L’Europe dans le désert : un grand zéro… et des excuses

Institution / Ventes / 28.02.2022

L’Europe dans le désert : un grand zéro… et des excuses

Dans les courses de pur-sang anglais de la réunion de la Saudi Cup, l’Europe n’a pas touché la balle. C’est tout simplement la pire débâcle du vieux continent dans une grande réunion intercontinentale depuis la Breeders’ Cup 1992 ! Cette année-là, l’Europe tentait de surfer sur la vague du coup de trois en 1991 à Churchill Downs. Mais en 1992, 21 européens se sont brulé les ailes dans la chaleur insupportable de Gulfstream Park. L’équipe était pourtant bonne : le Derby winner Dr Devious (Ahonoora), le lauréat du Prix de l’Arc de Triomphe Subotica (Pampabird), la gagnante du Prix de Diane Jolypha (Lyphard), Rodrigo de Triano (El Gran Senor), qui avait réussi le doublé dans les Guinées et s’était imposé dans les Champion Stakes… Plus deux des héros de 1991 : Arazi (Blushing Groom) et Sheikh Albadou (Green Desert) ! Résultat du déplacement de tout ce beau monde : une troisième place dans la Classic avec Jolypha et le même classement dans le Mile avec l’irlandais Brief Truce (Irish River).

Par Franco Raimondi

À peine 14,7 % dans les trois premiers. Samedi, à Riyad, l’Europe alignait 34 chevaux sur les 83 partants des six Groupes pour pur-sang anglais. Les meilleures performances sont deux deuxièmes places : celles de Sonnyboyliston (Power) dans le Red Sea Turf Handicap (Gr3) et de Good Effort (Shamardal) dans le Riyadh Dirt Sprint (Gr3). La meilleure française a été Ebaiyra (Distorted Humor), troisième dans la Neom Turf Cup (Gr3). Godolphin, qui avait neuf partants, repart simplement avec la troisième place du favori Siskany (Dubawi) dans le marathon. L’anglaise Happy Romance (Dandy Man) est celle qui est passée le plus près d’une victoire : troisième, à une demi-longueur de la japonaise Songline (Kizuna) dans le 1.351 Turf Sprint (Gr3).

La réussite des Européens dans les trois premiers est de 14,7 %. En comparaison, elle était de 9,5 % dans la catastrophique Breeders’ Cup 1992. Il faut savoir que la réunion de la Saudi Cup proposait six courses, dont trois sur le gazon, alors que la Breeders’ Cup d’antan en offrait sept, dont cinq sur le dirt.

Des Japonais sous-estimés par le handicapeur. Les quatre gagnants japonais n’ont pas eu besoin de puiser dans leurs ressources pour s’imposer. Nous avons pris comme base les ratings de fin de saison. Ceux élaborés par les handicapeurs de la Japan Racing Association, et ils sont assez sévères quand ils jugent leurs chevaux à domicile. La pouliche Songline (Kizuna) avait un rating de 112 avant la course et elle l’a répété : Happy Romance, termine troisième à une demi-longueur et possède un rating de 110. L’américain Casa Creed (Jimmy Creed), deuxième, a lui aussi fait sa meilleure valeur, compte tenu de la décharge de deux kilos dont bénéficiait la pouliche.

Authority (Orfèvre) avait décroché un 121 lors de sa deuxième place dans la Japan Cup (Gr1). Si on base la course sur Ebaiyra, troisième à une longueur trois quarts, il a réalisé un rating de 120. Mais la jument de Son Altesse l’Aga Khan a probablement performé trois ou quatre livres en-dessous de son top : Kaspar (Pivotal), le deuxième, avait obtenu un rating 113 sur le gazon en Allemagne, et Harrovian (Leroidesanimaux), quatrième à un nez, est en 109. Stay Foolish (Stay Gold) a trouvé le feeling parfait avec Christophe Lemaire et il a fourni sa meilleure valeur à 7ans dans le Red Sea Turf Handicap. Il avait terminé les deux dernières saisons avec un rating de 112. Samedi, il a mis quatre grandes longueurs à Sonnyboyliston, pris en 116.

