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Magazine / 15.01.2022

ITM IRISH STALLION TRAIL 2022 : Une année cruciale pour Coolmore

Les 14 et 15 janvier, l'Irish Thoroughbred Marketing organisait la version irlandaise de la Route des étalons : l'Irish Stallion Trail. Nous vous proposons de partir à la rencontre des haras qui font de l'Irlande l'un des plus grands pays d'élevage au monde.

Par Adrien Cugnasse (avec photo)

Covid oblige, beaucoup moins d'étrangers (et de Français donc) ont pu venir voir les jeunes étalons de Coolmore. Pourtant, plus que jamais, ils méritent le voyage et ils seront aussi visibles pendant les ventes de Goffs en février. La saison 2022, la première sans Galileo, sera déterminante pour le leader irlandais. Wootton Bassett (Iffraaj) doit continuer à tenir la cadence pour justifier sa position d'étalon le plus cher du haras. Et cinqjeunes sires passent le grand test, représentés par leurs premiers 3ans (Churchill et Highland Reel) ou leurs premiers 2ans (Saxon Warrior, Sioux Nation et US Navy Flag). Pour eux, 2022 sera l'heure de vérité.

Le miracle permanent. Le fait que le même haras ait accueilli Galileo (Sadler's Wells), Danehill (Danzig) et Sadler's Wells (Northern Dancer) est totalement improbable sur le plan statistique, malgré la concentration de talents (humains et équins) qui travaillent du côté de Fethard. Cela tient vraiment du miracle. D'ailleurs, il y a quelques années, John Magnier avait déclaré à la télévision anglaise : « Nous avons une chance incroyable. Tout le monde sait comment Billy McDonald a acheté la mère de Sadler's Wells [en donnant un billet à un employé de Claiborne Farm pour savoir qui était le meilleur yearling du lot, ndlr]. Coup de chance à peine croyable, nous l'avons donc eue. Et puis elle a donné Sadler's Wells. Il est devenu un bon cheval de course, ce qui est statistiquement impossible. Il est ensuite devenu un bon étalon, ce qui est encore plus impossible. Avant de finalement devenir un père de pères. Ce qui arrive une fois tous les 50 ans. Nous avons beaucoup de chance. » Cela dit, cela ne marche pas à tous les coups. D'une part, parce que seulement une minorité d'étalons atteignent les sommets au haras. Il faut donc donner leur chance a beaucoup de jeunes pour trouver LA pépite, et Coolmore ne lésine pas sur les moyens, sortant son carnet de chèques dans toutes les ventes du monde - et notamment à Deauville - pour dénicher le futur Galileo. D'autre part, parce que même les meilleurs - comme l'équipe de Coolmore - peuvent laisser passer un bon cheval ou une bonne jument.

Celui que tout le monde attendait. Lorsque John Magnier, Michael Tabor et Derrick Smith ont vendu Cabaret (Galileo) pour 600.000 Gns, nul ne pouvait imaginer quelle serait la suite de l'histoire. Cette lauréate des Silver Flash Stakes (Gr3) était une bonne jument - parmi tant d'autres dont ils se sont séparés au fil des ans. Mais elle a donné Magna Grecia (Invincible Spirit) à Robert Scarborough. Payé 340.000 €, il gagné le Racing Post Trophy et les 2.000 Guinées (Gr1). Stationné à Coolmore pour 17.500 €, ses premiers produits seront yearlings en 2022. Cabaret a ensuite donné St Mark's Basilica (Siyouni). Et cette fois, Coolmore a dû débourser 1,3 million de Gns pour l'avoir. Une sacrée somme mais bien peu de chose par rapport à la valeur du champion qu'il est devenu. Quintuple lauréat de Gr1, c'est le débutant le plus attendu en 2022 en Europe. Et il y a des signes qui ne trompent pas. Cela faisait un long moment que Coolmore n'avait pas lancé un étalon à ce prix-là pour sa première saison de monte. Lors de notre série estivale des "tours des haras", probablement trois éleveurs français sur quatre que nous avions interrogés avaient fait de St Mark's Basilica leur coup de cœur de la saison. Prenons un autre exemple. On sait par exemple qu'en dehors de ses propres étalons l'élevage Wertheimer & Frère n'envoie pas de juments à des reproducteurs non confirmés. Pourtant, on apprend dans la presse étrangère que les Wertheimer vont confier à la nouvelle star de Coolmore leur bonne Safari Queen (Lode), lauréate de Gr1, comme sa fille Queen Jewel (Pivotal)…

Le Jockey Club a la cote. St Mark's Basilica était à l'entraînement il y a quelques mois seulement et il est encore assez "cheval de course". Mais c'est un bel individu qui a les rayons pour devenir un bel étalon. Coolmore ne laissant rien au hasard, on l'a placé dans le box de feu son grand-père, la légende Galileo. Le message est très clair. Assurément, c'est le meilleur poulain qu'Aidan O'Brien ait présenté dans le Qatar Prix du Jockey Club (Gr1). Et nous - les Français - avons vraiment du souci à nous faire s'il continue à envoyer ses meilleurs 3ans à Chantilly… car ils seront durs à battre ! Il est d'ailleurs assez intéressant de constater que Coolmore - qui a régné presque sans partage sur les Derby anglais et irlandais - a deux des trois derniers lauréats du Jockey Club dans ses boxes : St Mark's Basilica et Sottsass (Siyouni). Parfois, on a l'impression que le Derby français a plus la cote à l'étranger que chez nous !

