TRIBUNE LIBRE : "Bons" chevaux ou "mauvais" chevaux ? Le premier sujet des allocations, c’est leur niveau global

Institution / Ventes / 25.01.2022

TRIBUNE LIBRE : "Bons" chevaux ou "mauvais" chevaux ? Le premier sujet des allocations, c’est leur niveau global

TRIBUNE LIBRE

"Bons" chevaux ou "mauvais" chevaux ? Le premier sujet des allocations, c’est leur niveau global

Par Hubert Tassin, président des PP

Le débat lancé par Jour de Galop dans son édition du 12 janvier avait, de l’aveu même d’Anne-Louise Echevin, un intitulé un peu provocateur. Comme la rédactrice le précisait, en demandant si « la France (donnait) trop d’argent aux mauvais chevaux », elle aurait pu aussi bien titrer en se demandant si elle donnait « trop d’argent aux bons chevaux ». Et, bien sûr, la définition du bon et du mauvais cheval porte par construction à contestation.

Le débat ouvert concerne le programme de plat. Celui de l’obstacle, extrêmement élitiste, pose des questions différentes, y compris en comparaison avec celui de la Grande-Bretagne. Un seul chiffre : celui des handicaps qui représentaient dans l’année de référence 2019 (avant les perturbations de l’épidémie) 61 % des courses de la spécialité au Royaume-Uni et 17 % en France. Le sujet est bien distinct de celui du plat, même si, dans les deux cas, c’est le nombre de chevaux à l’entraînement qui est le grand problème à traiter.

Les trois objectifs qui cadrent la stratégie de programme. Pour ce qui concerne le plat, c’est l’équilibre du programme qui fait débat. Pour comprendre les termes de sa définition, c’est le modèle de nos filières qui fixe les impératifs.

L’objectif économique immédiat est d’assurer le financement des courses de Galop et des retours à l’État, en proposant pour les paris, des épreuves à la fois nombreuses, diversifiées, ouvertes, et avec chaque jour au moins un tiers réunissant des champs de douze partants et plus.

L’objectif économique justifiant le reversement par l’État d’une part des prélèvements pris sur les paris hippiques est le développement de filières larges et réparties sur le territoire national. L’État attend de nous un maintien et même une progression de l’emploi, des missions d’aménagement et d’animation des territoires, la compétitivité internationale de notre élevage et de notre entraînement, une dynamique à l’international organisant une balance des paiements positive.

L’objectif de compétition à tous les niveaux qui implique des effectifs nombreux – l’ultra minimum de prospérité pour le Galop tout entier se situe à 10.000 chevaux à l’entraînement, 40 % du niveau britannique actuel – et une hiérarchie des allocations respectant la valeur montrée en course par les chevaux.

Ce sont les allocations qui ont permis à la France d’être un grand pays de courses et d’élevage. Ainsi posée, l’équation n’est pas simple à résoudre. La voie est forcément étroite et explique pourquoi l’équilibre défini chaque année est instable et doit sans cesse être corrigé. D’autant que, forcément, des intérêts catégoriels différents exercent des pressions dans un sens ou l’autre et que la voie moyenne induit obligatoirement des contestations.

Le modèle de financement des allocations par les paris hippiques est bien ce qui permet à la France de figurer parmi les grands pays de courses et d’élevage. Les propriétaires ont eu un taux de couverture des frais d’entraînement supérieur à pratiquement ceux de tous les pays et, sans supporter des pertes comparables aux Britanniques par exemple, sont finalement assez nombreux sur longue période pour assurer l’activité. La prime à l’éleveur est une spécificité qui explique la position des Français dans ce cadre d’un fonctionnement moins déficitaire. Nous n’avons pas la culture hippique de sacrifice des Anglais, mais nous avons eu le pétrole des allocations. La crise d’aujourd’hui est celle de la chute des allocations en termes réels.

Les chiffres sont sans appel au plan européen. Les allocations et primes françaises des courses de Galop se montaient en 2019 à 256 millions d’euros, 15,8 millions (6,2 %) étant financés par les propriétaires, 3,2 % par des produits de parrainage, et rien (et même du négatif) par les hippodromes. Les allocations anglaises (qui sont le total puisqu’il n’y a pas de courses de trot) s’établissaient à la contre-valeur de 230 millions d’euros (pour un effectif 2,5 fois supérieur), financés à hauteur de 34 % par les paris, 15 % par les propriétaires et 51 % par les hippodromes et les parrains.

C’est le financement par le pari qui assure l’existence même des filières françaises du plus bas au plus haut niveau. Il pèse plus de 90 % des ressources.

