Vente d’élevage Arqana : Quelques clés pour acheter un foal

Institution / Ventes / 03.12.2021

Vente d’élevage Arqana : Quelques clés pour acheter un foal

Vente d’élevage Arqana

Quelques clés pour acheter un foal

Des gagnants de Grs1 présentés foals sur le ring d’Arqana, il y en a beaucoup. Rien que pour 2021, citons le champion européen des 2ans Native Trail, la lauréate de l’Opéra Rougir, ou encore Zellie, la gagnante du Boussac. Mais c’est aussi foals, sur le ring d’Arqana, que sont passés des Nahoodh, Pretty Gorgeous, Toronado, Brametot ou encore French King, pour citer quelques lauréats de Grs1. Acheter un foal n’est pourtant pas un exercice facile. Quelques courtiers ayant brillé dans ce domaine nous ont livré quelques clés.

Guy Petit : « Les physiques, imaginer l’évolution des poulains et se projeter sont les critères importants pour l’achat d’un foal »

Guy Petit est actif sur le marché des foals : en 2021, sur ce segment, il a été mis à l’honneur via Rougir (Territories), laquelle a – enfin ! – décroché un Gr1 bien mérité dans le Prix de l’Opéra (Gr1). Le courtier garde la tête sur les épaules : « Concernant l’achat de foals, Rougir est un petit peu l’arbre qui cache la forêt (rires) ! Durant les cinq dernières années, en achat de foals, j’ai trois gagnants de Gr1 et un gagnant de Gr2. Farclas (Jukebox Jury) est lauréat du Triumph Hurdle (Gr1) à Cheltenham, Tribhuvan (Toronado) a gagné les United Nations Stakes (Gr1) aux États-Unis, Dream Wish (Dream Well) est lauréat du Prix Congress (Gr2), et, enfin, Rougir a brillé cette année dans le Prix de l’Opéra (Gr1). »

Pourquoi Rougir ? Rougir a été achetée 11.000 € par Guy Petit… mais après son passage sur le ring, à l’amiable. Le courtier nous a expliqué : « Pour être tout à fait honnête, au moment du passage de Rougir, je ne l’avais pas vue. Lors de son passage à la vente d’élevage, elle avait été rachetée. Ensuite, Jean-Pierre Garçon, du haras de l’Hôtellerie, m’a dit qu’une pouliche avec un pedigree intéressant venait d’être rachetée. Nous sommes allés la voir et la pouliche nous a beaucoup plu. »

Guy Petit explique les critères l’ayant poussé à finalement l’acquérir : « Elle était certes issue d’une souche Aga Khan, mais ce qui me plaisait particulièrement, c’était surtout son père, Territories (Invincible Spirit) qui avait ses premiers foals. Lorsque l’on souhaite faire du pinhooking, à mon sens, il est essentiel de choisir un produit par un étalon de première production. Qu’elle sorte de l’ordinaire physiquement a aussi compensé le fait que sa mère, Summer Moon (Elusive City), n’avait pas très bien produit en début de carrière. En revanche, Summer Moon est tout de même placée de Listed et son pedigree était largement suffisant pour espérer faire du pinhooking. Lorsque vous regardez Rougir, à 3ans, elle est toujours aussi belle. »

La "méthode Petit" d’achat de foal. Guy Petit détaille ce qu’il regarde lors de l’achat d’un foal. « Quand j’achète un foal, j’ai tendance à regarder des produits que l’on peut qualifier comme étant dans le marché moyen. En réalité, ces belles histoires sont souvent nées d’un coup de cœur aux ventes. Ce que je préfère, c’est regarder les chevaux dans le pré-ring. Lorsque vous allez les voir au box, ils ont été sortis des centaines de fois et ils se lassent. En revanche, au pré-ring, comme c’est nouveau pour eux, ils ont tendance à nous dévoiler leur personnalité. C’est pour moi le meilleur lieu pour les observer. Les pedigrees, nous savons tous les lire. Leur physique, imaginer l’évolution des poulains et se projeter sont, à mon sens, les critères importants pour l’achat d’un foal. Pour comparer, lorsque j’achète un yearling, je veux voir en lui un beau cheval de course. Pour un foal, je veux envisager qu’il fasse un beau yearling. Ce sont deux approches différentes. Si vous regardez en Angleterre, il y a un très gros marché qui existe pour les ventes de foals. En France, nous sommes toujours un peu frileux. Mon souhait serait de créer une cession de vente uniquement dédiée à la vente de foals. Mais, apparemment, il n’y en a pas assez. J’aurais vraiment apprécié avoir un petit catalogue de foals... »

