Les cinq grandes questions pour 2022 en plat

Magazine / 17.06.2022

Les cinq grandes questions pour 2022 en plat

En plat, l’année 2021 a été plutôt difficile. C’est donc avec plusieurs interrogations que nous abordons 2022… Mais aussi avec de l’espoir !

Par Anne-Louise Echevin

L’entraînement français va-t-il rebondir ?

Pour l’entraînement français dans les Groupes, 2021 restera l’annus horribilis. Le score est sans appel : dans les Grs1, 8 victoires pour la France et 20 pour les étrangers. C’est ce qu’on appelle une raclée. Conséquence : les cinq chevaux ayant pris le plus d’argent en France en 2021 sont tous entraînés à l’étranger. Depuis 1994 (le site de France Galop ne permet pas d’aller plus loin), cela n’est jamais arrivé. Autres chiffres : les 100 chevaux les plus riches en France en 2021 ont remporté 23,38 millions d’euros. Parmi ces 100 chevaux, on trouve 71 français qui – accrochez-vous bien – ont décroché 11,23 millions (48 % des 23,28 millions) ! Enfin, le français le plus riche de 2021 en France est Sealiway (Galiway), qui arrive à la septième place du classement : il n’a pas remporté une seule course dans l’Hexagone en 2021.

Les chevaux entraînés en France peuvent-ils faire mieux en 2022 ? En tout cas, ils le doivent. Du côté des chevaux d’âge, cela risque d’être difficile. Les ratings définitifs de l’année 2021 ne sont pas encore connus donc l’exercice est à prendre avec des pincettes. Mais, fin novembre, on trouvait trois français à plus de 120 : Sealiway (123), Skalleti (120) et Suesa (120). Tous sont encore à l’entraînement et Suesa est tout simplement considérée comme la meilleure sprinteuse européenne, catégorie qui a perdu son leader cette année (Battaash). Si l’on fait un tri dans le classement en ne conservant que les européens à plus de 120 restant à l’entraînement cette année, soit 18 chevaux, cela ne s’annonce pas simple : Sealiway, dans la catégorie distance intermédiaire est nettement devancé par Adayar et Mishriff (127 de rating). Skalleti apparaît aussi dans cette catégorie et a devant lui Dubai Honour (121) et Addeybb (121). Une bonne nouvelle est à noter : Mare Australis (Australia), le lauréat du Ganay (Gr1), est de retour à l’entraînement. Si le physique tient, il peut devenir membre du club des 120.

L’espoir se reporte surtout sur les 3ans. Le score de la France dans les Groupes de 2ans en 2021 laisse entrevoir des espoirs : les 2ans français ont gagné l’an passé douze des 21 Groupes qui leur sont réservés. C’est un score plus que correct. Douze Groupes… avec douze sujets différents ! Cinq 2ans entraînés en France ont obtenu un rating supérieur ou égal à 110, un chiffre en ligne avec 2019 (l’année de Victor Ludorum ** et Earthlight **). Qui plus est, le classement des 2ans européens en 2021 fait la part belle aux éléments élevés en France : Native Trail (122), Angel Bleu (115), Noble Truth (113), Royal Patronage (113)… Oui, on élève de bons chevaux en France ! Reste à savoir comment les garder… Notre deuxième point est peut-être une première réponse.

Les allocations en hausse peuvent-elles rebooster la France ?

Au 1er mars 2021 par rapport au 1er mars 2020, l’effectif de 2ans déclarés à l’entraînement en France était en hausse de 13 % : c’était une excellente nouvelle car plus de profondeur a, par répercussion, un effet non négligeable sur la compétitivité. Il y a eu plusieurs explications à cela : France Galop a souligné que la réforme du programme des 2ans avait convaincu, avec des maidens filières, maidens ouverts à tous étalons mais avec conditions restrictives, création de six handicaps, etc. Soit autant d’opportunités pour permettre à chaque type de 2ans d’ouvrir son palmarès – et de décrocher la meilleure allocation possible ! Mais un autre élément est à souligner : en 2021, la prime propriétaire chez les 2ans a été revalorisée par France Galop, passant de 60 à 70 % ! Soit une vraie incitation à investir.

