<span class="highlightSearchResult">Tribune</span> libre : un regard sur les Grs1 à travers le monde en 2021

Courses / 05.01.2022

Tribune libre : un regard sur les Grs1 à travers le monde en 2021

Par Hubert de Rochambeau

« Les Grs1 en Europe, aux États-Unis, au Japon et en Australie sont les épreuves majeures du programme de sélection. Ces courses servent à choisir les futurs étalons et à tester les reproducteurs en activité.

En Europe, les duettistes de Jim Bolger ont marqué le début de la saison. Poetic Flare (Dawn Approach) a couru six Grs1 pour deux victoires (2.000 Guinées, St James's Palace) et trois deuxièmes places (Irish 2.000 Guinées, Sussex Stakes, Jacques Le Marois). Il a été vendu au Japon et nous suivrons sa carrière d'étalon avec intérêt car il allie classe et robustesse. Mac Swiney (New Approach) a ajouté les Irish 2.000 Guinées au Gr1 qu'il avait gagné à 2ans (Vertem Futurity). Il a logiquement, lui aussi, sa place au haras.

Avec St Mark's Basilica (Siyouni) nous entrons dans le groupe des très bons poulains. Il est resté invaincu en quatre Grs1 à trois ans (Poule d'Essai, Jockey Club, Eclipse et Irish Champion) après son Gr1 à deux ans dans les Dewhurst. Je n'ai qu'un seul regret : ne pas l'avoir vu sur la distance classique. Il marque la réussite de l'élevage français en général et celle de son père, Siyouni (Pivotal) en particulier. Il est l'étalon le plus cher qui intègre Coolmore en 2022 ! C'est aussi un grand honneur pour Pivotal (Polar Falcon). Siyouni et Pivotal nous rappellent qu'il est possible d'être un très bon étalon après une carrière de course bonne sans être exceptionnelle ! Cabaret, la mère de St Mark's Basilica, est une fille de Galileo, ce qui compliquera un peu les croisements.

2021 a aussi été l'année de Godolphin et de Charlie Appleby. Commençons par les deux fils de Frankel, Adayar et Hurricane Lane. Le premier a gagné le Derby (Gr1) et les King George (Gr1) avant de s'embourber dans les terrains lourds de fin de saison. Le second a remporté l'Irish Derby, le Grand Prix de Paris et le St. Leger (Grs1). Il s'est classé aussi deuxième du Derby et troisième de l'Arc. Tous les deux restent à l'entraînement et il sera intéressant de voir ce qu'ils donnent en 2022. La tenue de Galileo se transmet bien dans la descendance de Frankel. Nous avons là deux très bons poulains classiques, ce qui nous change de ces météores qui disparaissent après une victoire sur 1.200m !

L'automne a été marqué par l'émergence de Baaeed (Sea the Stars), la dernière merveille de Shadwell. Il est invaincu en six courses dont deux Grs1, le Moulin et les Queen Elizabeth. Il est intéressant de voir un fils de Sea the Stars (Cape Cross) avec autant de vitesse, grâce, notamment, à Kingmambo (Mr. Prospector).

Sealiway (Galiway) mérite indéniablement de figurer dans cette tribune. Gagnant du Lagardère à 2ans, il a fini deuxième du Jockey Club (Gr1) puis a remporté les Champion Stakes (Gr1) après une rentrée prometteuse dans l'Arc. Lors de sa victoire à Ascot, il battait notamment Mishriff (Make Believe), dont nous reparlerons, et Adayar. Galiway (Galileo) s'affirme comme un étalon améliorateur. Sur les 124 produits en âge de courir par Galiway, 33 sont issus de filles de Kendargent (Gold Away). Quatre ont gagné une course principale.

Chez les chevaux d'âge, Palace Pier (Kingman) a ajouté trois Grs1 aux deux gagnés à 3ans (Lockinge, Queen Anne, Jacques Le Marois pour la seconde fois en devançant Poetic Flare). Il est battu d'un nez par Baaeed dans les Queen Elizabeth II.

Le Godolphin Space Blues (Dubawi) est bien connu des Français. Il a débuté dans les handicaps avant de gagner le Maurice de Gheest (Gr1) à 4ans, le Prix de la Forêt (Gr1) à 5ans, puis a conclu sa carrière en remportant le Breeders Cup Mile (Gr1).

