À la Une  … Pourquoi Cagnes continue à faire recette

Courses / 21.02.2022

À la Une … Pourquoi Cagnes continue à faire recette

Qui est déjà allé sur la Côte d’Azur l’hiver le sait. Un climat particulièrement clément quand il gèle souvent au nord de la Loire, une multitude de restaurants pas assaillis par les touristes, un arrière-pays qui a séduit d’innombrables artistes, de Picasso, Matisse, Bracque à Jacques Prévert ou Jean Cocteau… Il fait bon vivre quand on décide de passer l’hiver à Cagnes-sur-Mer, dans une ambiance plus relax que celle de Deauville en août. Est-ce suffisant pour expliquer l’engouement autour du meeting cagnois, alors qu’au fil des ans, le calendrier s’est densifié en région parisienne ?

Si l’on veut du gazon, c’est à Cagnes qu’il faut aller !

Longtemps, le meeting de Cagnes avait quasiment le monopole sur le plat l’hiver, avec sa P.S.F., la première à avoir vu le jour en France. Puis, d’autres hippodromes ont été équipés, et à partir de 2014, des réunions à Chantilly puis à Deauville se sont ajoutées au calendrier alors que le meeting azuréen battait son plein. Avec l’éclairage de Deauville, on peut imaginer que l’hippodrome normand prenne de plus en plus d’importance pendant l’hiver.

Photo 3 (photomaton) : Pierre Laperdrix - Crédit ScoopDyga

Pierre Laperdrix, en charge du calendrier et du programme à France Galop, explique : « Cagnes et la région parisienne ou Deauville sont éloignés géographiquement, si bien que l’on n’essaie pas forcément de créer des programmes radicalement différents entre ces hippodromes. Petit à petit, l’offre hivernale en région parisienne s’est densifiée, pour répondre à la demande des professionnels ne souhaitant pas déplacer une partie de leurs effectifs à Cagnes, ce qui représente un coût non négligeable. Par exemple, il y a deux ans, une seule course d’inédits pour 3ans se disputait en région parisienne. L’an dernier, nous sommes passés à deux, et cette année, il y en a quatre. Le nombre de partants (51 sur les 4 courses) montre que cela répondait bien à une demande.

Pour autant, Cagnes garde ses spécificités et continue à faire le plein. Si l’on veut courir sur le gazon en janvier ou début février, il faut aller à Cagnes ! De même, un cheval entre 38 et 42 de valeur trouvera un programme plus intéressant dans les Quintés cagnois, avec des allocations plus élevées que dans les handicaps de catégorie parisiens. Un seul Quinté est organisé en plat ailleurs qu’à Cagnes pendant le meeting : il s’agit du Quinté deauvillais qui s’est disputé le 5 février, mais sur 1.300m P.S.F., une distance que l’on ne propose pas dans l’offre cagnoise au niveau des événements. Concernant l’offre en maidens et courses à conditions, je pense qu’elle est assez fournie à Cagnes, avec des opportunités aussi bien sur la P.S.F. que le gazon. Par rapport à des maidens régionaux, dotés de 18.000 €, les maidens cagnois sont à 23.000 €. En région parisienne, l’allocation est de 27.000 €. »

Au service des professionnels

Alain Le Tutour, directeur de l’hippodrome de Cagnes-sur-Mer et du centre d'entraînement, nous a expliqué quelles étaient selon lui les forces du meeting de Cagnes-sur-Mer : « Il est clair que notre vrai atout est le gazon. Environ 42 % des courses que nous organisons durant le meeting se courent sur cette surface. Avoir une piste supplémentaire en gazon nous permettrait d’organiser plus de courses et c’est d’ailleurs une question que nous nous posons. Le climat de la Côte d’Azur est une autre de nos forces. Cette année, il n’a plu qu’une seule fois durant le meeting, une journée durant laquelle aucune course n’était organisée. Et sans aucune intempérie, contrairement aux années précédentes, la piste a bien tenu, comme ont pu le constater les professionnels. Le seul reproche que l’on nous fait vient en réalité du centre d’entraînement, non pas de la qualité de nos installations, qui sont tout à fait correctes, mais du fait, qu’en raison des horaires des courses, il est parfois difficile de terminer le troisième lot le matin. Cela fonctionne car les professionnels jouent très bien le jeu, mais le fait de commencer très souvent à 11 h est parfois très pénalisant pour eux. 