N'ayons pas peur des mots : Sottsass est un splendide cheval, avec de l'os, du cadre et une tête remarquablement expressive. Il est beaucoup plus beau en vrai qu'en photo. Hermine Bastide, représentante de Coolmore pour la France, explique : « Il a sailli 140 juments en 2021. Pour lui donner toutes ses chances, il est proposé à un tarif très attractif : 25.000 €. Ses premiers foals sont attendus sous peu. Peter Brant l'a soutenu de manière assez spectaculaire. » Sans surprise un certain nombre de juments françaises sont venues rendre visite à Sottsass.

Vivre après Galileo. Après 15 saisons à 150.000 € ou plus, Galileo n'est plus de ce monde. Trouver un étalon confirmé et outcross sur le marché pour croiser avec ses nombreuses descendantes est impossible sur le papier. Et, pour être tout à fait objectif, il n'y avait qu'un seul cheval en Europe répondant à ce portrait-robot : Wootton Bassett. Or Coolmore a su trouver les fonds pour s'offrir la pépite d'Étreham, probablement le meilleur reproducteur vu en France depuis longtemps. À cet instant précis, soit le cheval continuait à sortir des chevaux de Gr1 et Coolmore avait gagné son pari. Soit il connaissait son passage à vide et le coup de génie devenait un coup de folie. Par bonheur pour les Irlandais, Wootton Bassett n'a jamais cessé de confirmer qu'il est un très grand reproducteur. Et, à 150.000 €, c'est désormais le sire le plus cher du haras.

En 2021, il affichait complet et Hermine Bastide explique : « Il a sailli un book de juments absolument exceptionnel. Hors normes même. » Cela promet pour sa liste de juments 2022 ! Toujours plus impressionnant physiquement, Wootton Bassett en impose vraiment. À présent, il aura la lourde tâche de prouver qu'il est capable d'améliorer aussi les meilleures juments d'Europe. Zellie (issue d'une mère par Nathaniel) est son premier gagnant de Gr1 dont la mère porte le sang de Galileo. Il n'est pas interdit de penser que sa victoire dans le Qatar Prix Marcel Boussac (Gr1) a été accueillie comme un bon augure (et avec soulagement) par l'équipe de Coolmore…

Ils repartent à la hausse. La fidélité de Coolmore envers le Derby d'Epsom - même si Chantilly a de plus en plus la cote - a tout de même de très bons côtés. Australia (Galileo) passe de 25.000 à 35.000 € grâce à ses 25 black types de 2021 dans l'hémisphère Nord (soit 13,5 % de ses partants). Hermine Bastide détaille : « Il a la cote aux ventes mais aussi chez les éleveurs-propriétaires. » Camelot (Montjeu) monte à 75.000 €, soit cinq fois le prix de ses débuts. Il approche des 10 gagnants de Gr1 et ses yearlings ont atteint 200.000 € de moyenne en 2021. Désormais, il reçoit aussi quelques dizaines de juments venues de l'hémisphère Sud. En France, Montjeu (Sadler's Wells) restera toujours une légende et force est de constater que les Camelot réussissent remarquablement bien dans notre pays.

Pour eux, tout va se jouer en 2022. Churchill (Galileo), qui signe sa production, a tiré son épingle du jeu en France avec Vadeni et Dancinginthestreet. Au total, il a donné six black types avec ses premiers 2ans. Le cheval a été très sollicité par les éleveurs et ce sera désormais le test classique. Highland Reel (Galileo) était un cheval de fer - sept Grs1 et 9,5 millions de gains - et il a donné un lauréat de Groupe avec sa première production de 2ans en piste (Atamisque dans le Premio Dormello, Gr2). Lui aussi aura ses premiers 3ans en 2022. Là encore, il passe le test de la saison classique. Saxon Warrior (Deep Impact) et Sioux Nation (Scat Daddy) auront leurs premiers partants en 2022. Plusieurs breeze up consignors estiment suffisamment leurs Sioux Nation pour avoir réservé des saillies du jeune étalon cette saison pour leurs juments personnelles… en espérant retrouver en piste ce que leurs pensionnaires expriment le matin !

Calyx (Kingman) aura ses premiers yearlings en 2022, tout comme Ten Sovereigns (No Nay Never), qui ressemble chaque année un peu plus à son père. Bien tarifé, il a beaucoup sailli. Circus Maximus (Galileo) revient de Nouvelle-Zélande et il attend ses premiers foals. En attendant de retrouver un Galileo, un Danehill ou un Sadler's Wells, Coolmore continue à appliquer la recette qui a fait sa réussite : la jeunesse, la jeunesse et encore la jeunesse !