Le cas de Mishriff (Make Believe) est intéressant. Deuxième du Saudi Derby à 3ans, il a ensuite gagné le Jockey Club (Gr1). Il a confirmé son aptitude au dirt en gagnant, en février, la Saudi Cup. Il battait Charlatan (Speighstown) et Knicks Go (Paynter), dont nous reparlerons. Il a enchaîné avec le Dubai Sheema Classic (Gr1). Il sera ensuite troisième des Eclipse et deuxième des King George (Grs1) avant de remporter les International Stakes (Gr1) à York. La dotation "extravagante" de la Saudi Cup a fait exploser l'Average Earning Index de Make Believe ! Ces dotations hors normes posent un problème statistique complexe. Par ailleurs, la victoire de Mishriff sur le dirt interroge la valeur comparée des chevaux européens et américains.

Nous terminerons cette revue européenne avec le gagnant de l'Arc, Torquator Tasso (Adlerflug). Ce bon cheval, deuxième du Derby allemand (Gr1) et gagnant de deux Grs1 sur la distance classique, a profité de l'alourdissement du terrain à Longchamp pour battre Tarnawa (Shamardal) et les duettistes de Godolphin. Sa victoire confirme la valeur d'Alderflug, disparu cette année, et l'efficacité de la sélection allemande pour produire des chevaux qui allient classe et tenue.

Outre-Atlantique, j'estimais beaucoup le Godolphin Essential Quality (Tapit). Après avoir gagné deux Grs1 à 2ans, il a enchaîné cette année avec les Belmont et les Travers (Grs1). Sa défaite dans le Kentucky Derby (Gr1) est sans doute due à un mauvais parcours. La Breeders Cup Classic (Gr1) a été le révélateur de la valeur de cette génération classique. Medina Spirit (Protonico) et Essential Quality n'ont rien pu faire face à Knicks Go (Paynter). Très bon à 2ans (Breeders' Futurity, Gr1), Knicks Go a raté son année de 3ans. Il a couru trois fois à 4ans remportant en fin de saison le Breeders Cup Dirt Mile (Gr1). Son année de 5ans a été splendide, couronnée par ses succès dans la Pegasus World Cup Invitational (Gr1) et les Whitney Stakes (Gr1). Finalement, le meilleur 3ans américain est peut-être Life Is Good (Into Mischief,) comme le remarquait Franco Raimondi, après sa victoire dans le Breeders Cup Dirt Mile (Gr1). Fera-t-il aussi bien que Knicks Go en 2022 ?

Le programme japonais est calqué sur le programme européen et les courses sont disputées par des lots nombreux sur des pistes bien dessinées. Deux chevaux ont retenu mon attention. Efforia (Epiphaneia) a gagné les Satuski Sho (Gr1, 2.000m) avant de finir deuxième du Tokyo Yushin (Derby). Il prendra sa revanche à l'automne en gagnant le Tenno Sho sur la distance classique devant Contrail (Deep Impact). Ce dernier vient de rentrer au haras pour marcher sur les traces de son père. Gagnant des Hopeful Stakes (Gr1) à 2ans et de trois Grs1 (Satsuki Sho, Tokyo Yushin et Kikuka Sho) à 3ans, il a été bttu dans la Japan Cup (Gr1), en 2020, par Almond Eye (Lord Kanaloa), et s'impose dans la même course en 2021.

Après deux ans d'efforts, je n'arrive toujours pas à comprendre le programme de sélection australien. Les courses sont très bien dotées et la filière est très dynamique, mais les hongres, les femelles et les juments sont majoritaires dans les Grs1. Les tracés des hippodromes sont curieux avec beaucoup de tournants et des lignes droites très courtes ! Pour finir, les courses les mieux dotées ne sont pas des Groupes. Le comité qui gère ces courses ne fonctionne plus, si j'ai bien compris.

J'ai malgré tout repéré deux chevaux entiers qui pourraient être intéressants s'ils viennent faire la monte un jour en Europe. Le premier est le Godolphin Anamoe (Street Boss). Ce très bon finisseur aime attendre en queue de peloton avant de finir en trombe, mais le profil des hippodromes ne l'aide pas. Malgré cela, il a gagné les Inglis' Sires (Gr1) à 2ans et les Caulfield Guineas (Gr1) à 3ans. Il vient de finir deuxième de State of Rest dans le Cox Plate Gr1). Au vu des performances de ce dernier en Europe, ce résultat interroge sur la valeur des courses australiennes !

Le second est Mo'unga (Savabeel). Ce cheval néo-zélandais vient de gagner les Rosehill Guineas (Gr1) sur 2 000m, et les Winx Stakes (Gr1) sur 1.400m. Les entraîneurs australiens n'hésitent pas à passer très rapidement d'une courte distance à une distance moyenne. Ainsi Sir Dragonet (Camelot), qui avait couru sur 2.000m et plus en Europe, a couru un Gr1 sur 1.400m en février, puis une course richement dotée sur 1.600m en mars.

Il y a donc de bonnes perspectives pour ces futurs étalons après une année marquée par la disparition des champions de Coolmore et de Cheveley Park. »