Pour donner envie d’investir, il faut une récompense au bout. C’était donc LA bonne nouvelle, tant espérée, d’une fin d’année 2021 difficile : les allocations, en 2022, repartent à la hausse… et retrouvent leur niveau record de 2017 ! Au lieu d’une enveloppe d’encouragements de 258 M€ (conforme à 2019), le budget total offert en 2022 a été fixé à 278 M€ par France Galop. Il représente une augmentation de 20 M€ (+ 7,75 % vs 2019) et de 30 M€ (+ 12 %) par rapport à 2021. Pour les propriétaires et tous les investisseurs, c’est un signal fort pour l’avenir. Et c’est encourageant, cela donne un certain optimisme.

En comparaison, l’ambiance n’est pas franchement la même chez nos amis britanniques. Pourtant, les allocations repartent aussi à la hausse après deux années difficiles mais les signaux d’alarme autour des niveaux de « prize money » se multiplient : le gouvernement a refusé de réformer – une nouvelle fois – le Levy Board dans l’immédiat et une étude gouvernementale autour des paris (et de leur contrôle) fait craindre une baisse drastique des revenus aux courses… Il y aura probablement toujours de grands propriétaires historiques au Royaume-Uni pour gagner les grandes courses, mais les Britanniques semblent avoir compris une chose ces dernières années : face à la montée en puissance d’autres nations hippiques aux allocations fortes et donc avec un pouvoir financier certain (Hongkong, Australie et les États-Unis par exemple), le prestige ne suffira plus à garder ou attirer les chevaux à l’entraînement dans le pays. Tous les propriétaires ne sont pas Godolphin !

Côté allocations, en Europe, la France de 2022 a de quoi afficher un certain optimisme même si, comme le Royaume-Uni, elle doit aussi faire face à des nations demandeuses de bons éléments du côté des chevaux à l’entraînement. Reste à savoir si les allocations en hausse vont inciter davantage de propriétaires à (ré)investir dans les chevaux, et cela dans tout type de catégories. Notre système de financement repose sur les enjeux, liés aux partants. Plus d’allocations, plus de partants, plus d’enjeux, donc plus d’allocations, etc. ? L’année 2022 sera-t-elle la bonne pour réenclencher un cercle vertueux ?

Quel avenir pour le Sud-Est ?

La fin d’année 2021 a été marquée par "l’affaire Calas" : Frédéric, Cédric et Charley Rossi ont été mis en examen et interdits d’exercer. À eux trois, ils étaient responsables de près de 200 chevaux. Certains sont restés à Calas, rejoignant les boxes des entraîneurs locaux, mais d’autres sont partis du Sud-Est pour aller dans le Sud-Ouest, à Chantilly… Or le programme du Sud-Est faisait l’objet de beaucoup de tensions avant que n’éclate l’affaire Calas. France Galop avait annoncé un remaniement du programme de plat 2022 dans la région dans le cadre de l’optimisation du programme : la situation a encore beaucoup changé depuis cette année.

France Galop ne compte pas prendre de décision hâtive pour les courses du Sud-Est, comme nous le confiait Édouard de Rothschild, président de France Galop, en décembre 2021 : « Le centre d’entraînement de Calas est d’excellente qualité grâce aux importants investissements qui y ont été réalisés ; il a la capacité de rebondir après ce choc. Rien ne dit que ses effectifs vont baisser au-delà d’une limite raisonnable. De plus, les courses marseillaises ne sont pas fermées aux chevaux d’autres régions même si les hippodromes sont éloignés de beaucoup de centres d’entraînement ; nous verrons donc comment évoluent les partants, mais il n’est pas impossible que certains entraîneurs d’autres régions courent plus souvent à Marseille dans les mois qui viennent. Par principe, sur la question du programme, il faut être flexible… mais il ne faut pas non plus prendre de décision hâtive et définitive qui fragiliserait durablement les courses dans le Sud-Est. » L’année 2022 s’annonce malgré tout très particulière dans la région.