Hubert Guy : « Lorsque j’achète un foal, je regarde en priorité son physique »

Hubert Guy a acheté, en association, Zellie (Wootton Bassett) sur le ring d’Arqana lorsqu’elle était foal, moyennant 140.000 €. La pouliche, qui prend soin d’elle, attendra la même enchère yearling : elle est rachetée. Mais elle a fait vivre une belle histoire à tous ses propriétaires, ceux de la première heure comme les Qataris d’Al Wasmiyah Farm, pour lesquels elle a remporté le Qatar Prix Marcel Boussac (Gr1).

Pourquoi Zellie ? Débourser 140.000 € pour une foal, c’est un sacré pari. Hubert Guy nous a expliqué ce qui lui a plu chez elle : « Premièrement, ce qui m’a poussé à acheter Zellie, c’est surtout que c’est une fille de Wootton Bassett (Iffraaj). C’est un étalon qui fait des chevaux calmes et qui sont capables de bien gérer leur stress, à l’image des produits de Galileo (Sadler’s Wells). Ensuite, elle avait tout de même un pedigree très intéressant. Sa mère, Sarai (Nathaniel), est une sœur de la championne Pride (Peintre Célèbre). Sarai n’avait pas couru, mais il y a plein de bonnes pouliches qui sont issues d’une mère inédite. Enfin, la pouliche se déplaçait remarquablement bien. Physiquement, elle n’était pas très grande. Elle avait également un excellent tempérament. »

La méthode "Guy" d’achat de foals. Hubert Guy nous a détaillé quelques éléments sur l’achat d’un foal : « Une mère inédite n’est certainement pas un critère rédhibitoire. Par exemple, j’ai réalisé le croisement de Starlet’s Sister (Galileo), la mère de Sottsass (Siyouni) et de Sistercharlie (Myboycharlie). En course, Starlet’s Sister n’était pas bonne. Cela ne l’a pas empêchée de devenir la meilleure poulinière d’Europe ! Vous savez, vous pouvez regarder le catalogue, mais à la fin, vous achetez un cheval, pas sa mère… Même si évidemment, dans l’absolu, c’est mieux d’avoir une mère qui possède du black type. Lorsque j’achète un foal, je regarde en priorité son physique. Cela étant, s’il y a une belle page de catalogue, c’est du bonus. »

Sur le marché des foals Hubert Guy a commenté : « Depuis quelques années, en France, le marché des foals est très vivant. Si vous remarquez bien, les pinhookers irlandais viennent se servir régulièrement sur notre sol. Cela prouve donc que le marché est intéressant. Hormis l’année dernière, où je n’ai pas acheté de foals, les autres années, j’en achète souvent. De base, je n’achète pas spécialement de foals pour les garder, mais il m’est arrivé d’en garder pour courir. Zellie est le meilleur exemple. Elle avait été achetée dans l’optique de la revendre à la vente de sélection, mais pour une raison inconnue, la pouliche n’a pas plu. C’est un mal pour un bien (rires). D’autant plus qu’un foal à 140.000 € en France, c’est déjà une somme conséquente. Parfois, vous êtes récompensé de la plus belle des manières. Et, lorsque vous avez les chevaux durant une année chez vous, cela vous permet de bien étudier leur comportement et de voir leurs habitudes quotidiennes. »

Ghislain Bozo : « Pour acheter un foal, il faut pouvoir imaginer ce qu’il va devenir

