Philippe de Romanet : « Le pedigree, c’est le point de départ de la rencontre entre un acheteur et un vendeur »

Autres informations / 12.12.2021

Philippe de Romanet : « Le pedigree, c’est le point de départ de la rencontre entre un acheteur et un vendeur »

Philippe de Romanet : « Le pedigree, c’est le point de départ de la rencontre entre un acheteur et un vendeur »

Pendant vingt-cinq ans, ses pedigrees nous ont fait rêver (pour les plus prestigieux). Nous les avons feuilletés, analysés, gribouillés et parfois conservés. Philippe de Romanet, le responsable des pedigrees chez Arqana, va prendre sa retraite…

Jour de Galop. - Comment avez-vous débuté dans l’univers des ventes ?

Philippe de Romanet. - J’ai débuté avec mon frère. Nous avions deux juments et un haras familial dans la Loire. C’est ainsi que mon premier contact avec une salle de vente s’est établi. Ensuite, mon parcours est classique : des stages en Angleterre et aux États-Unis. Puis, j’ai été recruté par Horse France qui cherchait un directeur pour le haras de Saint-Maclou pour le compte des époux Clore. L’année suivante, M. Clore a acheté le haras des Monceaux. Mais le krach boursier de 1987 a un peu anéanti ses projets hippiques. En mars 1988, il y a eu une dispersion énorme de tout son effectif. C’est à ce moment-là que j’ai connu Bernard Salvat, Philippe Augier et Jean-Jacques Augier. J’ai retrouvé une place au haras du Quesnay. Martine Head m’a appris l’informatique. Il y avait des étalons comme Bering (Arctic Tern) ou Highest Honor (Kenmare). Et un gros consignment de yearlings. À l’époque, Jean-Jacques Augier m’apportait les pedigrees sur disquettes !

Quel était votre rôle au sein d’Arqana ?

J’ai commencé à l’Agence française avec Frédérique Lingua. Il y avait la partie inscription des chevaux, rédaction des pedigrees et gestion sanitaire des ventes. Puis Arqana, l’Agence française et Goffs ont pris un nouveau tournant. À la suite d’un départ, Éric Hoyeau a souhaité que les catalogues de Deauville et de Saint-Cloud soient réalisés à Deauville. C’est ainsi que j’ai mis le pied à l’étrier. Bien sûr, cela s’est développé grâce au travail de toute une équipe, pour faire face à un accroissement du nombre de ventes et de chevaux.

Comment est édité un pedigree de vente ?

Nous avons une base de données héritée de l’Agence française. Elle a été complétée par les apports de Goffs. Et elle est alimentée régulièrement par France Galop et le Sire. Cette base de données est très française. Pour les chevaux étrangers, nous travaillons avec des bases néo-zélandaises ou américaines. Cela nous permet de croiser les informations. Évidemment, il faut que tout rentre dans une seule page, avec l’en-tête, la grille concernant les pères et les mères, quelques lignes concernant l’étalon… Le pedigree, c’est le point de départ de la rencontre entre un acheteur et un vendeur. Nous traitons des faits, bien qu’il nous arrive aussi d’indiquer des foals, des yearlings et des 2ans en devenir. Notre but est de donner l’envie au lecteur du pedigree de s’intéresser à un cheval.

Il y a aussi tout un dialogue avec le vendeur…

Nous commençons par traiter une inscription. C’est Aliénor Viey-Chevalier qui se charge d’enregistrer l’information dans notre système. L’équipe Bloodstock part sur le terrain avec une référence pour sélectionner les chevaux. Cela peut être un ancien pedigree que nous mettons à jour. Ou une référence achetée sur une base de données étrangère. Le service Bloodstock nous donne ensuite l’ordre de réaliser le pedigree du cheval qui passera en vente et de l’envoyer au client. Enfin, nous discutons des corrections que ce dernier peut apporter.

Certaines pages sont-elles plus difficiles que d’autres ?

Effectivement, un pedigree d’AQPS peut prendre beaucoup de temps, jusqu’à une heure, voire plus. Mais dans l’ensemble, beaucoup de chevaux d’AQPS restent en France et il y a peu de black types car chez cette race, cela a démarré en 2018. Heureusement, quand on a des chevaux d’une même famille, nous repartons du premier pedigree réalisé.

Et les pur-sang arabes ?

Anne-Lise Vimard est notre spécialiste concernant les pedigrees de pur-sang arabes. Personnellement, je ne suis pas certain d’être en mesure de réaliser un pedigree pour cette race.

Avez-vous en tête un pedigree qui a été particulièrement difficile à réaliser ?

