David Powell s'est éteint

Courses / 16.01.2022

David Powell s'est éteint

C’est avec beaucoup d’émotion que nous avons appris le décès de David Powell, dans la nuit de samedi à dimanche, des suites d’une longue maladie, à l’âge de soixante-treize ans. David Powell était une figure des courses françaises mais aussi américaines : durant sa vie, il aura été éleveur, manager, courtier, pré-entraîneur, journaliste… mais aussi un fin analyste des courses. Et un homme qui aura partagé et transmis sa passion, notamment à ses enfants Leonard, Freddy et Richard, ainsi qu’à son beau-fils, Arnaud Delacour. Un homme de cheval, tout simplement !

David Powell est né en Argentine, d’un père américain et d’une mère allemande. Son père était diplomate et David a donc beaucoup voyagé. Il est venu pour la première fois en France à l’âge de dix ans, à Paris. C’est à ce moment qu’il découvre l’hippisme : en 1960, à Longchamp, il assiste au sacre de Puissant Chef dans le Prix de l’Arc de Triomphe. Il tombe amoureux des courses et de l’élevage.

Avec sa famille, il continue à voyager. Aux États-Unis, alors qu’il est étudiant à New York, il écrit pour le Daily Racing Form, beaucoup sur les courses européennes. Et, pour les journaux européens et français (Courses & Élevage, Galop Information…), il traite des courses américaines, cela notamment sur les conseils de Pierre Bellocq, célèbre caricaturiste des courses aux États-Unis. Il encourage le jeune David à faire ses valises et à partir en France.

La deuxième arrivée en France. David Powell a vingt ans environ quand il revient en France. Direction la Normandie : il rejoint l’école des officiers du haras du Pin, où ses camarades se nomment Tim Richardson et Jean-Hugues de Chevigny. David Powell travaille ensuite au haras de la Meulles (qui deviendra ensuite la Cauvinière et Montfort & Préaux). Dans les années 70, il rencontre une grande dame, américaine, qui deviendra l’une des immenses figures des courses d’obstacle en France : Magalen Bryant. La rencontre se fait lorsqu’il essaie d’acheter une de ses élèves et représentantes : la championne sprinteuse Polyponder (Barbizon). Le deal ne s’est pas fait mais David Powell et Magalen Bryant ont sympathisé. Il devient son racing manager : c’est le début d’une longue histoire.

De Pennekamp à Blue Dragon. Au début des années 80, il achète le haras du Lieu des Champs, que son fils Richard a repris en 2013. Le haras du Lieu des Champs a vu naître et grandir beaucoup de champions d’obstacle. David Powell est notamment le coéleveur du champion Blue Dragon ** (Califet). Mais pour Magalen Bryant, il a aussi élevé un champion de plat comme Pennekamp (Bering), né aux États-Unis avant d’arriver foal en France, où il a grandi et été vendu à Deauville. Le haras du Lieu des Champs a accueilli beaucoup de juments des clients de David Powell, y compris celles de Simon Munir et d'Isaac Souede dont il a géré les intérêts en France.

David Powell était aussi bien connu en tant que courtier. Il a acheté quelques-uns des champions de Magalen Bryant, à l’image par exemple de Milord Thomas (Kapgarde), gagnant du Grand Steeple-Chase de Paris et de trois Prix La Haye Jousselin (Grs1).

David Powell était associé avec Anthony Bromley et David Minton dans Highflyer Bloodstock. Il a ainsi a acheté quelques-uns des champions des courses anglo-irlandaises dont trois ayant écrit l’Histoire de l’obstacle outre-Manche : Kauto Star (Village Star), Big Buck’s (Cadoudal) et Master Minded (Nikos).

La famille Powell. David Powell vivait sa passion des courses et des chevaux dans le partage et la transmission. Il a légué cet amour du cheval à ses enfants : Freddy, directeur exécutif d’Arqana, Leonard, entraîneur aux États-Unis, tout comme son beau-frère Arnaud Delacour, et Richard, à la tête du haras du Lieu des Champs. Connu pour sa fidélité, David Powell a aussi eu à cœur de soutenir les "petits jeunes" qui se lançaient : David Cottin, par exemple, lorsqu’il s’est installé entraîneur, James Reveley, lorsqu’il est arrivé en France, mais aussi Francis-Henri Graffard qu’il a mis en contact avec son ami Alain de Royer Dupré. La fidélité, toujours.

À Elisabeth, son épouse, à ses enfants, à tous ses proches, Jour de Galop adresse ses condoléances émues.

Ils lui rendent hommage

De nombreux acteurs des courses ont rendu hommage à David Powell.

