Marseille en colère

Courses / 01.12.2021

Marseille en colère

Les "acteurs du Galop du Sud de la France" (tel qu’ils se définissent) sont une large assemblée de propriétaires, éleveurs et entraîneurs locaux. Ils se sont regroupés pour faire valoir leurs arguments, face à ceux de France Galop. Et nous ont envoyé plusieurs textes, dont nous publions de larges extraits ce soir et demain.

TRIBUNE LIBRE

Une approche mathématique et statistique fausse

Dans cette première partie, les acteurs du Galop du Sud de la France expliquent pourquoi, selon eux, France Galop s’est trompé dans son calcul de base – omettant de pondérer l’indice d’opportunité de courir.

France Galop a souhaité adapter et modifier le programme national pour 2022, en introduisant un indice nommé "opportunités de courir". Pour être juste, il doit respecter 2 obligations :

  • un calcul statistique respectueux des règles mathématiques les plus élémentaires ;
  • des bases de données objectives et incontestables.

L’indice retenu par France Galop semble se définir comme le nombre de courses divisé par le nombre de chevaux à l’entraîinement dans une même région et dans une année. Pour cet indice d’opportunités de courir par cheval, il a été admis par les instigateurs du dossier à France Galop qu’il fallait tenir compte des meetings, alors qu’ils les avaient initialement complètement ignorés. Le président de France Galop en personne a confirmé qu’il convenait de procéder à cette pondération de l’indice. Pour Marseille, il s’agit donc de tenir compte de l’impact du meeting de Cagnes-sur-Mer.

Le problème, c’est que France Galop ne pratique aucune pondération. Normalement, l’indice calculé de chaque période (en meeting ou hors meeting) devrait être pondéré au prorata de la durée des conditions de leur calcul...

Explication : pour tenir compte du meeting de Cagnes (6 semaines en 2021), le calcul de l’indice devrait se faire comme cela (en reprenant les chiffres de France Galop) :

  • Hors meeting :

Durée : 46 semaines/an (52 semaines auxquelles on retranche les 6 du meeting de Cagnes)

Nombre de courses : 406 (549 courses/an dans le Sud-Est, moins les 143 du meeting de Cagnes)

Nombre de chevaux entraînés dans le Sud-Est (Calas) : 563

Indice brut : 406/563 = 0,72

Pondération liée à la durée de la période étudiée (46 semaines et non 52) : 46/52 = 0,89

Indice pondéré : 0,72 x 0,89 = 0,64

  • En meeting :

Durée : 6 semaines

Nombre de courses : 143

Chevaux entraînés dans le Sud-Est (Calas, 563) + chevaux en meeting (470) : 1.033

Indice brut : 143/1.033 = 0,14

Pondération liée à la durée de la période étudiée : 6/52 = 0,12

Indice pondéré : 0,14 x 0,12 = 0,02

L’indice global applicable au Sud-Est, sur la période complète d’un an, est la somme des 2 indices pondérés, soit 0,64+0,02 = 0,66.

C’est ce chiffre qui doit être retenu et non le 0,86 indiqué par France Galop, qui n’applique aucune pondération calendaire, effectuant uniquement, et de façon simpliste, la somme 0,72 + 0,14 = 0,86. L’écart n’est pas anodin. L’erreur est de 30 % environ !

Pour illustrer par un exemple simple la nécessité d’une pondération arithmétique, considérons la probabilité de trouver une place de stationnement en front de mer dans une station balnéaire.

Probabilité de trouver une place en juillet et en août (2 mois) : 2 %

Probabilité de trouver une place le reste de l’année (10 mois) : 80 %

Probabilité globale de l’année : (2 % x 2/12e de l’année) + (80 x 10/12e de l’année) = 0,33 + 66,67 = 67 %

... alors que France Galop écrit que le résultat est 2 = 80 = 82 % !

Ainsi, le tableau présenté par France Galop pour les régions disposant des indices les plus faibles est le suivant :

Grand-Ouest

Paris

Sud-Ouest

Sud-Est

Est

Centre-Est

0,53

0,66

0,72

0,86

Indice math. correct : 0,66

1,1

1,63

 

La simple correction du calcul replace alors la région Sud à 0,66, soit en cohérence avec les autres régions considérées. Notons au sujet des autres régions que leur pondération selon les mêmes critères les impacterait peu, car les éventuels meetings sont moins importants que celui de Cagnes.

