David Lumet : « Il existe un vide juridique »

Autres informations / 30.01.2022

David Lumet : « Il existe un vide juridique »

David Lumet : « Il existe un vide juridique »

Par Adeline Gombaud

Difficile d’établir un état des lieux de l’activité de débourrage-pré-entraînement en France. « Notre association compte une trentaine d’adhérents, expliquent David Lumet et Alexandra Hardouin, mais on peut estimer qu’une soixantaine de structures au bas mot proposent ce genre de services sur le territoire, sans compter les microstructures qui ne débourrent qu’un ou deux chevaux de course par an en parallèle de leur activité principale. » S’ils sont si difficiles à quantifier, c’est que les pré-entraîneurs n’obéissent à aucune réglementation : pas de licence ou de diplôme préalables à une installation, pas d’agrément de France Galop…

Et pourtant, leur rôle est devenu indispensable. Ils assurent la transition entre l’élevage et l’entraînement, et permettent aux futurs chevaux de course d’apprendre les bases de leur métier.

Un travail de l’ombre. Leur mission a même tendance à évoluer, comme l’explique David Lumet : « Plus nous nous sommes professionnalisés, et plus les attentes des entraîneurs ont été grandes. Si leurs compétences et leurs installations le permettent, certains pré-entraîneurs peuvent amener un cheval quasiment prêt à courir. Les entraîneurs qui ont un gros effectif y trouvent leur intérêt, car économiquement, ils préfèrent sans doute avoir dans leurs boxes des chevaux exploitables rapidement. Les propriétaires aussi, car la pension est moins élevée que chez un entraîneur. C’est un choix que le pré-entraîneur doit faire, en fonction encore une fois de ses compétences et de ses installations. Mais il faut aussi connaître ses limites. C’est sûr qu’il est intéressant de débourrer un cheval puis de le garder trois ou quatre mois et suivre son évolution. Et quand, en plus, il gagne en débutant, c’est une vraie satisfaction ! » Le pré-entraîneur doit donc adapter son travail en fonction des demandes du futur entraîneur, du propriétaire ou de l’éleveur du poulain. Un travail de l’ombre, mais passionnant. « Certains vont dire qu’on fait le sale boulot. C’est tout le contraire. Moi, j’adore être au milieu de mes poulains, j’adore les voir progresser… Même si parfois, on mériterait un peu plus de reconnaissance ! »

Une activité périodique. La spécificité de cette activité est d’être cyclique. Les débourrages commencent à la fin de l’été, et au printemps suivant, bon nombre de poulains retournent profiter de l’herbe ou intègrent les boxes d’un entraîneur. Il faut faire avec cette périodicité. « Ce n’est pas évident à gérer, raconte David Lumet. Si l’on veut des salariés compétents et fidèles, on ne peut pas signer CDD sur CDD. Et pour pouvoir les rémunérer toute l’année, il faut trouver de quoi combler les vides. Beaucoup de pré-entraîneurs s’occupent de la remise en route de chevaux ayant connu des soucis de santé. C’est particulièrement vrai en obstacle. J’ai créé le Show Lumet, cette vente de sauteurs présentés montés et sur l’obstacle, pour générer une activité pendant ces mois creux. D’autres font aussi de la préparation aux breeze up, ou aux ventes de chevaux à l’entraînement… »

Les mêmes problèmes que les entraîneurs. Le personnel… Les pré-entraîneurs ne font pas exception : eux aussi souffrent d’un manque cruel de personnel. « Avec cette différence par rapport aux entraîneurs que nous ne pouvons pas leur offrir l’aspect un peu glamour d’aller aux courses ! Pas de pourcentage écurie non plus. Il faut bien payer son personnel pour le garder, et proposer des horaires moins contraignants que dans des écuries de course, sinon c’est compliqué. Pour notre activité, nous avons besoin de cavaliers avec d’excellentes bases d’équitation, une bonne main, etc. Je recrute souvent des personnes issues du monde du sport équestre. » Alexandra Hardouin ajoute : « Il faudrait plutôt miser sur nos points positifs pour attirer du personnel. Dresser un poulain, suivre son évolution, c’est passionnant ! Pourquoi ne pas mettre en avant les temps libres dans les annonces de recrutement, plutôt que d’insister sur le nombre de week-ends de garde ? »

