La France donne-t-elle trop d'argent aux "mauvais" chevaux ?

International / 11.01.2022

La France donne-t-elle trop d'argent aux "mauvais" chevaux ?

La France donne-t-elle trop d’argent aux « mauvais » chevaux : notre titre vous choque ? Vous avez raison. D’abord parce que sans tomber dans le politiquement correct, il n’existe pas de mauvais chevaux, mais simplement des chevaux moins doués que d’autres. Et ensuite parce que poser la question de cette manière, c’est déjà y répondre (ou pour le dire autrement, pourquoi ne pas poser la question ainsi : la France donne-t-elle trop d’argent aux chevaux de Groupe ?).

Bref, c’est tout le contraire : dans ce dossier en deux parties, nous avons voulu vous fournir une étude objective sur la répartition des allocations entre les meilleurs chevaux et les autres. Des chiffres, stricto sensu…, avant de lire, dans notre édition de demain, les points de vue (nécessairement assez opposés) d’Éric Puerari et de Cédric Boutin sur le sujet !

Par Anne-Louise Échevin

En quantité, les courses black types ne cannibalisent pas le programme français

Il est délicat d’analyser la force des courses black types dans un pays en listant uniquement leur nombre : nous avons donc calculé le ratio entre les courses black types et les courses non black types. À ce petit jeu, on constate que l’Irlande possède un pourcentage de courses de sélection assez impressionnant : 10,25 %. La France et la Grande-Bretagne sont quant à elles à une égalité quasiment parfaite : 4,92 % des courses françaises sont black types, contre 4,64 % des courses britanniques.

En nombre, les courses de sélection ne mangent pas particulièrement le programme français en comparaison à ses deux voisins. Par ailleurs, le black type est contrôlé. Du côté de l'European Pattern Committee, on insiste sur le fait que l’Europe des courses possède l’un des contrôles black types parmi les plus exigeants du monde : les courses ne méritant pas ce label ou leur niveau sont rétrogradées. La création de nouvelles courses black types est par ailleurs limitée (pas plus d’une nouvelle Listed par an depuis 2020, contre deux auparavant) et un pays ne peut pas avoir plus de deux courses black types promues par an (également depuis 2020, contre trois auparavant).

Le poids du black type dans le programme en 2019

Pays Nombre de courses Nombre courses B.T. %
France 4.918 242 4,92 %
Grande-Bretagne 6.366 296 4,64 %
Irlande  1.239 127 10,25 %

Mieux vaut avoir un black type en Angleterre qu’en France !

La première façon d’évaluer le poids financier des courses de sélection est de déterminer le pourcentage d’allocations des black types par rapport au total des allocations distribuées. L’Irlande, avec un peu plus de 10 % de black type dans l’ensemble de son programme, est le pays qui reverse le plus d’argent dans ce type de course : 40,80 % du total, ce qui est logique vu leur nombre.

La France et la Grande-Bretagne, quant à elles, sont quasiment à égalité sur la place du black type dans le programme (4,9 % et 4,6 %), mais le poids financier du black type sur l’ensemble des allocations n’est pas le même. En France, les allocations des black types représentent 26,28 % du total des allocations, contre 39,1 % pour la Grande-Bretagne.

Le poids du black type sur les allocations en 2019

Pays Alloc. B.T. Alloc. total %
France 32.049.000 € 121.912.221 € 26,28 %
Grande-Bretagne 49.892.456 € 127.580.626 € 39,1 %
Irlande 13.993.000 € 34.291.000 € 40,80 %

* Le taux de conversion utilisé pour le passage de la livre en euros est de 1,17536, comme indiqué par la Fiah sur les statistiques 2019.

La deuxième manière d’évaluer le poids financier du black type est la comparaison entre une allocation moyenne d’une course de sélection par rapport à une course non black type. L’Irlande reverse ainsi plus d’allocations aux courses black types par rapport à la France et au Royaume-Uni (40,80 % de ses allocations), mais elle est cependant le pays où la différence d’allocation entre black type et non black type est la moins importante : en moyenne, un coefficient multiplicateur de 6. La France est tout près, avec un coefficient multiplicateur de 6,9 tandis que la Grande-Bretagne est le pays où le fossé black type/non black type est le plus important : les courses black types sont presque douze fois mieux dotées que les épreuves non black type.