La quatrième perle de Christophe Lemaire, le sprinter Dancing Prince (Pas de Trois), nous mène au sujet des trois courses sur le dirt. Le seul européen (de naissance et/ou d’entraînement) qui a terminé dans les trois premiers d’une de ces épreuves est Good Effort (Shamardal). L’année dernière, il s’était classé deuxième du Mahab Al Shimal (Gr3) sur le dirt de Meydan. Le pensionnaire d’Ismail Mohammed avait un rating de 109 sur le dirt : Dancing Prince lui a mis cinq longueurs trois quarts sur 1.200m dirt. Cela propulserait donc le japonais à un rating canon de 124 : seize livres de plus que le 108 qui lui a été assigné par les handicapeurs japonais ! Il était donc sous-estimé dans son pays…

Un dirt qui n’est pas celui que l’on attendait. C’était le grand absent de la réunion de la Saudi Cup : le dirt "sympa", sans projections, que l’on avait connu lors de deux premières éditions. En effet, cette année, le terrain était fort différent… C’était profond et arrosé : un peu à la japonaise ! Le Saudi Derby (Gr3) avait pour favori l’américain Pinehurst (Twirling Candy). Il a gagné par une demi-longueur devant les japonais Sekifu (Henny Hughes) et Consigliere (Drefong), deux poulains qui ont validé leurs ratings (106 et 105) acquis à domicile. L’analyse des chronos confirme cela.

Le pensionnaire de Bob Baffert, qui a fait carrière sur le dirt "rapide et méchant" de la Californie, a galopé les 800 premiers mètres en 47’’09 et il est arrivé aux 1.200m en 1’12’’84. À domicile, avec un chronomètre qui s’enclenche quinze mètres après les boîtes, il avait parcouru en dernier lieu les 800 premiers mètres en 44’’49 et les 1.200m en 1’09’’31. Trois secondes et demie de différence, c’est énorme ! Pinehurst a terminé les 400m derniers mètres de son mile en 25’’28 : très fatigué donc. Les Godolphin et les européens n’ont franchement pas apprécié. Le dirt était lent, même sans les projections… Dans la Saudi Cup, le chrono (1’50’’52) a été plus lent de presque une seconde par rapport à celui établi par Mishriff (Make Believe) l’année dernière. Or le train de course était presque le même que dans le Saudi Derby. Les européens ont été contrariés dès qu’ils ont pris un grain de sable dans la figure…

Combien vaut Emblem Road ? Le gagnant de la Saudi Cup, Emblem Road (Quality Road), a refait le peloton et a ajusté les américains Country Grammer (Tonalist) et Midnight Bourbon (Tiznow), qui ont eu un parcours régulier. Le jockey d’Emblem Road, Wigberto Ramos, a fait un choix qui a peut-être tout changé : évoluer en cinquième épaisseur, le nez au vent… sans prendre une seule projection !

La Saudi Cup est assez difficile à juger. Si on se base sur le 120 de Midnight Bourbon (ce qui est peut-être un peu optimiste), Emblem Road réalise un rating de 124 et Country Grammar est à 123. C’est bien trop beau ! Country Grammar a probablement progressé chez Baffert… mais pas de huit livres sur son rating officiel de 115 ! La saison est longue et nous permettra de mieux situer la valeur de la Saudi Cup. Emblem Road est proche de 120 : ce n’est pas une surprise si on estime qu’il vient de prendre 4ans et qu’il a aligné sept victoires en neuf sorties.

À lui de répéter dans la Dubawi World Cup ! L’Arabie Saoudite a eu vingt partants dans la grande course de Meydan avec, comme meilleures performances, Sei Mi (Potrillazo), deuxième en 2002, et Paris Perfect (Muhtafal) troisième en 2009. Ce n’est pas si mal !