Francis-Henri Graffard, la nouvelle superpuissance à Chantilly ?

Au 7 janvier 2022, Francis-Henri Graffard comptait 201 chevaux déclarés à l’entraînement. Et tous les 2ans ne sont probablement pas encore arrivés. Il est, à cette date, l’entraîneur ayant le plus de chevaux sous sa responsabilité à Chantilly. Pour vous donner une idée, l’autre "poids lourd" cantilien, André Fabre, compte 185 éléments à la même date.

En 2021, Francis-Henri Graffard avait loué une troisième cour pour accueillir plus de chevaux. La même année, il a été annoncé comme le successeur d’Alain de Royer Dupré comme premier entraîneur des représentants de Son Altesse l’Aga Khan et il a désormais 80 chevaux des Aga Khan Studs (y compris ceux de la princesse Zahra Aga Khan, au nombre de six) sous sa responsabilité. Mais les autres propriétaires sont toujours là : 21 Al Asayl, sept éléments pour la succession Abdullah et sept aussi pour Son Altesse le cheikh Mohammed Al Thani tout comme pour Al Shaqab, ou encore six pour le haras de la Perelle… Ainsi que le meilleur cheval français de 2021 : Sealiway.

La nouvelle Cravache d’or va-t-elle changer la vie des jockeys ?

Vincent Cheminaud est le dernier jockey français à annoncer son départ pour d’autres contrées, les États-Unis précisément. Il suit les traces d’Antoine Hamelin, parti pour Hongkong comme l’avait fait avant lui Alexis Badel. Avant eux, Flavien Prat a choisi les États-Unis, comme Florent Géroux ou Alexis Achard. D’autres se sont envolés vers Singapour (Marc Lerner, Louis-Philippe Beuzelin) ou la Corée (Johan Victoire)… Et, dans un cas un peu différent, Christophe Lemaire a saisi l’opportunité au Japon. Les jockeys français cartonnent partout dans le monde… Mais pourquoi partent-ils de France ?

D’aucuns ont rejeté la faute sur les femmes jockeys et leur décharge. Cela a pu jouer un rôle car les femmes ont pris davantage de place – ou leur place ? – dans le peloton. Mais, à l’occasion de notre numéro 5.000, en septembre 2021, nous avions aussi montré qu’il y avait une polarisation par le haut du classement : dans la course à la Cravache d’or, les jockeys du top ont beaucoup plus voyagé à travers la France. Par exemple, en 2017, les jockeys du top 3 – Christophe Soumillon, Pierre-Charles Boudot et Maxime Guyon – ont monté, en tout, 4.164 fois, soit 7,9 % des partants ! En 2000, en comparaison, le top 3 avait piloté 5,6 % des partants. La différence, en pourcentage, n’est pas énorme, mais cela représente 1.517 montes et une augmentation des montes de 57 % de 2.000 à 2017… par rapport à une augmentation du nombre de courses de 16 % ! Et autant d’opportunités en moins pour d’autres pilotes par effet de ricochet.

L’annonce du test du nouveau format de la Cravache d’or – à l’anglaise, sur la saison parisienne de plat – n’a pas fait l’unanimité. Pour certains, cela laisserait plus de place à un certain nombre de jockeys pour trouver des opportunités pendant que le top pourra saisir des opportunités à l’étranger. Pour d’autres, c’est faire un cadeau aux top jockeys et cela ne récompensera pas le plus méritant en France, qui se bat d’un bout à l’autre de l’année. La première année de test, en 2022, nous en dira peut-être un peu plus… Peut-être car, au moins au premier trimestre, les opportunités à l’étranger sont tout de même encore limitées (notamment du côté de Hongkong ou du Japon) : le Covid est toujours là.

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