Quel avenir pour les employés des écuries Rossi ?

Autres informations / 18.12.2021

Quel avenir pour les employés des écuries Rossi ?

Quel avenir pour les employés des écuries Rossi ?

Depuis le 7 décembre, les employés des écuries de Frédéric, Charley et Cédric Rossi vivent une période particulièrement difficile. Salomé Lellouche, journaliste à Jour de Galop, est allée à leur rencontre sur le centre d’entraînement de Cabriès-Calas. [Partie 2 sur 3.]

Par notre envoyée spéciale à Calas, Salomé Lellouche

Lundi prochain, à 8 h, une réunion visant à accompagner les salariés dans leurs démarches va avoir lieu sur le centre d’entraînement de Cabriès-Calas. Guillaume Herrnberger, directeur de l’Afasec, Hugues Leclerc, directeur de l’action sociale de l’Afasec, et un représentant d’Equi-Ressource (le Pôle Emploi du cheval) seront présents. Hugues Leclerc nous a confié : « L’action sociale de l’Afasec est présente sur tous les centres d’entraînement. Nous allons très régulièrement les visiter. Depuis septembre, c’est d’ailleurs mon quatrième déplacement. Nous sommes en contact avec les cavaliers. Lundi, notre objectif est de rencontrer les salariés, d’essayer de répondre à leurs questions et d’intervenir notamment sur les possibilités de formation. Je comprends que la situation est particulière. D’ailleurs, je tiens à préciser que nous restons disponibles et très attentifs. Nous allons faire notre possible et pour cela nous serons aidés par l’Ifce. Notre souhait est d’apporter des réponses adaptées aux différents profils. Concernant les apprentis qui montaient chez Frédéric, Charley ou Cédric Rossi, nous les avons réaffectés chez d’autres entraîneurs pour qu’ils puissent continuer leur formation dans les meilleures conditions. »

Des annonces d’emploi sur les réseaux sociaux. Après la mise en examen et l’interdiction d’exercer de Frédéric, Charley et Cédric Rossi, ainsi que le départ de leurs chevaux chez d’autres entraîneurs, plusieurs annonces de recherches d’emploi ont été publiées sur les réseaux sociaux par les entraîneurs, un peu partout en France. Pas si simple. Beaucoup de cavaliers des écuries Rossi ne se voient pas quitter le centre d’entraînement de Cabriès-Calas. Coralie, la responsable de l’écurie de Charley Rossi, nous a dit : « Croyez-vous vraiment que je vais quitter ma vie ici pour aller en Normandie par exemple ? Je vis ici depuis vingt ans ! L’avenir ? Je n’y pense pas pour l’instant. Je n’ai pas encore digéré. » Même constat pour Emma Bonnet, la responsable de l’écurie Frédéric Rossi : « Le problème c’est que notre vie est ici. Nous avons des enfants, des vies de famille. Moi, jamais je ne voudrai partir. »

Natif de Normandie, Florian, cavalier chez Frédéric Rossi, pourrait quant à lui, retourner dans sa région : « Je suis sûr de pouvoir retrouver du travail mais pas ici. Cela sera sûrement très compliqué. Je vais devoir déménager. J’ai un avantage car ma famille habite en Normandie. Si je devais aller à Deauville, je ne serais pas loin d’eux. De toute façon, ça sera soit ça, soit Paris. Ce qui m’inquiète, c’est surtout les salaires. Bien que j’habite sur le centre, je ne souhaite pas me retrouver dans l’impossibilité de payer un loyer. » Pour Alexandre Lachkar, qui venait de passer responsable chez Frédéric Rossi il y a quatre mois, retrouver un poste comme le sien semble perdu d’avance : « Il va bien falloir que je fasse quelque chose mais quoi… Je ne pense pas que je retrouverai un poste comme le mien. Les places sont prises. Je ne vais avoir que le choix de redescendre d’un niveau. Je pense que je vais aller à Paris et donc devoir quitter ma famille et mes amis. »

Des profils très différents. Parmi les salariés en détresse se trouvent des personnes qui ne peuvent pas se déplacer en raison de leurs impératifs familiaux. C’est notamment le cas de Stéphanie Mariette, 29 ans, cavalière chez Charley Rossi. Elle nous a dit : « Avec Charley Rossi, j’avais un accord. Comme je suis maman célibataire de deux enfants, je dois pouvoir m’occuper d’eux avant de les emmener à l’école entre mes heures de travail. Quel entraîneur va accepter un accord comme celui-là ? Je ne sais pas comment je vais faire pour retrouver du travail. De plus, ma famille est ici. Il y a aussi le papa de mes enfants qui travaille chez Jérôme Reynier. Je ne peux pas me permettre de déménager. Je ne comprends pas la sanction, qui est très dure à mon sens. Ont-ils pensé à nous, les employés, avant de la prendre ? J’ai été obligée de licencier ma nounou car je ne pouvais plus me permettre de la payer. »

D’autres comme Roxane Demarin, cavalière chez Frédéric Rossi, ont été profondément marqués par la descente des policiers, au point de remettre en question leur vocation : « Je ne sais pas si je veux continuer dans les courses. Tout s’effondre autour de moi. » Jackie, garçon de cour chez Frédéric Rossi, fêtera ses 59 ans en janvier. Il a travaillé toute sa vie dans le milieu et jamais il n’avait connu une telle situation. Pour lui, sa carrière s’arrête sans doute ici : « Dans peu de temps je serai à la retraite. Je suis moins impacté que les jeunes. Je vais être au chômage et finir comme ça… Ce n’est pas ce que je voulais, mais qui va m’embaucher à mon âge ? »