Consolidation en ligne...

Institution / Ventes / 16.12.2021

Consolidation en ligne...

L’avantage avec les chiffres, c’est qu’on peut leur faire dire n’importe quoi. C’est exactement ce que vient de démontrer l'A.N.J. (Autorité nationale des jeux), en "bon" élève de ce que l’État est capable de faire de pire quand il prétend diriger l’économie…

Donc côté pile, le PMU et les autres opérateurs hippiques sont brillants : quand on compare leur chiffre d’affaires (enjeux) et leur résultat net (produit brut des jeux) 2021 avec celui de 2019, ils ont progressé de 23 % chacun d’un troisième trimestre sur l’autre ! Et côté face, l’A.N.J. s’amuse à surjouer la comparaison 2e trimestre 2021/3e trimestre 2021… et là, sortez les bonnets d’âne ! Le produit brut des jeux (les mises moins les gains) a chuté de 15 % et les enjeux de 17 %. Ouh ! Haro sur le baudet.

En redevenant sérieux, que faut-il en conclure ? Que les opérateurs hippiques en ligne sont sur un palier ? Que le PMU et ZeTurf n’en font pas assez pour recruter ? Que la trop faible concurrence sur l’hippisme est un frein à son développement, puisque les opérateurs n’ont pas à dépenser des millions en marketing et publicité juste pour retenir leurs joueurs ? Ou qu’il faut que les membres de l’A.N.J. fassent un stage dans une entreprise ? Car ce à quoi nous assistons – que ce soit dans l’hippisme, le sportif ou le poker – cela porte un nom : consolidation du marché (ou comme on dit pudiquement à la Bourse : prise de bénéfices). Le marché a beaucoup crû et maintenant il digère.

L’A.N.J. a donc publié jeudi un bilan du marché des jeux en ligne au troisième trimestre 2021. Après les performances historiques du premier semestre, on observe un tassement général de l’ensemble des acteurs, hippiques, sportifs et poker. Avant même de connaître, après le 31 décembre, le résultat final de l’année 2021, on peut déjà dire que la bascule du pari hippique en dur vers le jeu en ligne ne s’est pas intensifiée, ni que le online a amené de nouveaux clients. Les clients sont volatiles (- 8 % pour l’hippisme sur un trimestre), ce qui n’est pas bon signe car, autant les paris sportifs sont très liés au calendrier, notamment des grandes compétitions internationales, autant l’attractivité de l’hippisme devrait être plus régulière, puisque le calendrier est le même chaque année.

La nouvelle interface digitale du PMU ne date que de juillet et a donc besoin d’un peu de temps pour montrer son efficacité.

Pourquoi il faut garder espoir…

Si l’on compare le troisième trimestre 2021 avec le troisième trimestre 2020, le montant des enjeux affiche tout de même un recul de 9 % – mais attention, au T3 2020, les courses souffraient moins de la concurrence des paris sportifs puisque nous étions un des seuls sports à ne s'être presque jamais arrêté.

Quelles sont maintenant les raisons d’espérer ? En l’espace de deux ans, le nombre de comptes joueurs actifs a augmenté de 8 %, et les mises et le produit brut des jeux de 23 % (81 M€). Même si les mises n’ont pas progressé autant que celles liées aux paris sportifs (+ 48 %), ces performances sont tout à fait honorables lorsque l’on sait qu’une (large) partie de parieurs historiques reste fidèle aux points de vente. D’autre part, le PMU a, certes, lancé sa nouvelle application, mais l’opérateur, dès son lancement, a affirmé que celle-ci allait évoluer lors des prochains mois (davantage de data, nouveaux jeux, exclus web…). Et puis, l’une des raisons de rester optimiste est que cette baisse concerne tous les acteurs des jeux en ligne. Avec une chute de 37 % de leur produit brut en l’espace d’un trimestre et les polémiques liées aux pratiques abusives de certains opérateurs, les paris sportifs enregistrent un sérieux coup d’arrêt. Sous cet angle, les paris hippiques en ligne – avec leur « léger ralentissement d’activité », pour reprendre les mots de l’A.N.J. – ne s’en tirent pas si mal.

Trim. 3 2021 T3 2021/2020 T3/T2 2021 T3 2021/2019
Paris hippiques
Joueurs actifs 335.000 - 3 % - 8 % + 8 %
Mises (C.A.) 332 M€ - 9 % - 17 % + 23 %
Produit brut des jeux 81 M€ - 7 % -15 % + 23 %
Paris sportifs
Joueurs actifs 2.238.000 2 % -19 % + 40 %
Mises (C.A.) 1.599 M€ - 1 % - 26 % + 48 %
Produit brut des jeux 264 M€ 16 % - 37 % + 23 %

On observe que pour les paris sportifs, la progression du produit brut des jeux est beaucoup moins forte que celle des mises. C’est parce que le domaine est très concurrentiel : les opérateurs sont obligés de rogner sur leur marge en offrant souvent des bonus à leurs clients.