Tribune libre : à la recherche de LA poulinière : le point de vue d’un généticien

Courses / 05.12.2021

Tribune libre : à la recherche de LA poulinière : le point de vue d’un généticien

Hubert de Rochambeau a été enseignant-chercheur avant de travailler sur l'amélioration génétique des animaux à l'Inrae. C'est également un passionné de courses et d'élevage.

« J’ai lu avec beaucoup d’intérêt les stratégies des éleveurs pour trouver LA poulinière. Ces témoignages sont intéressants car ils relatent des achats réussis. Cependant, la recette utilisée n’est pas toujours reproductible. Performance, pedigree et conformation sont les trois sources d’information pour juger une future poulinière. Ces trois sources sont complémentaires. Il ne faut pas les opposer mais au contraire essayer de les combiner.

Les performances sont à considérer en premier car elles renseignent le mieux sur la valeur de la future poulinière. La valeur handicap est synthétique. Pour un cheval de 3ans ayant en couru en France, la valeur moyenne est de 32. Les pouliches qui ont une valeur supérieure ou égale à 40 figurent dans les 15 % supérieur.

Les gains fournissent aussi une information, mais elle est plus difficile à utiliser. Pour fixer les idées, en 2018, 56 % des partants ont des gains inférieurs à 9.000 €. Une pouliche qui a gagné plus de 9.000 € est donc dans la première moitié des candidates. A contrario, une candidate qui a gagné moins de 3.000 € sera sans doute moins intéressante qu’une pouliche qui n’a pas couru. Cette dernière n’a pas été testée en course et elle a une valeur génétique égale à celle de la moyenne de la population.

La conformation est à prendre en compte ensuite. Il s’agit ici d’éliminer les défauts rédhibitoires plutôt que de chercher la conformation parfaite. Il faudra aussi se demander si la candidate saura élever correctement ses produits.

Le pedigree vient ensuite. Le premier point à étudier est la valeur du père de la candidate. Les étalons sont connus avec une bonne précision. Il est donc assez facile de connaître les bons pères de mère. Il est ensuite inutile de remonter à quatre ou cinq générations. Les informations aussi lointaines n’ont pas d’intérêt. On peut utilement se limiter à la mère et aux frères et sœurs de la candidate. Enfin, comme plusieurs éleveurs l’ont fait remarquer, il faut regarder avec attention les candidates issues des grands élevages comme celui de l’Aga Khan, Juddmonte ou Shadwell. Ces grands élevages sélectionnent des familles durant de nombreuses générations en utilisant de bons étalons. Ils accumulent du progrès génétique et les pouliches qu’ils vendent sont souvent intéressantes. Les juments issues de ces élevages ont parfois très bien produit après leur vente.

Comment combiner ces trois sources d’information ? Une méthode simple consiste à noter les performances sur 20, la conformation sur 10 et le pedigree sur 5. Il reste alors à additionner les trois notes et à acheter LA poulinière qui a la meilleure note ! »