Bonnes feuilles, Pauc se souvient

Courses / 13.03.2022

Bonnes feuilles, Pauc se souvient

Voici le dernier épisode de la parution des bonnes feuilles du dernier ouvrage de Jacques Pauc, baptisé À toutes allures. Aujourd’hui, l’auteur se remémore quelques personnages qui l’ont marqué… Pour commander le livre (24 €), cliquez ici ! (avec ce lien )

Avant-hier (épisode 1/3) : Des cracks, pas des craques ! Hier (2/3) : Paroles de stars. Aujourd’hui (3/3) : Pauc se souvient…

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24 € TTC

Ali Hawas

Avec Ali, le rendez-vous était souvent à 5 h 30 du matin au pont de Joinville-le-Pont avant de prendre l’autoroute de Normandie. Un jour, d’ailleurs, nous étions tellement “absorbés” par notre conversation sur les chevaux que j’avais oublié de sortir de l’autoroute et nous nous étions retrouvés en plein centre de Caen !

Une autre fois, nous arrivons chez un éleveur, Ali Hawas regarde les yearlings puis on repart et là il me demande : « Tu as vu ? » Je réponds « Oui, le “Jiosco”, il n’est pas mal. » Réponse d’Hawas : « Je ne te parle pas des chevaux, je te parle du type. Tu as vu comme il est gros et comme ses chevaux sont maigres. Lui, il préfère manger que de faire manger ses chevaux, il ne faut rien acheter là-dedans ! »

Pierre-Désiré Allaire et Jean-Pierre Dubois

Voisin de Pierre-Désiré Allaire, en Bretagne, Jean-Pierre Dubois est son cadet mais ce sont comme les deux faces d’une même pièce : deux grands hommes de cheval, pas des imitations. Et les deux auraient été capables de vendre du sable à des Qataris !

J’ai déjeuné plusieurs fois avec eux et je me souviens d’un repas chez Jean-Pierre Dubois dans un de ses haras normands avec un de mes copains passionnés de trot, Yvonnick Garandeau (éleveur des bons Elitloppa, Genoa’s Pride, Ever Pride, Heaven’s Pride, etc.). À table, on parlait élevage, croisements et à un moment, j’avais dit : « Avec toutes les filles de Coktail Jet que vous avez Jean-Pierre, vous allez pouvoir en envoyer, des poulinières à la saillie de Ready Cash. » Réponse : « Non, j’irai plutôt avec des filles de Love You. » Et il ajouta « Elles sont plus longues [ndlr : de modèle] que les filles de Coktail Jet. » Résultats des courses, quelques années plus tard tout le monde a pu s’apercevoir que Ready Cash avait produit ses deux meilleurs rejetons, Bold Eagle (Prix d’Amérique x2) et Face Time Bourbon (Prix d’Amérique x2), avec deux filles de Love You ! Il n’est donc pas interdit de tirer son chapeau à Jean-Pierre Dubois !

Une autre fois, en rentrant à Paris, m’était revenu une phrase de Jean-Pierre Dubois : « Dans le fond, je suis un gars chanceux, j’ai deux fils qui ne me font pas honte et une fille qui adore les chevaux. »

Mario Capovilla

Dans les années 1970, Mario Capovilla (1er du Prix de Paris, 3e du Prix d’Amérique en 1934) venait souvent passer la réunion de courses de Vincennes en salle de la presse, où il aimait "fractionner " avec son chronomètre le parcours des chevaux qu’il suivait (comme Fakir du Vivier qu’il adorait). Fils de Valentino Capovilla, entraîneur-driver de la super championne Uranie (triple lauréate du Prix d’Amérique), Mario Capovilla fut un grand "personnage", aimant discuter et se chamailler avec son ami le journaliste retraité Camille Pizon, qui prenait comme lui les temps de passage des trotteurs (500 mètres par 500 mètres). Et Mario nous racontait souvent ses souvenirs de course, dont cette histoire : « Quand je drivais en course, j’étais réputé pour avoir des nerfs d’acier. Ainsi, un jour, dans une épreuve préparatoire au Prix d’Amérique, j’avais vite pris la tête. Mais un adversaire était venu forcer l’allure dès les tribunes où je n’avais pas bougé. Deuxième attaque en plaine, un Italien était venu vite pour me passer et là encore je n’avais pas bougé. Enfin, en haut de la montée de Vincennes, un troisième adversaire m’avait attaqué mais j’étais resté de marbre… je n’avais pas bougé !!! »

