Trouver La poulinière (bien acheter avec un budget réduit), partie 4 : braver les idées reçues

Courses / 01.12.2021

Trouver La poulinière (bien acheter avec un budget réduit), partie 4 : braver les idées reçues

Dans le triptyque performance, pedigree et conformation, chacun a son avis sur ce qui doit être prioritaire. La jument rassemblant ces trois qualités étant très chère, 99 % des éleveurs doivent donc établir une hiérarchie entre ces différents critères pour trouver une poulinière qui entre dans leur budget. À la veille des ventes de décembre, c’est ce que nous avons demandé à quelques-uns des meilleurs spécialistes français et européens.

Partie 1 : quand le risque paye

Partie 2 : les perfs, les perfs, les perfs...

Partie 3 : suivre le sillage des paquebots géants

Partie 4 : braver les idées reçues

PARTIE 4 : BRAVER LES IDÉES REÇUES

Sacrifier le père de mère

Si vous voulez vous offrir une jument ayant des performances, une des options de est faire des concessions sur le père de mère. C’est le choix de l’Anglaise Philippa Cooper. Gale Force (Shirocco) – par le peu coté Shirocco (Monsun) – est la mère de Hurricane Lane (Frankel), un des meilleurs 3ans de 2021. Fallen Star (Brief Truce), gagnante de Listed, mais issue du modeste Brief Truce (Irish River), est devenue une poulinière clé de son élevage, étant à l’origine de sept black types dont Fallen for You (Dansili), lauréate des Coronation Stakes (Gr1) sous les couleurs de son éleveur : « Le fait que les juments soient issues d’un sire peu apprécié me permet de les acheter car elles sont plus accessibles. Pour moi, il est important qu’elles aient un bon rating, au-delà du caractère gras : il est parfois plus difficile d’être quatrième de Gr1 que troisième d’une Listed de mauvaise facture. L’important, c’est qu’elles possèdent de la qualité. Au haras, j’ai d’ailleurs eu la même réussite avec les gagnantes de Listed qu’avec les juments de Gr1. La santé, c’est aussi primordial. Et puis Fallen Star venait d’une grande souche et si elle n’avait pas été par Brief Truce, je n’aurais pas pu l’acheter. »

Vieille, et alors ?

On sait que le marché privilégie les produits de jeunes juments. L’usage dit qu’elles ont plus de chance de sortir des bons chevaux. Pourtant, certaines juments d’âge gardent de la valeur. C’est le cas de Polygreen (Green Tune), gagnante de Listed et mère de deux black types lors de son passage en vente à l’âge de 17ans. Henri Bozo avait signé le bon à 200.000 € pour celle qui était pleine d’un top-étalon (Invincible Spirit). Après son achat, la jument a donné Polydream (Oasis Dream), gagnante du Prix Maurice de Gheest (Gr1), et Big Brothers Pride (Invincible Spirit), lauréate du Prix Sigy (Gr3). Ses yearlings se sont vendus 400.000 € et 700.000 €. Henri Bozo, au sujet de cet achat exceptionnellement inspiré, nous a plus tard expliqué : « Quand j’ai acheté Polygreen, je ne pouvais pas imaginer qu’elle allait donner une gagnante de Gr1 peu après. Elle avait tout de même 17ans et la part de chance est réelle. J’essaye de me concentrer sur les critères qui m’apparaissent comme importants et de ne pas sortir de ma ligne de conduite. »

Et tant pis si elle n’a pas gagné...

Traditionnellement, les Européens sont très attirés par les grandes souches et les pages de catalogues bien noires. Quitte à faire saillir des juments qui n’ont pas gagné. Le baron Georg von Ullmann est à la tête du Gestüt Schlenderhan, un des plus vieux haras d’Europe. C’est là qu’est née Allegretta (Lombard) – la grand-mère de Sea the Stars (Cape Cross) et de Galileo (Sadler’s Wells). Et c’est dans ce haras que le chef de race Monsun (Königsstuhl) a fait toute sa carrière. Au mois de juillet 2021, le baron nous a confié : « En vue de la reproduction, nous essayons de ne pas faire courir trop longtemps les juments. Les poulinières avec un type très féminin sont celles qui nous ont le plus réussi. Nous n’avons aucun problème à envoyer à la reproduction une jument qui n’a pas gagné, à condition que le pedigree soit là et que nous connaissions la raison de son manque de performance. Vous devez donner du temps à vos chevaux pour qu’ils puissent exprimer leur plein potentiel. Et c’est pareil pour une jument. Il ne faut pas la condamner sur deux ou trois produits décevants. Nous essayons vraiment de préserver les souches historiques du haras. Le jeu de l'élevage, c'est d'essayer de faire le moins d'erreurs possible. »

LE CONSEIL STRATEGIQUE

Acheter pour courir ou pour vendre ?

Outre tout ce qui est relatif au budget et au choix de l’expert (courtier, entraîneur, vétérinaire, etc.) qui va inspecter avec vous la morphologie des juments, la première question à se poser est celle de l’orientation du futur produit. S’agit-il d’élever pour vendre ? Ou pour courir ? Quand on achète une jument dans l’espoir de faire briller ses propres couleurs, on peut aller au bout de son idée et n’écouter que ses convictions. Cet article va d’ailleurs principalement explorer cette option.

Mais si vous voulez élever pour vendre, il vous faudra accepter de calquer vos choix sur ce que recherchent la majorité des acheteurs. En somme, il s’agira de se conformer à la loi du marché. Pour cela, il sera nécessaire bien connaître ses clients et notamment leurs critères d’achats. Prenez l’exemple de l’entraîneur classique Mark Johnston – le professionnel ayant gagné le plus de courses dans l’histoire du turf anglais : « J’ai toujours été passionné par les pedigrees. Au départ, pour acheter des yearlings, je suivais la méthode de mon père : je regardais les trois premières mères. Après quelques années d’expérience, je ne regardais plus que les deux premières. Aujourd’hui, je ne regarde que les performances et la production de la première mère. » Que l’on soit d’accord ou pas avec l’homme de Middleham, il faut accepter de se conformer à ses principes si l’on veut lui vendre un cheval. Et c’est pareil pour tous les acheteurs !