Dans les familles de Pétroleuse (Habitat), Hasili (Kahyasi) ou Allegretta (Lombard), quand il y a un nouveau black type, nous nous arrachons les cheveux par manque de place ! Il faut montrer que la famille continue de produire de bons chevaux, mais supprimer des gagnants de Listed c’est un crève-cœur. Certains pedigrees américains sont difficiles car nous devons partir de zéro, sans référence dans notre base de données. La difficulté est d’arriver à boucler la commande dans les délais impartis. Et ainsi, honorer les dates de mise en page et d’imprimerie.

Combien de temps mettez-vous pour réaliser un pedigree standard ?

En général, nous faisons en moyenne douze à quinze pedigrees par jour. Il y a des pedigrees qui se font très rapidement. À la vente de décembre par exemple, si une poulinière passe avec son foal, seule l’architecture de la page change.

Il faut sans cesse mettre à jour nos données. Cela ne s’arrête jamais. Un pedigree fait un jour peut être obsolète le lendemain. Mais on ne peut pas revenir sans arrêt dessus. Nous sommes obligés d’avancer.

Notre système est assez logique. Un gagnant à Gémozac, même s’il est deuxième du Prix de l’Arc de Triomphe (Gr1) passera derrière un gagnant de Listed. C’est mathématique. D’abord premier de Gr1. Puis de Gr2, de Gr3, de Listed et enfin de course non black type, mais en fonction des gains. Ensuite vient le choix du rédacteur qui peut privilégier une deuxième place à Longchamp, moins dotée, plutôt qu’une victoire à Gémozac, pour citer un hippodrome de ma région d’adoption.

Allez-vous continuer à avoir une activité dans le monde du cheval ?

En 2019, j’ai réfléchi à partir à la retraite. Mais comme la MSA m’a refusé un trimestre, j’ai été condamné à deux ans fermes (rire) ! Et il y a eu le Covid, que nous avons beaucoup vécu chez nous en télétravail. Malgré cela, l’équipe a mené sa mission à bien. J’ai pris du recul fin 2020 en m’installant en Charente-Maritime. Comme je n’étais plus dans les bureaux, cela permettait aussi aux filles de notre service de s’organiser entre elles. C’est un sevrage en douceur ! L’organisation est bonne et nous avons pu recruter Vanille Belot.

Pour compenser votre départ, d’autres personnes vont-elles arriver dans le service ?

Je pense que cela serait bien de renforcer le service l’année prochaine. Il est question de formation. Me concernant, je serai à la retraite le 1er janvier. Je formerai volontiers des personnes et continuerai à faire des pedigrees à distance pour donner un coup de main. Je garde pour le moment mon PC Arqana et un accès à la base de données au cas où.

Vous avez aussi connu le frisson de la tribune. Cela doit être assez particulier…

La première fois, c’était avec Philippe Augier en 1997. J’ai essayé de faire de mon mieux. Et j’essaye de transmettre cela à Lucie, à Coralie et à d’autres personnes. C’est un stress car il faut essayer de ne pas bafouiller ou buter sur les noms des chevaux et des clients. L’essentiel est dans la préparation du catalogue de tribune. Il faut clairement y annoncer un examen gynécologique de vente, une question TVA, un update, une erreur dans le pedigree… et les certifications vétérinaires en français et en anglais.

Sur un ring de vente, il se passe des choses extraordinaires.

Effectivement, nous vivons bien des rebondissements. Une année, par exemple, nous avons dû arrêter la vente à cause d’un générateur en panne. Nous étions en travaux et il a fallu attendre que tout redémarre. C’est du direct et il faut aller jusqu’au bout. C’est vrai que la première fois que j’ai fait une vente à l’Agence française, c’était réglé comme du papier à musique. Cela l’est toujours, mais c’est beaucoup plus lourd et plus grand, surtout du point de vue sanitaire.

Avez-vous utilisé vos connaissances pour faire vous-même des croisements ?

Curieusement, on imagine que les rédacteurs sont très calés sur les croisements. Pour mon compte, j’ai du mal à mémoriser les croisements. Toutefois, ce que je mémorise bien, ce sont les changements dans les pedigrees. Maintenant que je vais être à la retraite, je vais m’intéresser un peu plus à "l’autre côté de la barrière". Pour le moment, je vais prendre un peu de recul. Je sais que le début d’année peut tout à fait se faire sans moi. La vente de février est sur deux jours. Il y a beaucoup de chevaux qui ont pu être inscrits en décembre qui vont passer en février. Mais je garde mon ordinateur pour être disponible si Arqana a besoin de moi. Et je reviendrai forcément à Deauville !

 


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