pour courir quatre fois à 2ans. L’année suivante, Windstoss a gagné trois de ses cinq sorties, dont le Derby et le Preis von Europa (Gr1) de quatre longueurs face aux vieux. À 4ans, il s’est classé troisième de la Coronation Cup (Gr1) à Epsom. Cheval très régulier, il est monté dix-neuf fois sur le podium de 2 à 6ans. Windstoss sera très soutenu par Röttgen et il débute à 4.000 € avec l’immense avantage d’être outcross avec la majorité des juments européennes. Le haras accueille également Millowitsch (Sehrezad). Né et élevé au Gestüt Röttgen pour un client, il a été performant sur le sprint de 2ans à 5ans. C’est un outcross, issu d’une très belle famille et il a été bien soutenu par son propriétaire, le docteur Renz. C’est un cheval sain et régulier, avec un rating de 112 et proposé à 1.111 €. Un de ses premiers yearlings s’est vendu 46.000 € chez BBAG. Enfin, Röttgen est également copropriétaire de Best Solution (Kodiac), un débutant très attendu au haras en Allemagne l’an prochain.

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