C’est foal, sur le ring d’Arqana, que Speak of the Devil (Wootton Bassett) a été achetée par Ghislain Bozo (Meridian International) pour 45.000 €. C’est aussi lors de la vente d’élevage, en 2006, que Ghislain Bozo a acheté un foal par Nicobar pour 1.500 €. Un certain Dunaden

Pourquoi Speak of the Devil ? Speak of the Devil a ensuite été achetée 62.000 € yearling par Fabrice Chappet, toujours à Arqana. Deuxième de la Poule d’Essai des Pouliches (Gr1), elle a aussi remporté le Prix de Saint-Cyr (L). Chez Frédéric Rossi, en 2021, Speak of the Devil a gagné trois Listeds et pris la troisième place du Prix Rothschild (Gr1). Ghislain Bozo nous a raconté l’histoire de cet achat : « J’ai acheté Speak of the Devil avec Nicolas de Chambure et François Drion. C’est une pouliche avec qui nous avions eu raison sur le fond… Mais pas vraiment du point de vue commercial : on ne l’a pas revendue en faisant du profit. Nous aimions vraiment la qualité des tissus de cette pouliche. Et Wootton Bassett commençait déjà à se montrer très intéressant. Toutefois, elle était un peu légère et elle manquait un peu d’os. Elle en manque toujours d’ailleurs. Mais nous aurions mieux fait de la garder car elle a bien fait en course. »

La méthode "Bozo" d’achat de foal. Ghislain Bozo nous a expliqué ce qu’il regardait lors de l’achat d’un foal : « Il faut pouvoir imaginer ce qu’il va devenir. C’est difficile mais c’est là l’art de l’achat d’un foal. Après il y a une spéculation sur le pedigree et sur la conformation. Il faut aussi compter sur l’expérience : il faut avoir l’œil ! Mais ça, c’est un peu comme chez les yearlings. »

Thierry Dalla Longa : « L’achat d’un foal ou d’un yearling est une chose totalement différente. »

Présentée par le haras d’Ombreville à la vente d’élevage Arqana en 2016, Fleeting (Zoffany) avait été achetée 50.000 € par Thierry Dalla Longa (HSV Agency. Un pinhooking réussi : yearling, elle a été achetée 100.000 € par Horse France (Robert Nataf) pour M. V. Magnier.

Pourquoi Fleeting ? Partie à l’entraînement chez Aidan O’Brien, Fleeting s’est révélée très bonne puisqu’elle s’est imposée dans les May Hill Stakes (Gr2, 1.600m) à 2ans et, à 3ans, elle s’est classée deuxième des Irish Oaks (Gr1,) et deuxième du Prix de l’Opéra (Gr1) avant de conclure sa carrière à 4ans par une troisième place dans les Pretty Polly Stakes (Gr1). Au sujet de cet achat, Thierry Dalla Longa nous a confié : « À la base, je ne fais pas trop de pinhooking. Le feeling est très important pour moi lorsque j’achète un foal. D’ailleurs pour me faire un avis, je vais en voir un certain nombre. J’ai vraiment besoin de pouvoir me l’imaginer yearling. C’est ce qui s’est passé avec Fleeting : quand je l’ai achetée, cette pouliche avait un très beau profil et une marche très tonique et athlétique. C’était un vrai coup de cœur. »

La méthode "Dalla Longa" d’achat de foal. Thierry Dalla Longa nous a expliqué plus en détail ce qu’il regardait lors de l’achat de foal : « L’achat d’un foal ou d’un yearling est une chose totalement différente. Je vais regarder en particulier les aplombs : ils doivent être corrects. Je vais aussi regarder sa profondeur et sa marche. Il doit également avoir quelque chose d’attirant. En général, je n’achète que des foals "FR" ou assimilés "FR". Ils sont plus faciles à revendre que des chevaux étrangers. Je ne vais donc qu’à Deauville pour ces chevaux-là. Pinhooker est toujours un risque à mes yeux. Je n’ai pas le droit de faire d’erreur car c’est un choix. C’est là toute la différence avec un poulain que l’on fait naître. »