Une précision cependant : le black type n’a pas la même valeur financière. Un Gr1 est plus doté qu’un Gr2, un Gr2 qu’un Gr3, et ainsi de suite. En Grande-Bretagne, en proportion, on trouve plus de Grs1 et de Grs2 qu’en Irlande et en France : 28,77 % des courses black types britanniques sont de niveau Gr1 ou Gr2, contre 23 % en France (qui compte 52 % de Listeds !) et 22,64 % en Irlande.

Le différentiel d’allocation entre black type et non black type

Alloc. moyenne hors B.T. Alloc. moyenne B.T. Coefficient multiplicateurs
France 19.217 € 132.433 € x 6,9
GB 13.396 € 158.419 € x 11,8
Irlande 18.253 € 110.181 € x 6

* Le taux de conversion utilisé pour le passage de la livre en euros est de 1,17536, comme indiqué par la Fiah sur les statistiques 2019.

La France subit la concurrence étrangère même dans les petites catégories

De nos trois pays de courses européen, c’est donc la Grande-Bretagne qui offre le moins d’allocations aux petites catégories. L’Irlande et la France sont quant à elles à 1.000 € de différence sur les allocations moyennes hors black type. Les deux pays ne sont pas pour autant totalement comparables.

L’Irlande est une île. La France possède quant à elle des frontières avec d’autres pays de course : Allemagne, Belgique, Italie, Espagne… La concurrence étrangère est totalement différente. Les chevaux entraînés à l’étranger sont présents, en France, dans les petites catégories. En Irlande, c’est bien différent, comme le montre le tableau ci-dessous.

Les victoires étrangères en France et en Irlande en 2019 (plat et obstacle)

Nombre de courses Nombre de victoires étrangères (%) Allocations (% du total)
France 6.925 424 (6,1 %) 10.657.002 € (5,7 %)
Irlande 2.663 25 (0,9 %) 2.049.800 € (3,1 %)

Le Fact Book irlandais ne donne pas de détails précis sur le profil de 25 concurrents étrangers ayant gagné une course en Irlande : nous avons pu, en fouillant les palmarès et les ratings des meilleurs chevaux en Irlande en 2019, en retrouver 18 sur 25. Voici ce que nous avons pu apprendre et, de manière générale, les chevaux étrangers ne font pas le déplacement en Irlande pour des petites courses.

Sur les 2.049.800 € décrochés par les étrangers dans le pays, on compte cinq gagnants de Gr1 en obstacle (pour 545.750 € d’allocations au total).

Sur les 25 gagnants étrangers en Irlande, onze sont lauréats de course black type en plat (dont trois gagnants de Gr1), soit 1.121.360 €.

Sur les 25 gagnants, on trouve un lauréat de Premier Handicap doté de 100.000 € ou plus ainsi qu’un gagnant de course à conditions : Stone Circle, lauréat de la Tattersalls Ireland Super Auction Sale Stakes, course à conditions dotée de 147.500 € au premier.

Ces 18 chevaux ont cumulé 1.888.630 d’allocations (soit 92,2 % du total remporté par les étrangers à la gagne). Il est en tout cas clair – et logique étant donné la géographie – que l’Irlande, dans les petites catégories, ne voit pas une concurrence internationale semblable à celle que l’on trouve en France.

Détail des victoires étrangères en France en plat en 2019

Vict. étrangères % du total des victoires étrangères
Gr1 16 3,7 %
Gr2 13 3 %
Gr3 14 3,3 %
L 31 7,3 %
Tout black type 74 17,4
Hors black type 327 77,1 %

La méthodologie

- L’analyse est basée sur une comparaison entre les trois principaux pays européens de courses : France, Irlande et Grande-Bretagne.

- Nous nous sommes basés sur l’année 2019 : la dernière année "normale" avant que la Covid ne bouleverse le calendrier des courses et/ou la redistribution des allocations.

- Pour avoir le schéma le plus simple et clair possible, la comparaison est basée sur les courses black types – donc de sélection – d’un côté, et les courses non black types de l’autre.

- Tous les chiffres que nous utilisons proviennent soit de France Galop (notamment les statistiques annuelles 2019), de Horse Racing Ireland (Fact Book 2019), de la British Horseracing Authority (Data Pack 2019) ou de la Fédération internationale des autorités hippiques (Facts and figures 2019 et calcul des allocations black type 2019 par addition des allocations indiquées dans le Blue Book).

FIN APLAT

 

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