DES CRACKS… PAS DES CRAQUES !

Autres informations / 11.03.2022

DES CRACKS… PAS DES CRAQUES !

DES CRACKS

PAS DES CRAQUES !

Fin 2020, Jacques Pauc nous avait régalés avec son livre 50 ans de courses et de rencontres. Il revient en kiosque cette semaine avec la suite : À toutes allures. Titre parfaitement choisi, puisque l’ouvrage parle autant de galop que de trot. Comme la première fois, si vous aimez les courses, vous allez vous délecter de ce qui est une incroyable mine d’anecdotes toutes plus savoureuses les unes que les autres. C’est le talent spécial de l’ancien grand spécialiste de Paris-Turf : avoir tout noté pendant quarante ans et savoir le raconter aujourd’hui.

À partir d’aujourd’hui et dans les trois jours qui viennent, nous vous en proposons les meilleurs extraits. Nous commençons aujourd’hui avec quelques champions. Dans son livre, Jacques Pauc présente cent cracks ; en guise de bonnes feuilles, nous en avons retenu neuf, à découvrir en page 2 et suivantes. Chevaux de plat (Man O’War) et d’obstacle (Mid Dancer, Wild Risk) ; français (Allez France) et étrangers (Ribot) ; meilleurs en course (Secretariat) ou au haras (Northern Dancer)… et même un trotteur (Mack Lobell) et un ambleur (Good Time). Tout est vrai, car si Pauc aime les cracks, il n’aime pas les craques, mensonges ou fanfaronnades – et pourtant, comme vous le constaterez en lisant le livre, certaines histoires dépassent parfois l’entendement.

Aujourd’hui (épisode 1/3) : Des cracks, pas des craques ! Demain (2/3) : Paroles de stars. Après-demain (3/3) : Pauc se souvient…

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24 € TTC

https://shop.jourdegalop.com/%C3%A0-toutes-allures

ALLEZ FRANCE (1970)

Daniel Wildenstein raconte l’achat de sa championne : Allez France (Sea Bird) était la seule femelle à vendre dans cette famille. J’étais allé la voir dans le Kentucky et j’avais proposé 50.000 dollars d’entrée de jeu. Son propriétaire éleveur M. Jacobs me répondit : « Vous êtes fou de donner ce prix-là. Venez la voir d’abord ! » J’y suis allé : la pouliche était bâtie comme "l’as de pique", coupée au couteau ! Elle avait les jambes tordues dans tous les sens ! Mais elle avait "quelque chose"… J’ai alors proposé 100.000 dollars. Il a réfléchi puis a refusé. Ensuite, je suis monté à 150.000 dollars : nouveau refus ! Mais, à 175.000 dollars, il m’a finalement vendu la pouliche (...). Quand elle est arrivée en France, mon directeur de haras m’a dit : « Qu’est-ce que vous êtes allé acheter là ! Vous avez vu ses jambes ? »

GOOD TIME (1946)

La classe d’un cheval ne se mesure pas en centimètres. Le champion ambleur Good Time en fut la preuve vivante, lui qui n’était pas plus grand qu’un poney – 1,35m ! – quand il débuta en course. Il courut de 2ans à 6ans au plus haut niveau, remportant, entre autres, le plus grand classique à 3ans. En fin de carrière, il totalisait 78 victoires et 25 places en 111 sorties ! Et, cerise sur le gâteau, Good Time devint un très grand étalon… toisant 1,42m !

MAN O’WAR (1917)

Man O’War (Fair Play) fut l’un des plus grands pur-sang américains, peut-être même le meilleur. Il allait faire sensation à 2ans, remportant cinq courses en juin en seulement vingt-quatre jours (sur 1.000m ou 1.100m) puis trois autres épreuves en août dont les Futurity Stakes (Gr1) avec la même facilité. Un jour, son propriétaire Sam Riddle déclara : « Le plus beau jour de ma vie est celui où j’ai acheté Man O’War » ; il se vit alors répondre par son épouse : « Non, Sam, le plus beau jour de ta vie est le jour où tu m’as épousée ! »

MACK LOBELL (1984)

Son entraîneur, Chuck Sylvester, avait dit de lui : « À 2ans, Mack Lobell avait besoin de poids aux antérieurs (425 g !). Bien plus que je n’aurais cru pour être bien équilibré [ndlr : à 3ans, il aura des fers de 250 g aux antérieurs]» Et il ajoutait : « Mack Lobell était un "line gaited trotter", il trottait dans son "propre" sillage, ce qui ne le rendait que plus intéressant. Dès lors, il lui fallait des angles de pied de 47 degrés devant et de 56 degrés derrière. J’ai une préférence pour de tels grands angles derrière et devant des angles de 49-50 degrés, car le trotteur a tendance à se toucher à pleine vitesse... »