Thomas Roucayrol, directeur administratif de la Société des courses de Cagnes-sur-Mer, nous a expliqué : « Lors du meeting, les boxes sont payants à hauteur de 50 € par mois, une somme vraiment symbolique, et nous offrons les copeaux. Les boxes de passage, juste pour une durée de 72 heures, sont quant à eux offerts. Cette année encore, nous avons eu plus de demande de réservation de boxes que ce que nous proposions. Pour les 450 boxes dont nous disposons pour le meeting de plat, nous avons eu 597 demandes, réparties ainsi : 10 % du Sud-Est, 70 % pour le reste de la France et 20 % en provenance de l’étranger. Au moment de l’attribution, nous avons bien sûr privilégié les entraîneurs français. »

Dans le passé, Cagnes était connu pour offrir des conditions favorables pour les chevaux remplissant certains critères. Ainsi un cheval qui courait trois fois durant le meeting de plat voyait ses frais de boxes offerts et les propriétaires qui avaient un partant dans la Listed se voyaient offrit l’hébergement. « Cela n’est plus d’actualité depuis 2019, nous a confié Thomas Roucayrol. La Covid est, depuis, passée par là avec son impact sur les budgets, donc ce n’est plus à l’ordre du jour pour l’instant. »

Cagnes a ses inconditionnels…

Didier Prod’homme : « Le niveau des maidens hivernaux à Cagnes n’est pas moins relevé qu’à Paris »

Didier Prod’homme est un autre inconditionnel du meeting de plat de Cagnes. Installé à Maisons-Laffitte le reste de l’année, il s’y rend depuis sa plus tendre enfance. Il a d’ailleurs toujours connu une grande réussite dans un endroit qu’il qualifie de plaisant : « Ce meeting nous a toujours énormément réussi. Depuis enfant, j’y ai mes habitudes, cela fait donc quelques années (rires). Dans la région, j’ai également beaucoup d’amis et mes clients ont, dans la majorité, un lien fort avec la Côte d’Azur... Cela permet également à ma fille et associée, Pauline, de driver des trotteurs. C’est un endroit vraiment plaisant. De plus, j’ai toujours eu une grosse préférence pour les pistes en gazon. Je n’ai qu’un souhait à soumettre, c’est que la P.S.F. puisse être refaite car elle se fait vraiment vieille. Les chevaux profitent également du soleil. Puis, lorsque l’on s’amuse à comparer le niveau des maidens hivernaux parisiens à ceux de Cagnes, ils ne sont certainement pas moins relevés. Nous avons nos habitudes, nous n’avons pas trop l’intention de changer cela. 

Mes clients sont pratiquement tous de cette région. Maintenant, on se limite dans le nombre de chevaux que l’on entraîne mais, à une période, j’aurais pu avoir trente-cinq ou quarante chevaux en meeting, car l’on me demandait d’aller courir l’hiver à Cagnes. Par manque de place, cela m’est d’ailleurs souvent arrivé de refuser des propriétaires en meeting... »

Christophe Ferland : « J’y amène des chevaux estimés, que l’on souhaite mieux juger pour le reste de la saison. »

Photo 6 : Christophe Ferland ne peut pas faire autrement que courir l’hiver à Cagnes

Christophe Ferland est un habitué de Cagnes-sur-Mer et, pour lui, se déplacer sur la Côte d’Azur est à la fois une nécessité et un vrai plaisir. « À Cagnes-sur-Mer, on court dans de bonnes conditions. Nous n’y trouvons pas les pistes aussi lourdes que celles que l’on peut trouver au printemps. J’y amène des chevaux estimés, qui sont souvent entredeux : des éléments qui vont gagner leur maiden mais que l’on souhaite mieux juger pour le reste de la saison. C’est le cas avec Trop Prête (Intello) par exemple : elle avait très bien débuté à 2ans puis a eu des petits soucis de santé. Nous ne savions pas vraiment comment la situer donc nous l’avons amenée à Cagnes-sur-Mer. Elle a gagné son maiden, puis est allée vers la Listed où elle a bien couru. Mais elle n’a pas été engagée dans les classiques car elle a montré être juste pour ces courses-là.

Nous sommes dans une ère où il y a des courses toute l’année, donc il faut courir. En ce qui me concerne, je n’ai pas d’autre choix que de me déplacer, les déplacements sont notre quotidien. Plus près, il y a la P.S.F. de Pau mais vous ne trouvez pas là-bas la même offre de programme qu’à Cagnes : vous êtes vite limités dans l’offre de maidens, de courses à conditions ou de bons handicaps pour des chevaux de Quinté. Les courses à conditions de Cagnes permettent de faire rentrer de bons chevaux d’âge dans les préparatoires au Grand Prix. Ensuite, côté concurrence, vous allez peut-être affronter des Rouget, Vermeulen et autres à Cagnes… mais vous trouverez aussi une concurrence forte en région parisienne ou à Deauville l’hiver ! Selon moi, ce n’est pas un argument. L’argument premier est le coût d’un déplacement à Cagnes : d’abord pour l’entraîneur puis pour le propriétaire.

