Lord Daresbury : « L’AQPS est une formidable création »

International / 20.02.2022

Lord Daresbury : « L’AQPS est une formidable création »

Ancien président d’Aintree, Lord Daresbury fait courir en France en association avec la famille Cyprès. Grâce à Gex, lauréat du Prix Olry Roederer (Gr2), il a remporté un premier Groupe. Il nous parle de son amour pour la France, pour ses hippodromes et ses AQPS.

Par Adrien Cugnasse

Jour de Galop. – Comment en êtes-vous venu à prendre vos couleurs en France ?

Lord Daresbury. – J’ai un ami d’enfance qui possède une maison voisine de la ferme de la famille Cyprès. Il y a une dizaine d’années, nous sommes allés lui rendre visite. La chaleur était suffocante cet été-là et nous cherchions à nous occuper un après-midi. Il m’a proposé d’aller voir des chevaux chez les Cyprès. Comme toujours, dans ce genre de situation… on repart avec un poulain !

Racontez-nous l’histoire de Gex…

Nous avons ensuite mis sur pied un syndicat pour acheter des foals. La famille Cyprès en conserve 20 % en général. Nous les courons afin de les vendre sur performance… Et nous nous sommes beaucoup amusés ainsi. Gex (Khalkevi) fait partie de ces foals que nous avions choisis. Mais à cause de la Covid, nous n’avons pas pu le vendre. C’est la raison pour laquelle il a fait carrière pour notre association. Quelle chance a posteriori que n’ayons pas pu vendre un tel cheval ! C’est un plaisir et un privilège que d’avoir un tel cheval. J’en n’en ai jamais eu un de ce niveau…

Dans l’immédiat, il va courir sur les haies au mois de mars avant d’aller sur les gros obstacles. L’an prochain, nous allons certainement regarder du côté de l’Angleterre. Mais dans un premier temps, je pense qu’il a de belles choses à accomplir en France. Car c’est un vrai sauteur qui va vraiment apprécier le terrain souple et la piste d’Auteuil.

D’où vient votre passion pour les courses ?

Comme pour beaucoup de choses, tout remonte à l’enfance ! J’ai grandi au beau milieu de l’Angleterre, dans le Leicestershire. C’est une région avec une forte tradition de chasse à courre. Ma mère m’a mis à cheval très tôt. C’est aussi elle qui m’a incité à monter en course vers l’âge de 18 ans. Si bien que j’ai monté dans des épreuves officielles, mais aussi dans des point-to-points. Par bonheur, après mon cursus à Cambridge, j’ai eu l’opportunité de travailler pour Arthur Stephenson. C’était un génie de l’entraînement. Un précurseur de Martin Pipe si vous voulez. Dans les années soixante-dix, il gagnait une centaine de courses tous les ans. Ma chance, c’est d’avoir pratiqué cette écurie en tant qu’amateur. Surtout qu’au même moment, le jockey maison n’était autre que Tommy Stack, l’homme qui était en selle sur Red Rum (Quorum) lors de sa troisième victoire dans le Grand National. Ce fut une période exaltante et j’ai notamment gagné à Cheltenham, à Aintree… Les courses d’obstacle, c’est vraiment une histoire de famille. J’ai quatre fils, Thomas, Oliver, Toby et Jake. Ils ont tous monté en course avec réussite. Oliver [Greenall, ndlr] est aujourd’hui un entraîneur de sauteurs à succès.

Pensez-vous que le niveau de la compétition est plus faible en France qu’outre-Manche ?

Je dirais plutôt que le programme est différemment orienté. La France offre beaucoup d’opportunités aux jeunes chevaux et sur de très bons hippodromes qui plus est, et avec des allocations exceptionnelles. Je dois dire que j’apprécie le fait qu’en France, les gens qui vont aux courses sont vraiment des connaisseurs, des passionnés de l’obstacle.

La force de la France, c’est aussi son élevage qui connaît une réussite assez incroyable des deux côtés de la Manche. Je trouve que l’AQPS est une formidable création. Ce sont des sauteurs avec de la taille, de l’envergure et de l’os.

Cela étant dit, peu de propriétaires anglais sont actifs sur les obstacles français…

On observe effectivement un mouvement, mais plutôt vers l’Irlande où les allocations sont un peu supérieures à celles de la Grande-Bretagne. Par exemple, Willie Mullins a beaucoup de propriétaires britanniques désormais. Tout comme Henry de Bromhead et Gordon Elliott.

Vous avez dirigé Aintree pendant 25 années. Selon-vous, qu’est-ce que les hippodromes français pourraient copier sur ce qu'il se passe en Grande-Bretagne ?

La première chose que je souhaite dire, c’est que j’aime beaucoup la diversité des hippodromes français. Vous avez des pistes qui ne sont pas surutilisées, avec l’espace pour avoir des portions protégées en permanence. Récemment, je suis allé à Fontainebleau. J’étais ravi de rencontrer les passionnés qui dirigent ce site. C’est un endroit où l’on prend du plaisir à voir les courses.

Je pense cependant que la nature des obstacles français pourrait un jour un peu trop prêter à la critique des associations animalistes. Certains obstacles français représentent un véritable challenge pour les chevaux.

L’obstacle anglo-irlandais vit une période paradoxale. D’un côté, les animalistes sont très agressifs à son encontre. De l’autre, les audiences télévisuelles n’ont jamais été aussi fortes et sa domination sur le plat au niveau des paris hippiques ne cesse de croître.

Huit des dix courses qui concentrent le plus d’enjeux en Grande-Bretagne sont sur les obstacles. Comme vous le soulignez, cela se vérifie aussi dans les audiences télévisuelles. Mais une telle progression est difficile à expliquer de manière précise dans une société urbanisée qui a un rapport déconnecté à la nature, à la vie et à la mort des animaux… Pour les animalistes, l’idée même de courir un cheval, avec les risques associés, n’est pas acceptable.

Votre réussite en tant qu’amateur est bien connue, avec en particulier 270 victoires et une participation au Grand National. Si vous n’aviez pas monté en course, seriez-vous encore impliqué dans le sport hippique ?

Je pense que j’aurais certainement continué à m’intéresser aux courses. Mais si je n’avais pas monté en compétition, mon implication actuelle dans le sport aurait été probablement moins importante. Monter à cheval, c’est quelque chose de central dans ma vie. Je monte encore très régulièrement d’ailleurs. Je chasse aussi.  

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