Cette erreur est grave de conséquence car les conclusions à tirer ne sont donc pas les mêmes. C’est pourtant principalement cet indice qui guide et fonde les décisions de France Galop.

À cela viennent s’ajouter d’autres erreurs qui faussent davantage encore l’étude. En effet, après lecture et contrôle, nous constatons également des bases de données erronées, tant dans les effectifs considérés que dans le nombre de courses ou le nombre de partants :

  • Des effectifs faux : les effectifs de Calas retenus par France Galop ne correspondent pas à ceux que nous relevons, par exemple 613 au 18 mai 2021 contre 581 (France Galop).
  • Un nombre de courses faux : le meeting de Vichy ne comporterait que 27 courses selon l’étude envoyée par France Galop !
  • Un nombre de partants erronés dans certains cas.

Or toutes ces erreurs, qu’elles soient de calcul ou de données, sont toutes au désavantage du Sud-Est...

Où est la cohérence ?

Sur ces bases erronées, France Galop a décidé de transférer des réunions vers le Centre-Est :

  • deux de Marseille-Vivaux à Lyon-La Soie ;
  • une troisième de Marseille-Vivaux à Vichy.

Alors que le Centre-Est est déjà la région qui bénéficie de l’indice le plus élevé de l’ensemble des Fédérations ? (plus du double de la valeur moyenne des autres régions).

France Galop précise par ailleurs que « les dates retirées du calendrier permettent à quatre réunions de galop qui étaient P.M.H. dans d’autres Fédérations en 2021 de (re)devenir premium en 2022. Ainsi, il est possible de réintégrer au calendrier quatre réunions premium qui vont produire des ressources via les enjeux pour l’Institution, ce qui n’était pas le cas lorsqu’elles étaient en P.M.H. » D’accord, mais est-il nécessaire de déplacer ces réunions premium dans une autre région pour qu’elles produisent des ressources pour l’Institution ? Nous ne le pensons pas : s’il faut créer de nouvelles réunions premium, la Société de courses de Marseille dispose de réunions P.M.H. dont une étude sérieuse d’optimisation des dates pourrait parfaitement conduire à en transformer certaines en réunions premium. Ainsi, sans déséquilibrer "l’indice d’opportunité de courir" de la région, celles-ci pourraient contribuer davantage encore au financement de la filière.

Comment être équitable ?

France Galop fait de l’équité l’objectif central de cette étude. Dans ce cas pourquoi la réduire au nombre de courses offertes par cheval ? L’équité devrait aussi prendre en compte l’espérance de gain par cheval, la pertinence du programme en termes de dates et d’allocations, l’impact d’un long trajet sur la ligne de départ d’une compétition. À titre d’exemple, une victoire de maiden ou de handicap dans le Sud est nettement moins rémunérée que la même en région parisienne. L’équité pourrait gommer (ou tendre à gommer) cette distorsion. Une illustration de ce constat réside dans le classement des entraîneurs français.

Sur le critère des allocations totales (classiquement retenu pour désigner la tête de liste), il y a cinq entraîneurs de Calas dans les 10 premiers entraîneurs français. Sur le critère des gains par cheval, ils ne sont plus que deux dans les 10 premiers, et sur celui des gains par partant, il n’en subsiste qu’un seul (cf. site internet de France Galop au 03/11/2021). Pour autant, rien ne permet d’affirmer que les chevaux du Sud-Est sont de moindre qualité…

L’équité peut aussi être considérée relativement aux trajets. Sur ce plan, les chevaux entraînés dans le Sud sont plutôt pénalisés.

Observons la carte de France des hippodromes. Elle montre clairement que les opportunités de courir ne peuvent pas être considérées sur le seul territoire d’une fédération… sauf peut-être dans le Sud ! Dans ces conditions, l’indice d’opportunités de courir proposé par France Galop n’a aucun sens.

Les questions environnementales sont de plus en plus considérées et intégrées dans les activités économiques de tous ordres. On évoque par exemple régulièrement les notions de bilan carbone, de responsabilité sociétale et de bien-être équin.

Dans ce contexte, faut-il mettre les chevaux du Sud en situation de se déplacer encore plus ?

Tout porterait au contraire à justifier une densification des courses et des effectifs dans le Grand Sud de la France et non l’inverse.

Suite et fin demain.