Un autre problème auquel est confrontée la profession concerne les impayés. Et contrairement aux entraîneurs, pas moyen de se tourner vers France Galop ! « Nous mettons à disposition de nos adhérents des contrats de pension, et nous les encourageons à s’en servir, explique Alexandra Hardouin. Les mauvais payeurs savent que nous ne pouvons pas nous référer à France Galop pour les problèmes de factures impayées. »

Recherche statut désespérément. L’association milite pour que ce métier soit reconnu, qu’il acquière un statut. « Il existe un vide juridique, analyse David Lumet. Un entraîneur à qui l’on a retiré ses agréments peut s’installer comme pré-entraîneur. Le fait que nous ne soyons pas reconnus par France Galop pose aussi un problème en matière de traçabilité, de contrôle antidopage. Au sein de l’association, nous sommes en train de mettre en place une charte de qualité, qui viserait à garantir une qualité de prestations pour la structuration et la reconnaissance du métier. Nous travaillons enfin sur une formation destinée aux cavaliers d’entraînement spécialisés dans les jeunes chevaux. Nous souhaitons vraiment être inclus dans la filière, que France Galop apporte son soutien à la profession, notamment par une reconnaissance factuelle. Cela permettrait de valoriser les professionnels qui travaillent en appliquant quotidiennement les règles sanitaires en lien avec le code des courses entre autres. »

Henri Pouret : « France Galop a la volonté de mettre en place un agrément »

Les pré-entraîneurs bientôt agréés par France Galop ? Le dossier est en tout cas sur la table. Henri Pouret, directeur général adjoint, rappelle : « Le décret de 1997 désigne les catégories à qui les sociétés mères délivrent un agrément : il s’agit des propriétaires, des entraîneurs, des jockeys et des drivers. Cet agrément implique une enquête du service central des courses et du jeu, des droits et des devoirs pour les personnes agréées. Les pré-entraîneurs ne rentrent pas dans ce cadre. Pour que nous puissions leur délivrer un agrément, il faudrait changer le décret. Et que le Trot veuille effectuer la même démarche. C’est possible, mais pas simple. »

Pourtant, la société mère est bien consciente du vide juridique qui entoure cette activité. Avec des conséquences évidentes sur la possibilité de localiser les chevaux. « Depuis plusieurs années, nous avons inscrit au code la possibilité de contrôles à l’élevage. Dans ce cadre, nous avons mis en place un serveur de localisation des chevaux à l’élevage, le terme d’élevage allant de la naissance jusqu’à la déclaration à l’entraînement du poulain. Les éleveurs doivent renseigner ce serveur. Nous sommes encore en phase dappropriation de cet outil par les utilisateurs et nous devrions être en mesure prochainement de savoir où est stationné chaque cheval, depuis sa naissance, dans lobjectif notamment de renforcer les contrôles biologiques avant même son arrivée à l’entraînement, par exemple quand il est dans un centre de débourrage ou de pré-entraînement. »

Si le contrôle à l’élevage est inscrit dans le code, il manque un arsenal juridique à France Galop pour mieux suivre le cheval de sa naissance à son entrée à l’entraînement. L’agrément des pré-entraîneurs aurait d’autres utilités. « Cet agrément permettrait de mieux encadrer les choses : non seulement la localisation des chevaux, mais aussi le suivi longitudinal en matière de contrôles biologiques, et sans doute un meilleur contrôle de la couverture vaccinale de la population de chevaux. Cela nous permettrait aussi de mieux communiquer avec les pré-entraîneurs en cas de changement de réglementation notamment. Enfin, l’agrément va de pair avec une enquête de moralité. Ce n’est pas négligeable. Si le changement de décret s’avère trop compliqué, on pourrait imaginer faire évoluer le code, un peu à l’image de ce que nous avons fait pour les agents de jockeys. Il s’agirait d’un système plus déclaratif dont les contours devront être définis. »

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