À la Une : cinq éleveurs nous expliquent pourquoi ils se sont diversifiés vers l’obstacle

Courses - Élevage / 06.01.2022

À la Une : cinq éleveurs nous expliquent pourquoi ils se sont diversifiés vers l’obstacle

Ils ont sorti des bons chevaux de plat. Et pourtant, ils ont reconverti une partie de leur effectif vers l'obstacle. Cinq éleveurs qui se sont diversifiés nous ont confié les raisons de ce changement (partiel) d’orientation.

Aliette Forien : « Nous avons une bonne quinzaine de poulinières d’obstacle, dont 30 % à 40 % en association »

À la tête du haras de Montaigu avec sa fille Sybille Gibson, Aliette Forien a commencé par élever des chevaux de plat avec son mari, Gilles Forien, tout en ayant des étalons pour cette discipline (ils ont élevé une dizaine de gagnants de Gr1). Les sauteurs sont arrivés ensuite et, jeudi après-midi, Aliette Forien nous a expliqué pourquoi :

« Nous avons eu la chance d’avoir des étalons qui ont très bien produit en obstacle. Le premier a été Nikos (Nonoalco) il y a plus de 20 ans. Plus récemment, Martaline (Linamix), qui a été pour tous un étalon miracle. Actuellement, nous pouvons compter sur No Risk at All (My Risk), qui a conclu quatrième du classement des pères de sauteurs en 2021. Lui non plus n’a pas couru en obstacle, mais ce n’est pas étonnant, car on constate que le top 5 des étalons d’obstacle est composé en majorité de chevaux de plat. Quand on voit l’arrivée des courses à Auteuil ou à l’étranger, on remarque que les chevaux doivent avoir de la vitesse pour gagner à bon niveau. C’est important d’avoir des juments avec du modèle et une prédisposition à l’obstacle, mais il faut aussi les croiser avec des étalons qui donnent cette vitesse. Ce qui n’empêche pas que nous sommes confiants également envers la production de Beaumec de Houelle (Martaline), qui est le meilleur fils de Martaline au haras. Nous gageons qu’il suivra les traces de son père ! Il n’y a que des étalons de plat dans son papier (Martaline, Trempolino, Green Dancer…).

Pendant un moment, je n’ai eu qu’une ou deux juments d’obstacle. Lorsque je me suis associée avec ma fille en créant l’entité "haras de Montaigu", nous nous sommes dit qu’il était dommage de ne pas avoir les poulinières qui vont avec nos étalons, et nous avons commencé à acheter chaque année quelques pouliches ou juments pour l’obstacle. Nous gardons également des pouliches pour les exploiter à l’entraînement avant le haras. Désormais, nous avons une bonne quinzaine de poulinières d’obstacle, dont 30 % à 40 % en association, avec le haras du Buff et Couétil Élevage par exemple. Grâce à la réussite de Martaline et de No Risk at All, nous pouvons désormais toucher au haut de gamme. Et financièrement, c’est plus facile d’acheter une très bonne jument pour l’obstacle qu’une jument de niveau équivalent pour le plat !

En ce qui concerne le plat, nous avons opté pour une stratégie que nous allons de plus en plus utiliser à l’avenir. Nous avons comme projet de nous associer davantage avec des éleveurs qui partagent les mêmes valeurs et objectifs que nous, afin d’avoir accès à une gamme supérieure, ainsi qu’au marché international. Nous pensons que cela peut nous aider à améliorer grandement la qualité de notre effectif. À plusieurs, on est plus forts ! »

Jérôme Berges : « Les jeunes chevaux d’obstacle se vendent plutôt bien »

Ce Gersois est installé au haras de Lassos où il a élevé pour des clients le champion anglo-arabe Benevolo de Paban (Lavirco). Associé avec le haras de Saint-Faust, il est par ailleurs l’éleveur d’Hizarco (Lavirco), deuxième du Prix Duc d'Anjou (Gr3). Jérôme Berges nous a dit jeudi :

« Mon effectif est constitué d'anglo-arabes. En général, ces derniers débutent en plat et avant d’aller sur les obstacles. Pour l'instant, je n'ai qu'une jument pure d'obstacle. J'espère que ses premiers produits pourront s'illustrer. À l'avenir, je pense investir dans des poulinières pour cette discipline. Je pense que l'obstacle est bien moins coûteux et il est donc possible de s’en sortir financièrement. Les saillies sont moins chères dans cette discipline et nous pouvons malgré tout vendre de très bons chevaux. En plus, les jeunes chevaux d’obstacles se vendent plutôt bien. En plat, sans investissement important, tout devient très difficile. Sauf exception bien sûr ! »

Jean-Pierre et Guillaume Garçon : « Une filière intéressante, où l'on peut bien vendre car les bonnes saillies restent accessibles »

L’année 2021 a été bonne avec les chevaux de plat – élevés et/ou vendus – par le haras de l'Hôtellerie. C’est le cas de Rougir (Territories), lauréate du Prix de l'Opéra (Gr1), Noble Heidi (Intello), troisième du Preis der Diana (Gr1), Topgear (Wootton Bassett), gagnant du Prix Éclipse (Gr3)… Sur les obstacles, Lawrence d'Arabie ** (Martaline) est invaincu. Sa mère a déjà donné le bon Roi Mage (Poliglote), vainqueur des Prix Georges Courtois (Gr2), de la Gascogne et Romati (Grs3) et deuxième du Prix Ferdinand Dufaure (Gr1). Jean-Pierre et Guillaume Garçon nous ont confié en 2020 :

