QUI SONT CES PROPRIÉTAIRES QUI DÉCIDENT D’ENTRAÎNER ?

Courses / 13.01.2022

QUI SONT CES PROPRIÉTAIRES QUI DÉCIDENT D’ENTRAÎNER ?

QUI SONT CES PROPRIÉTAIRES QUI DÉCIDENT D’ENTRAÎNER ?

Ils sont propriétaires de leurs chevaux, et les entraînent. Eux, ce sont les propriétaires-permis d’entraîner, un statut qui permet à des non-professionnels d’entraîner jusqu’à cinq chevaux leur appartenant. Qui sont-ils ? Que représentent-ils dans l’Institution ? Quels challenges devront-ils relever pour continuer à exister ? Nous avons interrogé Jacques Le Dantec, président de l’APPE (association des propriétaires-permis d’entraîner) qui remet l’église au centre du village !

Par Alice Baudrelle

Jour de Galop. - Quelle est la situation actuelle des permis d’entraîner en France ?

Jacques Le Dantec. - Tout d’abord, je souhaiterais préciser que le terme de permis d’entraîner est une fausse appellation. Quand on parle d’un permis d’entraîner, cela fait penser à un entraîneur, alors que le terme exact est "propriétaire-permis d’entraîner". J’insiste sur cette notion car nous sommes des propriétaires avant d’être des "entraîneurs" : nous votons dans le collège des propriétaires aux élections de France Galop. J’ai l’impression que dans l’esprit de beaucoup de gens, le propriétaire-permis d’entraîner est un entraîneur amateur. Or un entraîneur est un professionnel qui a des clients, tandis que le propriétaire-permis d’entraîner est un propriétaire qui a la possibilité d’entraîner ses propres chevaux. Il s’agit là d’une différence fondamentale, et on ne peut en aucun cas établir une comparaison entre ces deux statuts.

Paradoxalement, le propriétaire-permis d’entraîner est tenu à la déclaration fiscale et sociale, puisqu’il est considéré par le Code des impôts comme un propriétaire intervenant. Il doit se conduire comme un professionnel du point de vue fiscal et social, alors qu’il est considéré comme un amateur.

Parlez-nous de l’association que vous présidez…

En ce qui concerne l’APPE, elle a été créée en 1985 en Anjou-Maine. À cette époque, les propriétaires-permis d’entraîner étaient éliminés en priorité dans les courses en cas de surplus de partants. Nous n’étions ni connus, ni reconnus, ni entendus : nous n’avions pratiquement pas de place dans les instances. Avec un certain nombre de propriétaires-permis d’entraîner, nous avons donc fondé cette association de défense. Aujourd’hui, les propriétaires-permis d’entraîner ont la possibilité de faire connaître leurs desiderata, et surtout de défendre ce statut de propriétaire un peu particulier. En effet, nous avons une approche du cheval totalement différente d’un propriétaire "classique", puisque nous nous occupons nous-mêmes de nos chevaux au quotidien.

Que représentent-ils en termes d’effectifs et de partants ?

Aujourd’hui, l’APPE regroupe 588 adhérents, et à peu près 450 d’entre eux sont actifs ; il y a d’anciens licenciés qui se sont retirés, mais qui y restent par fidélité et par conviction. En 2020, France Galop a délivré 603 agréments : 566 propriétaires-permis d’entraîner et 37 éleveurs-entraîneurs (qu’on appelait auparavant "autorisations d’entraînement", et dont l’effectif est illimité du moment qu’il s’agit de chevaux issus de leur élevage). Il est intéressant de comptabiliser les gains des propriétaires-permis d’entraîner en pourcentage d’allocations distribuées. Nous sommes des pourvoyeurs de partants, mais nous prélevons extrêmement peu d’argent. En 2020, nous représentions 3,31 % des allocations versées en plat au niveau national, et 5,46 % en obstacle (sachant qu’il y a quelques grandes écuries d’éleveurs-entraîneurs en obstacle, ce qui augmente la proportion des allocations prises). Pas de quoi attirer la jalousie et les critiques des entraîneurs professionnels… Cette année-là, les propriétaires-permis d’entraîner et les éleveurs-entraîneurs représentaient 5.027 partants, contre 7.065 en 2016 et 7.509 en 2014.

