Dans les cuisines des grands éleveurs : à La Motteraye, un bonheur ne vient jamais seul

Élevage / 28.02.2022

Dans les cuisines des grands éleveurs : à La Motteraye, un bonheur ne vient jamais seul

À la manière des grands chefs, ils ont leurs secrets pour élaborer les champions de demain… Jour de Galop vous propose une immersion dans les cuisines des éleveurs du top 40 de plat et d'obstacle en 2021, qui ont bien voulu nous dévoiler leurs plans de monte pour la saison 2022. Aujourd’hui, nous avons rendez-vous à La Motteraye Consignment.

Par Adrien Cugnasse

Le printemps, la saison des naissances, c’est une période à part dans la vie des éleveurs. Mais un bonheur ne venant jamais seul, deux chevaux élevés chez Gwenaël Monneraye et Lucie Lamotte ont gagné un Groupe en huit jours. Alenquer (Adlerflug) a remporté le Winter Derby (Gr3) facilement. On pourrait le revoir à Dubaï pour la Sheema Classic (Gr1). Il y a peu, Pao Alto (Intello) s’est imposé dans l'Irish Thoroughbred Marketing Cup (Gr2 local) à Doha. Lui aussi devrait être revu dans les Grs1. Gwenaël Monneraye explique : « L’année commence bien sur le plan sportif ! Cette année, je n’ai qu’une seule jument qui va partir à l’étranger. Toutes les autres restent en France. Les voyages sont bien plus compliqués. Et puis nous avons investi dans les parts d’étalons français. Je pense que les éleveurs de notre pays ne craignent plus de regarder les anglo-irlandais droit dans les yeux en ce qui concerne l’élevage. Il n’y a plus de complexe. Nous avons travaillé chez eux. Nous savons comment ils travaillent. Les syndications fonctionnent bien en France. L’élevage français à un bel avenir. Nous-mêmes avons investi dans des terres. Et nous essayons d’être très exigeants : les propriétaires veulent avoir des nouvelles de leurs chevaux. C’est pourquoi nous envoyons photos et vidéos régulièrement. Nos bâtiments ont été conçus pour que le personnel ne passe pas son temps à curer les boxes. Mais plutôt à s’occuper des chevaux et à apporter ce qui constitue de la plus-value dans leur travail. Nous souhaitons proposer un service haut de gamme. »   

Des juments confirmées. Gwenaël Monneraye poursuit : « Peaceful Love (Dashing Blade), la mère de Pao Alto, est âgée de 22ans. Elle ne va plus reproduire. Son dernier produit est un Wootton Bassett (Iffraaj) splendide. Sa 2ans par Anodin (Anabaa) est à l’entraînement chez Christophe Ferland pour l’écurie Wertheimer & Frère. C’est une belle famille allemande, avec de la vitesse et nous allons essayer de retrouver des femelles de cette souche. Alenquer, que nous avons élevé pour le Gestüt Romerhof, provient lui aussi d’une famille allemande "vite". Sa mère, Wild Blossom (Areion), est vide de Siyouni (Pivotal). Son propriétaire l’a envoyé à Victor Ludorum (Shamardal). Sa 3ans – par Zarak (Dubawi) – est à l’entraînement pour le haras de l’Hôtellerie. Et elle est estimée. Son 2ans par Galiway (Galileo) est à l’entraînement chez André Fabre pour Édouard de Rothschild. » Victor Ludorum va aussi saillir Mirrorblack (Clodovil), la mère de Maroubra (Lawman), gagnante du Prix de Liancourt (L) : « Sa 2ans par Ardad (Kodiac) est à l’entraînement chez Gianluca Bietolini pour Luigi Roveda. Elle a un yearling de Le Havre (Noverre). »

Deux élèves chez André Fabre ! Un autre élève de La Motteraye Consignment est à l’entraînement chez le maître cantilien. Il s’agit d’une fille d’Expert Eye (Acclamation) et elle a été achetée foal par Laurent Benoît pour madame Fabre. Gwenaël Monneraye détaille : « C’est tellement important que le premier produit parte chez un bon entraîneur ! Expert Eye, un beau Juddmonte, a été très demandé et nous avons eu beaucoup de mal à obtenir une saillie. Il était archi-complet. Nous avons donc acheté une jument pleine de lui ! Fille du Septembre (Choisir) avait bien sûr pleinement le profil de ce que nous recherchions. Une Choisir (Danehill Dancer), assez compacte, avec un papier de vitesse. C’est le type de jument que nous voulons pour utiliser nos parts d’étalons français, comme Persian King (Kingman), dont elle est pleine, ou encore Almanzor (Wootton Bassett). Au départ, elle devait aller à Le Havre (Noverre). Je pense qu’elle va finalement aller à Galiway, un étalon qui produit des chevaux de course et des chevaux de vente. Car ils sont vraiment beaux ! Par ailleurs, chez nous, peu de juments ont Galileo (Sadler’s Wells) dans leur papier. C’est donc un sire que nous pouvons utiliser facilement. Enfin, nos jeunes poulinières commencent obligatoirement leur carrière par deux saillies confirmées. »