MID DANCER (2001)

Christophe Aubert explique : « L’histoire de Mid Dancer (Midyan) est étonnante… Voilà quelques années je travaillais avec Christophe Pieux, le must des jockeys d’obstacle, et je lui avais demandé de venir "sauter" un de mes chevaux que je voulais voir débuter à Compiègne avec lui. Après ce travail, Christophe m’avait certifié : "Avec celui-là on ne va pas avoir de mal à gagner !" Arrive le jour de la course, on devait se téléphoner juste après et là je l’entends me dire : "On est deuxièmes, bien battus, battus de loin, même !" Je connaissais Hervé Barjot et je lui dis que le vainqueur devait être bon pour avoir battu le mien de cette façon ! Hervé a donc acheté ce gagnant et c’était Mid Dancer ! Mid Dancer qui, ironie du sort, arriva donc à l’entraînement chez moi plusieurs années plus tard... »

NORTHERN DANCER (1953)

Edward Taylor fut le plus grand éleveur propriétaire du Canada, dont le chef-d’œuvre fut Northern Dancer (Neartic) qui devint un chef de race mondial.

L’histoire du "Danseur" débuta en 1952 où Monsieur Taylor, conseillé par George Backwell, décida d’acheter la poulinière Lady Angela (descendante directe de la championne Pretty Polly) pleine de Nearco. À une condition seulement : « OK, je l’achète, mais uniquement si je peux avoir une saillie de Nearco pour elle l’an prochain ! » Martin Benson, qui dirigeait le syndicat de porteurs de parts de Nearco, se fit tirer l’oreille avant finalement d’accepter… à condition d’être payé en liquide, en Floride, pour la saillie de Nearco ! Ce qui fut fait.

En 1953 Lady Angela mit donc bas d’un poulain alezan chétif de Nearco qui fut un "petit" vainqueur avant de retourner à la saillie de celui-ci. Or, naîtra de cette nouvelle union un magnifique poulain bai brun qui devint un champion au Canada de 1400 à 1600m (47 courses, 21 victoires de 2ans à 5ans) pour la casaque Taylor. Il s’appelait Nearctic.

Nearctic se retira au haras à 6ans et saillit en fin de saison Natalma (issue du crack américain Native Dancer), pouliche douée (bonne gagnante à 2ans), mais accidentée à un genou à 3ans, étant de ce fait contrainte de rentrer au haras. Et comme elle arriva en chaleur en fin de saison, elle fut finalement présentée à l’étalon maison Nearctic...

De ce croisement tardif devait naître, le 27 mai 1961, un petit poulain bai, liste en tête, trois balzanes, qui fut nommé Northern Dancer. Présenté aux ventes de yearlings organisées chez lui à Windfields Farm par Edward Taylor, Northern Dancer n’atteignit pas son prix de retrait (25.000 dollars) étant jugé trop petit. No comment !

RIBOT (1952)

Le jour de l’Arc, un observateur des courses avait noté ceci au sujet de Ribot (Tenerani) : « Dans le rond, au milieu des autres partants, Ribot ressemblait à un poney de fiacre, dont il possédait notamment le calme olympien. Mais, aussitôt en piste, une fois qu’il prenait le galop, il donnait l’impression d’être une "extraordinaire mécanique indéréglable", pouvant aller toujours plus vite... »

SECRETARIAT (1970)

Secretariat (Bold Ruler) mourut à 19ans et l’autopsie révéla son secret : le champion possédait un cœur pesant un peu plus de 11 kg, alors que celui d’un pur-sang traditionnel pèse entre 4 kg et 4,5 k! Un drôle de moteur !

WILD RISK (1940)

Wild Risk (Rialto) était né avec un pied bot et ne possédait pas une grande classe de plat (deux victoires, une deuxième place derrière Marsyas). En revanche, il brilla en obstacle, s’imposant deux fois dans la Grande course de Haies d’Auteuil et s’adjugeant le Prix Cambacérès et la Grande Course de Haies de Printemps (monté par Roger Poincelet). Pas de quoi cependant faire se bousculer au portillon les prétendantes quand il devint étalon. Pourtant, bien que peu demandé à ses débuts, il connut assez vite le succès… jusqu’à devenir le n° 1 français en 1961 et 1964 !