Comment expliquez-vous cette diminution ?

Je vois trois causes à cette diminution : la hausse des investissements des propriétaires "classiques" qui a fait monter le niveau des courses en province, le fait que beaucoup de propriétaires-permis d’entraîner ne montent plus à cheval et ont du mal à trouver des jockeys d’obstacle, et le fait qu’il n’est pratiquement plus possible pour eux d’avoir leurs pistes privées, moins performantes que les centres d’entraînement. Voici d’autres chiffres intéressants concernant les propriétaires-permis d’entraîner en 2020. Sept cent quatre-vingts chevaux ont couru en plat contre 403 en obstacle, ce qui représente à peu près 2,30 chevaux par licence. Plat et obstacle confondus, les propriétaires-permis d’entraîner ont présenté 5.027 partants dans les courses françaises. Ce qui représente en plat 11,28 % des partants en province, et 8,87 sur l’ensemble de la France ; en obstacle, 11,23 % en province et 9,26 % en France.

Quel est le rôle des propriétaires-permis d’entraîner au sein de la filière ?

Le but est de permettre à des passionnés d’entraîner leurs propres chevaux, dans la mesure où ils donnent satisfaction à l’examen imposé par France Galop depuis 1996. Avant cet examen, les parrainages étaient parfois de complaisance, et nous avons vu apparaître des propriétaires-permis d’entraîner qui n’avaient pas toujours les connaissances requises. L’APPE a voulu cet examen à partir du moment où beaucoup de courses Premium se sont répandues en province, pour une question de régularité des courses. Aujourd’hui, les propriétaires-permis d’entraîner ont leur rôle à jouer : ce sont des gens qui suscitent des vocations. Nous comptons parmi nos adhérents beaucoup de commissaires, de présidents de sociétés… Je suis moi-même président de l’hippodrome de La Teste, et Jean-Louis Foursans-Bourdette est président du champ de courses de Pau. Les propriétaires-permis d’entraîner ne font pas de cette activité leur métier, c’est leur violon d’Ingres. Cette vision de l’amateurisme est un ancrage pour les courses.

À vous entendre, on a l’impression que la notion d’amateurisme vous tient particulièrement à cœur.

Oui, car il y a une évolution sociétale : les mentalités changent, les valeurs de l’amateurisme s’estompent, et nous assistons à des dérives. Il y a des propriétaires-permis d’entraîner qui oublient le mot "propriétaire", et qui ne gardent que le mot "entraîner". Ils veulent essayer de faire ce que font les professionnels, mais sans en avoir les contraintes. Auparavant, les propriétaires-permis d’entraîner étaient tous des gens qui avaient une profession à part, et qui montaient à cheval avant de partir au travail. Ils n’avaient pas envie de profiter d’un statut qui est un privilège en France (en Angleterre, ils n’ont pas le droit de courir dans les courses plates, uniquement dans les point-to-point). Il s’agit de ne pas abuser de ce privilège, dont certains profitent en créant une déviance. L’APPE a toujours protégé ses adhérents et les défendra bec et ongles s’il le faut… mais pas ceux qui tricheront ! Ainsi, je demande à l’Institution d’être la plus vigilante et la plus ferme possible envers ceux qui ne respectent pas les règles déontologiques de leur statut de propriétaire-permis d’entraîner.

Avez-vous un projet d’avenir à l’APPE ?

Nous réfléchissons actuellement à une refonte de l’examen, qui accorderait beaucoup plus d’exigence au niveau du respect du cheval, mais aussi plus de questionnement sur la connaissance des chevaux de course et des soins. Je présenterai d’ailleurs cette réforme de l’examen à Henri Pouret dans quelques semaines. Les propriétaires-permis d’entraîner ont leur place et doivent la garder, mais ils doivent en parallèle respecter ce statut pour ne jamais faire d’ombre aux professionnels, et ne pas essayer de les concurrencer de façon illégale.