Les moyennes de gains croissent en fonction de la valeur handicap. Au-delà de la comparaison brute qui explique pourquoi les courses et l’élevage en France ne sont pas dans la même configuration difficile que dans les deux autres grands pays du continent (l’Allemagne et l’Italie), on ne peut pas nier de vrais problèmes. Le plus visible est la compétitivité dégradée de notre entraînement et (un peu moins) de notre élevage de plat au plus haut niveau européen. Mais, la crise profonde qui affecte la grande majorité des acteurs est une autre donnée qui demande une action vigoureuse de redressement.

Il y a évidemment débat. Je ne pense pas que le profil de distribution des allocations soit pénalisant pour les catégories supérieures, au contraire. Le programme français se caractérise par des dotations plus que dans les standards pour les groupes, et très élevées par rapport aux équivalents britanniques pour les courses en amont des Listeds, les Maidens et Classes 1 et 2. Surdoter ce programme d’amont comme nous le faisons ne peut pas vraiment nuire à la suite.

Cette spécificité est ancienne (du temps des Maidens et prix de série, puis des courses A, B et C). Elle offre de vraies récompenses aux circuits préparatoires. Il y a un élément qui a renforcé cette surdotation : l’impératif de compétition qui bâtit les programmes de façon à ce qu’en moyenne, les espoirs de gains soient croissants en fonction des valeurs handicap.

La hiérarchie est respectée. Bien sûr, les défenseurs de la base trouveront – à juste titre dans la crise systémique actuelle – que l’écart entre les gains moyens des petites valeurs, des valeurs moyennes et des valeurs hautes est excessif. Bien sûr, les élitistes vont considérer que la progressivité est trop faible. C’est la discussion de programme.

Les comparaisons internationales entraînent une compétition extérieure pour toutes les catégories. Les uns et les autres ont leurs arguments, mais ne peuvent pas vraiment se plaindre dans les limites des enveloppes aujourd’hui bien insuffisantes. Les comparaisons internationales mettent en évidence l’attractivité de nos grandes épreuves – illustrée par le niveau des concurrents étrangers. Elles sont plus qu’au niveau avec un financement par les propriétaires inférieur de plus du tiers et sans même prendre en compte les primes accordées aux propriétaires de chevaux français et assimilés (ainsi qu’à leurs éleveurs). Les catégories inférieures tiennent aussi très largement la comparaison et sont également de ce fait sous une pression concurrentielle étrangère comme cela est souligné dans l’article de JDG.

Le financement des allocations par le pari apporte en net aux propriétaires au programme "d’en haut" nettement plus que celui des Anglais, qui ponctionne en priorité les propriétaires. Les plus élitistes ne trouvent des arguments pour se plaindre que dans la part – à leurs yeux excessive – laissée aux catégories d’en dessous. Ce sont pourtant elles qui font la recette et finalement financent les groupes. Et qui ont donc besoin d’être soutenues.

L’objectif : reconstituer les effectifs. Le problème d’aujourd’hui est sans doute l’insuffisance des enveloppes. Revenues cinq ans en arrière cette année, les allocations couvriraient moins de 40 % des frais d’entretien d’un effectif de chevaux au Galop de 10.000. Pour retrouver ce minimum, il faudra une progression de 8 % des allocations. C’est un vrai minimum, puisqu’il se compare avec 23.500 chevaux en Grande-Bretagne (et 14.000 pour le plat seul). Revenir à 50 % du grand concurrent est indispensable pour espérer retrouver de la compétitivité. C’est le nombre qui fait finalement la qualité.

La filière paie cher la concurrence des paris sur le football sans modification de la fiscalité des paris hippiques. Elle a subi aussi la stratégie de baisse volontaire du chiffre d’affaires des paris PMU menée en 2018 et 2019. Aujourd’hui, le PMU suit une politique offensive et plus conforme aux fondamentaux de sa clientèle (soutien au quinté, reprise de l’offre). Cela va donner de la marge, même si, pour bâtir sur le moyen et le long terme, un nouveau projet commun avec l’État sera indispensable.

Dans la conjoncture du moment, c’est sur le milieu et le bas des catégories qu’il faut, à mon sens, faire porter en priorité le rattrapage. On a vu que la compétitivité financière de nos courses du haut niveau n’est pas en cause et ne nécessite pas un effort prioritaire. En revanche, les chevaux qui forment la base, qui sont aussi ceux qui peuvent assurer la progression des paris, ont un vrai besoin de redressement. Il faut aussi reconstituer un tissu de propriétaires qui a été très affecté par la crise : l’objectif de retour aux 10.000 chevaux à l’entraînement est une priorité incontournable.