La taille de la chapelle

Courses / 02.01.2022

La taille de la chapelle

Par Adrien Cugnasse

Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’en 2021, le galop a prêté le flanc à la critique comme jamais auparavant. En France, outre-Manche et aux États-Unis, les affaires de mœurs, de dopage et les cas d’irrespect envers le personnel ou les chevaux se sont enchaînés. Des situations marginales, certes, mais avec un impact global. Car aujourd’hui (contrairement au passé donc) tout se sait. Pour le pire comme pour le meilleur, l’information circule avec une ampleur et une vitesse que nous ne connaissions pas jusqu’à une période récente.

C’est fort ennuyeux car on voit bien que les associations animalistes – qui ne nous veulent pas beaucoup de bien – s’attaquent en priorité aux pratiques marginales. On voit bien qu’elles utilisent les quelques cas de dérives pour tenter de faire vaciller l’édifice. C’est ainsi que l’obstacle a disparu de certains États australiens ou encore que les courses de lévriers ont été rayées de la carte dans une bonne partie des États-Unis…

L’année 2022 sera celle de l’élection présidentielle dans notre pays. Alors que l’échéance électorale approche, on mesure à quel point les idées et les personnes ne peuvent plus faire l’unanimité. Ou du moins à quel point il est difficile de rassembler très largement. Les réseaux sociaux nous encouragent à vivre dans une bulle. C’est-à-dire uniquement avec ceux qui partagent nos idées, qui nous confortent dans nos opinions… et parfois même qui les radicalisent ! Nous vivons une époque de chapelles.

Ainsi, la consommation de viande ou les courses de chevaux, deux sujets sous le feu des attaques animalistes, ne feront plus jamais l’unanimité. Ni positivement, ni négativement. Or ce qui est déterminant pour notre avenir, c’est notre capacité à avoir une chapelle assez large pour ne pas être facilement déstabilisables.

À son échelle, le monde du cheval est lui aussi fait de chapelles. D’un côté les sports équestres. De l’autre les courses. Et à l’intérieur du sport hippique, de nombreuses micro-chapelles plus ou moins perméables. Le plat, l’obstacle et le trot. Ceux qui courent pour la sélection et le commerce, ceux qui galopent après les allocations... Dans nos débats internes aux courses françaises, il y a cette idée que nous sommes les leaders de notre univers, grâce au poids économique de notre filière, à l’importance du PMU et à la présence du Fonds éperon. C’est vraisemblablement une illusion. Car à y regarder de plus près, nous sommes très loin d’avoir la plus grande chapelle et on peut mesurer cela de plusieurs manières.


À la fin de l’année dernière, le ministère du Travail a fixé la liste des organisations professionnelles représentatives de notre filière, en mesurant l’audience des organisations (soit le nombre d'emplois). Le résultat est sans appel : Groupement hippique national (sports équestres) : 61,73 % ; Association des entraîneurs de galop : 24,61 % ; Syndicat des entraîneurs drivers et jockeys de trot : 13,66 %.


Or à l’ère du numérique, c’est encore bien souvent la possibilité de pratiquer qui fait naître les vocations. Permettez-moi de citer deux publications récentes pour illustrer ce propos.

La première : le courtier Hubie de Burgh est installé à Wicklow, au cœur de l’une des plus belles régions d’Irlande. Une île où le cheval en général et les écuries de groupe sont infiniment plus répandus que dans notre pays. Pourtant, dimanche matin, lorsque le Racing Post lui a demandé quel était son plus grand point d’inquiétude pour 2022 (outre-Manche), il a répondu : « Le manque de reconnaissance de l’importance des syndicats de propriétaires, lesquels ont fonctionné avec tant de succès en Australie. Pour un prospect, cela permet de prendre la température avant de se lancer. Et on sait que c’est ce qui permet de faire naître des vocations de propriétaires. »

La seconde : l’Écossais Mark Johnston a récemment fait l’objet d’une biographie qui mérite le détour. Le recordman du nombre de victoires en Grande-Bretagne, après avoir expliqué comment un fils d’un vendeur de télévision peut devenir entraîneur classique, se livre sur les grands thèmes qui lui semblent essentiels concernant l’avenir des courses. Contrairement à son épouse, Mark Johnston n’est pas un grand fan des sports équestres qu’il considère comme « le spectacle le plus ennuyeux de la création. » Mais il explique : « J’aimerais que dans tous les centres équestres de Grande-Bretagne, l’on fasse la promotion des formations et des emplois dans la filière des courses. Nous avons besoin de plus de monde. Comme vous le savez, je n’aime pas les œuvres de bienfaisances [dans le cas où elles sont un prétexte pour remplacer l’impôt, ndlr]. Mais j’aimerais que la filière courses offre des leçons d’équitation à toute personne manifestant un intérêt pour notre univers. Quelque chose qui permette à ceux qui n’ont pas les moyens de découvrir ce qu’est un cheval… et les courses. » Au pays de la sélection, même un libéral comme Mark Johnston plaide pour que l’on élargisse la chapelle ! Certes, à court terme, la France des courses a de solides raisons de croire en sa bonne étoile (des allocations solides, de nouveaux investisseurs…). Mais à plus long terme, tout dépendra de sa capacité à sortir de sa zone de confort pour élargir sa base.

Bonne année à tous !

Une rentrée en deux temps… trois mouvements !

Après dix jours de pause, nous sommes heureux d’entamer avec vous une nouvelle année. Une partie d’entre vous avez également profité de ces derniers jours pour "décrocher un peu". Nous vous proposons donc un rattrapage de l’essentiel de l’actualité hippique en deux temps : aujourd’hui la synthèse des compétitions internationales du 27 décembre au 2 janvier ; et demain soir, la période allant du 23 au 26 décembre.

Pour les courses françaises, nous vous proposons le même découpage : aujourd’hui du 27 décembre au 2 janvier et demain du 23 au 26 décembre. Par ailleurs, en ce qui concerne les courses plates, nous avons fait le choix de ne publier que les courses à conditions, maidens et black types. Et sur les obstacles français, nous avons également opéré une sélection des épreuves disputées depuis le 23 décembre.

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