« Bravo, quel sang–froid ! » lui avait-on dit, débordant d’admiration. Avant que quelqu’un n’ajoute : « Au fait vous avez fini combien ? ». Et là : Mario répondit : « Quatrième ! » Éclat de rire général ! Tel était Mario Capovilla qui, s’il passa sa retraite en deuxième classe, avait vécu sa vie en première. C’est mieux que de faire le contraire !

Christian Fabiano, dit Le Marquis

Parfois, au restaurant de Vincennes, on pouvait croiser Christian Fabiano dit "Le Marquis" qui lui aussi avait ses "clients", auxquels curieusement il ne donnait pas le même cheval avant chaque course. Ce qui lui permettait de hurler à l’arrivée : « C’est encore le cheval du Marquis qui a gagné ! » oubliant qu’il en avait donné cinq ou six différents à chacun de ses "clients" !

Finissant sa vie désargenté à la fondation Rothschild à Paris, le Marquis, victime de plusieurs AVC, ne se déplaçait plus que sur un siège électrique mais il avait gardé son sens de la répartie. Ainsi, quand vous lui demandiez : « Alors Marquis, ça va la santé ? » il répondait invariablement : « La Santé ? J’en sors ! », ajoutant souvent au sujet des nombreux "professeurs ès-cheval" qui hantaient les hippodromes : « Celui qui m’a appris à marcher savait courir, alors qu’est-ce que tu veux qu’ils me racontent ! » Parfois, il recevait un beau mandat d’un grand propriétaire-entraîneur-éleveur de trotteurs, un des rares qui avait de la mémoire, celle du temps où le Marquis était un des "rois" de Vincennes comme de Longchamp.

Un jour à Longchamp, un Prince du désert lui avait demandé si tout allait bien. Pour le Marquis, c’était hélas un jour de forte perte. Il avait donc répondu : « Je suis dans un puits tellement profond que je vais bientôt trouver du pétrole ! »

« Pour mon chien ! »

Autre histoire de joueur que je tiens de Philippe Allaire, la tenant de son père Pierre-Désiré Allaire. Ce dernier, durant sa période d’interdiction d’hippodrome, regardait les courses à l’extérieur du dernier tournant de Vincennes, souvent avec des copains "flambeurs". L’un d’entre eux était surnommé "la rognure" car il allait acheter tous les jours quelques rognures de viande pour son chien bien aimé.

Mais il jouait gros aussi. Et ce samedi-là, il avait perdu cher sur deux favoris... Pour se refaire, il avait alors donné à un ami l’argent qui lui restait pour aller jouer (gagnant) sur l’hippodrome un troisième cheval : le classique Le Loir, qui semblait dur à battre. Tout se déroulait bien lorsqu’il vit Le Loir passer en tête devant lui dans le dernier tournant, suivi de près par un adversaire s’annonçant dangereux. Alors la "rognure" se mit à hurler pour encourager Alain Sionneau, le jockey de Le Loir : «Allez Alain, allez Alain !! ». Puis, pensant subitement à son chien et à la viande qu’il ne pourrait pas acheter si Le Loir se faisait battre, continua de crier comme une "imprécation" au dieu des courses : « Allez Alain... Allez... Fais-le pour mon chien ! » Son chien  n’eut pas droit à ses rognures ce jour-là car Alain et Le Loir furent battus.