« Nous avons une quinzaine de juments d'obstacle, dont certaines pour des clients qui se lancent sur ce marché. C'est une filière intéressante, où l'on peut bien vendre car les bonnes saillies restent accessibles. Le commerce à l'amiable – comme aux ventes – y est très soutenu. Nous essayons parfois d'exploiter les femelles sur les obstacles, plutôt que de les vendre si elles n'atteignent pas la valeur que nous espérions. En France, leur programme est très attractif. » 

Benoît Jeffroy : « Je peux m'offrir une saillie du Galileo de l’obstacle. En plat, c'est plus compliqué ! »

Il fait partie de cette nouvelle génération d'éleveurs de chevaux de plat qui n'a pas d'œillères et qui n'hésite pas à investir dans les sauteurs. Avec sa famille, Benoît Jeffroy est l’éleveur de plusieurs bons chevaux d’obstacle, comme Magic Dream (Saint des Saints), un gagnant du Prix Congress (Gr2) qui débute cette année au haras du Hoguenet. En novembre 2021, il nous a expliqué :

« J'adore l'obstacle. C'est un sport magnifique. Et c'est aussi plus accessible. Je peux m'offrir une saillie du Galileo (Sadler's Wells) de la discipline. En plat, c'est plus compliqué ! On voit presque plus de jeunes éleveurs à Auteuil qu'à ParisLongchamp (…) Avec Magic Dream au haras, nous allons continuer à développer notre jumenterie obstacle. Nous sommes déjà passés de trois ou quatre à 10 juments d'obstacle en l'espace de cinq années. Dans cette discipline, on gagne à faire valoriser ses chevaux à l'entraînement en France. Surtout que notre pays, avec la réussite du label "FR", a une cote extraordinaire sur ce marché… Mon père a toujours eu des chevaux d'obstacle, croisant des juments de plat avec des étalons confirmés pour la discipline. Beaucoup de bonnes familles d'obstacle sont nées ainsi. Nous avons des bouts dans une cinquantaine de juments, dont une dizaine pour l'obstacle. »

Gérard Larrieu : « L’investissement est plus à notre portée »

Courtier de premier plan – il a probablement le record du nombre de victoires dans le Prix du Jockey Club (Gr1) – l’homme de Chantilly Bloodstock est par ailleurs éleveur, notamment au haras de Saint-Faust (en association avec ses frères). L’an dernier en plat, il était notamment le coéleveur de Who Knows (Siyouni), gagnante du Prix François Boutin (Gr3), et de The Good Man (Manduro), battu de peu dans le Grand Prix de Deauville (Gr2). Sans oublier de très bons pur-sang arabes. Gérard Larrieu a récemment investi dans les pouliches d’obstacle, comme Messagère (Saint des Saints), lauréate du Haras d'Étreham Prix Sagan (Gr3) en 2019 et qui est désormais au haras. En 2019, il nous avait confié :

« Aujourd’hui, nous nous diversifions vers les chevaux d’obstacle où l’investissement est plus à notre portée qu’en plat. Nous avons pourtant eu plusieurs satisfactions, à l’image de la production de Guarded (Eagle Eye) qui nous a donné Attima (Zafonic), gagnante de l’Honeymoon Breeders' Cup Handicap, de l'Hollywood Park Handicap et du San Clemente Handicap (Grs2), deuxième du Prix La Rochette (Gr3), et San Domenico (Zamindar), deuxième du Prix des Chênes (Gr3). Mais en plat, il faut des investissements très importants pour accéder aux juments et aux saillies qui permettent d’être performant face aux meilleurs. Enfin, il faut savoir que par le passé, le Sud-Ouest a été une terre d’élevage de sauteurs de haut niveau (…) Mon plan, au départ, était d’acheter quelques pouliches d’obstacle bien nées afin d’en faire de futures poulinières. C’est ainsi que j’ai acquis au haras des Coudraies Katkobella (Irish Wells), de la famille de Katko (Carmarthen)… L’équivalent en plat serait inaccessible. Elle a tellement de modèle que j’avais peur qu’elle soit un peu maladroite et je l’ai juste fait débourrer, puis saillir. J’ai placé deux femelles chez Mickaël Seror, dont Messagère. Il estimait aussi énormément Kapfortuna (Kapgarde). J’ai toujours une réticence à aller voir mes sauteurs, car j’ai eu quelques mésaventures par le passé. Il a insisté et effectivement la pouliche travaillait très bien. Mais cela n’a pas manqué. Quelques minutes plus tard, Kapfortuna se fracturait le bassin. Il ne faut donc pas que j’aille voir mes chevaux d’obstacle à l’entraînement ! La première victoire, avec un sauteur, c’est d’être au départ, car il y a beaucoup de chevaux sur la touche. La deuxième victoire, c’est de faire le tour sans tomber. Et la troisième, c’est de passer le poteau en tête. Mais le plus dur… c’est de durer. Dès lors, on comprend pourquoi les sauteurs à l’entraînement valent aussi cher. »

 

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