Si je venais un jour à m’installer à Chantilly – puisqu’on me pose régulièrement la question et même si n’est pas à l’ordre du jour –, je continuerais à aller à Cagnes. C’est aussi culturel. Et les employés aiment aussi aller à Cagnes : que ce soit dans le Bassin d’Arcachon ou en région parisienne, vous évoluez dans la grisaille et cela fait plaisir de se rendre au bord de la Méditerranée. C’est très agréable pour tout le monde, et aussi pour les propriétaires : Cagnes-sur-Mer est très facilement accessible, depuis la France ou l’étranger, et il est facile de venir y passer un bon week-end. »

… Ceux qui aimeraient du changement

Mathieu Boutin : « Pourquoi ne pas créer uniquement deux pistes en gazon réservées au plat à Cagnes ? »

Mathieu Boutin effectue le déplacement depuis de nombreuses années avec ses pensionnaires pour participer au meeting de plat de Cagnes-sur-Mer. Conscient des frais importants que cela représente, l’entraîneur cantilien met surtout l’accent sur la concurrence des étrangers qu’il juge déloyale.

« Dans un premier temps, nous allons à Cagnes pour le plaisir de changer d’air. Cela nous permet de travailler de manière différente et de pouvoir exercer dans un contexte différent du reste de l’année. Ensuite, il est vrai que le programme est de moins en moins alléchant par rapport à ce que l’on peut désormais nous proposer en région parisienne. Ces nouveaux changements nous font prendre des risques financiers plus importants. Mais, le pire, c’est la concurrence des étrangers qui est, à mon sens, déloyale. À l’avenir, je pense que le meeting devra se réformer car il aura du mal à lutter avec la densification du programme parisien. Pour revenir sur les étrangers, de base, ils devaient être accueillis pour rehausser le niveau des bonnes courses afin de pouvoir assurer une concurrence internationale. Nous n’avons pas besoin d’eux pour venir gagner un handicap en valeur 22 ! 

Dans un futur proche, l’hippodrome de Cagnes-sur-Mer devra densifier son programme sur le gazon. Cela permettra de trouver une alternative à la région parisienne ou encore à Lyon-La Soie. Car, si l’on court encore souvent sur la P.S.F. avec des allocations moins alléchantes qu’en région parisienne, nous aurons de moins en moins d’intérêts à y aller... Densifier le nombre de courses sur le gazon est une bonne alternative pour pérenniser ce meeting. L’état des pistes en gazon de Cagnes se sont nettement améliorées, notamment au niveau de l’enracinement. Nous pouvons également envisager la possibilité d’arrêter de courir sur la P.S.F. et de courir uniquement sur le gazon. Je pense que c’est une idée qui mérite d’être prise très au sérieux. Comme n’importe quelle piste, une surface en sable fibrée demande un entretien régulier, et elle finit, tôt ou tard, par être changée. Je ne suis pas spécialiste des sols, mais je ne pense pas qu’une piste en sable coûte nettement moins cher, en entretien, qu’une piste en gazon...Il y a une vingtaine d’années, lorsqu’ils l’ont créée, cela apportait peut-être un plus, mais on peut désormais se poser la question de son utilité. Alors, pourquoi ne pas créer deux pistes en gazon réservées au plat sur la Côte d’Azur... ? »

… Et ceux qui ont arrêté

Simone Brogi : « Je préfère courir un mois et demi à domicile plutôt que faire le déplacement à Cagnes »

Installé à Pau, Simone Brogi avait l’habitude de participer au meeting de Cagnes-sur-Mer. Mais depuis que la P.S.F. paloise a été refaite, l’entraîneur préfère courir ses pensionnaires à domicile.

« Aujourd’hui, nous avons beaucoup plus d’opportunités pour courir en hiver. Avant, il y avait quelques réunions à Deauville, à Cagnes et un peu à Pau, mais le programme n’était vraiment pas développé. Maintenant, cela a beaucoup changé. Il y a beaucoup plus de courses à Chantilly et Pau a désormais un vrai programme. L’année dernière j’avais notamment gagné à Pau avec Gregolimo (Galiway). Quand on peut, il est important de pouvoir épargner des kilomètres à ses employés, ses clients et ses chevaux car nous voyageons tout le reste de l’année. Je préfère courir un mois et demi à domicile plutôt que faire le déplacement à Cagnes surtout que maintenant, la P.S.F de Pau est bien meilleure. Envoyer un cheval à Cagnes-sur-Mer durant le meeting coûte aussi plus cher. Sur le mois, cela représente 80 % de surplus. Un salarié en déplacement représente aussi 50 € par jour. Il faut donc être rentable et envoyer des chevaux compétitifs. Sinon cela ne vaut pas le coup. Nous ne nous déplaçons pas pour prendre des quatrièmes places. Et en courant mes meilleurs chevaux à Pau, je n’ai plus trop de choix pour Cagnes. À l’époque avec monsieur Rouget, j’étais habitué à y aller. Depuis mon installation, j’ai dû faire deux meetings avec mes pensionnaires. C’était avant les travaux réalisés sur la P.S.F de Pau. »

 

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