Aliette Forien : « Un très bon père, un très bon ami et un grand manager »

« Nous étions amis depuis très longtemps, plus de quarante ans. David était un ami fidèle. Et je l’appelais souvent pour prendre son avis. Avec Sybille, c’était presque un rituel : quand elle me demandait ce que je pensais d’un futur étalon à utiliser ou à entrer au haras, je lui répondais invariablement : "Attends, je vais faire un Allo David et on décidera après !" Il me disait toujours de l’appeler si j’avais des questions pour le haras. Par contre, il ne fallait pas l’appeler le soir ! Il se levait à 4 h du matin pour se plonger dans ses bouquins : on pouvait lui parler de n’importe quel cheval, il le connaissait. Nous étions tout un groupe d’amis, avec aussi Guy Henrot et Alain de Royer Dupré. On aimait se retrouver tous ensemble. Il était très fidèle avec ses clients, qui faisaient partie de la famille. Avec eux, il a réalisé de très belles choses, il a créé des écuries de propriétaires formidables. Il était aussi très proche de ses fils. David était un très bon père, un très bon ami et un grand manager. »

Alain de Royer Dupré : « Avec lui, c’est toute une époque qui s’en va »

« David était un ami de longue date, du temps où j’étais encore en province. Nous avons eu de bons moments ensemble ! Je me souviens notamment d’un voyage au Brésil, qui avait été passionnant et où, entre les haras, il passait plus de temps à regarder les pedigrees qu’à regarder le paysage par la fenêtre ! David avait beaucoup d’humour, une façon de voir les choses qui était très intéressante. Avec lui, c’est toute une époque qui s’en va. Il était fidèle : sa fidélité envers madame Bryant remontait à l’époque où j’étais en province. Avec sa femme Élisabeth, il avait créé une très belle ambiance familiale avec les jeunes autour de lui. C’est lui qui m’avait parlé de Francis [Graffard, ndlr] par exemple. »

Guy Henrot : « Il était d’une amitié très fidèle »

« Il sera difficile de combler le vide qu’il va laisser dans le monde des courses et de l’élevage. Il était d’une amitié très fidèle. Son caractère pétillant et toujours à l’affut de nouveauté nous manquera beaucoup. »

Nicolas de Lageneste : « Nous perdons un grand Monsieur »

« David Powell m’a particulièrement marqué et influencé. Un homme brillant d’intelligence, d’une compétence reconnue de tous, véritable homme de cheval, gros travailleur se levant chaque matin avant l’aurore, humble et surtout d’une grande humanité. Altruiste, il aimait transmettre à la jeune génération, et nombreux sont ceux qui ont eu la chance d’apprendre à ses côtés. Il a su guider dans le monde des courses et de l’élevage ses trois fils, Leonard, Freddy et Richard, qui, bien que prenant des chemins différents, chacun particulièrement compétent dans leur domaine, connaissent aujourd’hui de belles réussites professionnelles. Mais nous sommes nombreux aujourd’hui à être également orphelins.

Il avait un regard sur tout, des idées sur tout, échanger avec lui était toujours d’une grande richesse. Il avait la plume habile et on se souvient de ses nombreuses chroniques d’élevage et de ses études dans le domaine de la génétique. Il savait également défendre avec bon sens l’aspect sportif et de sélection des courses, soulignant toujours le classicisme. Fervent défenseur de la discipline de l’obstacle, il était particulièrement compétent sur les programmes de courses, avec ses nombreuses tribunes que nous pouvions retrouver dans votre journal. J’ai personnellement conservé chacune de ces interventions.

Lui qui n’aimait pas parler de lui, qui était positif, qui se projetait toujours dans l’avenir et qui était tellement présent dans notre paysage hippique, nous ne pouvions imaginer qu’il allait nous quitter si brutalement.

Nous perdons un grand Monsieur, un maître à penser, qui va laisser un grand vide derrière lui. »

Simon Munir : « C’était un pionnier »

« C’est avec une grande tristesse que nous avons appris la disparition de notre manager en France, David Powell. C’était un pionnier, qui adorait notre sport. Il avait mis son cœur et son âme pour nos couleurs. Qu’il repose en paix ! Nos prières et nos pensées vont vers David et sa famille. » (via Twitter)

Anthony Bromley (Highflyer Bloodstock) : « Son œil pour dénicher un champion était sans précédent »

« C’est un jour très triste. David Powell était un homme extraordinaire avec une passion immense pour notre sport et les chevaux qu’il a nourris, produit et souvent réparés. Son œil pour dénicher un champion était sans précédent. Il m’a appris tellement de choses. Je ne peux pas croire qu’il est parti. Qu’il repose en paix. » (Via Twitter)