Leur méthode pour les croisements. Tout le monde a ses habitudes lorsqu’il s’agit de trouver un étalon pour chaque jument. Concernant la sienne et celle de sa compagne, Gwenaël Monneraye poursuit : « C’est un dialogue. Nous ne sommes pas contre l’inbreeding. Mais ce n’est pas une priorité. Ce que nous regardons en premier, c’est le mental, la carrière et la conformation. Avant le papier. Nous reproduisons aussi parfois des croisements évidents et connus, comme Galiway sur une fille de Kendargent (Kendor). Nous ne faisons pas d’études sur 10 générations des pedigrees, même si cela semble marcher pour certaines personnes. Car cela occulte certains critères plus évidents. Parfois, si on remonte trop loin dans l’étude des pedigrees, cela ressemble un peu à une version très onéreuse des mots croisés ! » Plume d'Argent (Kendargent), dénichée pour 1.500 €, est ensuite devenue la sœur du bon Ateem (Dark Angel). Pour ses trois copropriétaires, elle a donné un Almanzor, puis une Galiway et va aller à Persian King : « Kendargent est en train de devenir un père de mère influent. »

De la tenue aussi. Houselady (Anodin) avait été acquise pour faire du commerce. Gwenaël Monneraye explique : « Mais finalement nous l’aimions bien et elle est partie à l’entraînement sous les couleurs d’Its all About the Girls Racing. Elle a couru pleine d’Almanzor et sa pouliche est très belle. Houselady est pleine de Sea the Moon (Sea the Stars). Elle devrait aller à Galiway. Quand nous essayons une jeune jument, nous y allons à fond, avec de vrais saillies… dans la limite de notre budget. Il faut se donner les moyens. Nous n’avons que sept ou huit juments personnelles. Et si nous ne croyons plus à l’une d’elle, ne nous la gardons pas. Nous croyons en la qualité de notre élevage et en notre capacité à commercialiser nos chevaux. » Concernant Houselady, il poursuit : « Ce n’est pas une famille précoce. Mais ce sont des chevaux qui durent sur la distance et nous ne sommes pas contre cela. Si on veut gagner l’Arc, c’est avec ce type de juments ! (rires)

Sa mère a donné huit black types en première ou deuxième générations, dont Grand Couturier (Grand Lodge), lauréat des Joe Hirsch Turf Classic Invitational Stakes et deux fois des Sword Dancer Invitational Stakes (Grs1). Le premier produit d’Houselady est très réussi. »

Beaucoup de saillies françaises en 2022. Acquise 85.000 €, Srheliga (Martaline) est la première poulinière d’obstacle de la maison. C'est une propre sœur de Srelighonn (Martaline), gagnant du Prix Ferdinand Dufaure (Gr1), multiple gagnant et placé de Groupes à Auteuil, ainsi que de la bonne Trheliga (Martaline), gagnante d'un Prix Wild Monarch (L) : « Elle cochait beaucoup de cases. Srheliga vient de pouliner d’une pouliche par Great Pretender (King’s Theatre) et va aller à No Risk at All (My Risk). Si nous trouvons une autre bonne jument d’obstacle, nous l’achèterons… ! » Lucie Lamotte et Gwenaël Monneraye ont acquis Grace and Danger (Teofilo) : « Après Kodiac (Danehill), elle va à Zarak (Dubawi) qui m’a impressionné avec ses premiers 2ans. Je voulais vraiment lui envoyer une jument. Elle est deux fois deuxième de Listed. Tous les produits de la mère ont gagné et son frère avait gagné de sept longueurs en débutant avant de mourir. Teofilo (Galileo) s’affirme comme un bon père de mère. »

En terrain connu. Lady of the Waves (Siyouni) est née au haras : « Nous l’avons vendue yearling – elle était magnifique – mais une blessure l’a empêchée de courir. Son Oasis Dream (Green Desert) a été acheté par Gérard Larrieu pour Jean-Louis Bouchard. Il est chez Jean-Claude Rouget. Oasis Dream est un super étalon, surtout à ce tarif. Et c’est le père du meilleur 2ans d’Europe ! Lady of the Waves est pleine Mehmas (Acclamation), un étalon impressionnant qui fait des chevaux qui ne sont pas que des 2ans. C’est rare qu’un étalon sorte aussi fort. Elle va à Hello Youmzain (Kodiac). »

Avec Barter (Daylami), Lucie Lamotte et Gwenaël Monneraye s’offrent une fille de la légendaire Souk (Ahonoora). Barter est déjà la mère d’Haggle (Pivotal), lauréate du Prix Fille de l’Air (Gr3) et vendue 1,3 million à Wertheimer & Frère : « Faute d’arriver à acheter une jeune, nous avons acquis une jument d’âge… en espérant avoir une pouliche. Elle était pleine de Bated Breath (Dansili). La famille est magnifique. Elle va à Persian King. Une fille de Barter, par Oasis Dream, est à l’écurie des Monceaux. »

Freeing (Dansili), pleine de Soldier Hollow (In the Wings) va à Armor (No Nay Never) : « Nous avons vendu Armor, alors nous lui envoyons une jument ! » Miss Academe (Born to Sea), pleine de Bated Breath, va à Zoustar (Northern Meteor) : « Je sais que les étalons australiens ne sont plus à la mode. Mais j’ai été impressionné par les Zoustar. La jument produit beau. »

Photo 4 – Barter CRÉDIT tattersalls

Quelques croisements de La Motteraye Consignment et de leurs clients en 2022

Jument (Père)
Wild Blossom (Areion) Victor Ludorum
Fille du Septembre (Choisir) Galiway
Houselady (Anodin) Galiway
Srheliga (Martaline) No Risk at All
Grace and Danger (Teofilo)  Zarak
Lady of the Waves (Siyouni) Hello Youmzain
Barter (Daylami) Persian King
Plume d'Argent (Kendargent) Persian King
Miss Academe (Born to Sea) Zoustar
Freeing (Dansili) Armor

 

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