Dopage, escroquerie, association de malfaiteurs... Énorme coup de filet !

Institution / Ventes / 17.06.2022

Dopage, escroquerie, association de malfaiteurs... Énorme coup de filet !

Coup de tonnerre mardi, dès 6 h du matin. Un peu partout en France, mais aussi en Italie et en Espagne, des perquisitions ont lieu dans des écuries de courses. Galopeurs et trotteurs, la rafle n’épargne aucune discipline. Vingt-trois personnes (dont deux retenues en Italie et en Espagne) sont placées en garde en vue. Et les motifs sont très lourds : dopage équin, escroquerie en bande organisée, association de malfaiteurs.

JDG a enquêté toute la journée pour vous apporter la bonne information : cette opération d’une envergure inédite est le résultat d’une enquête minutieuse, qui dure depuis plus d’un an, lancée à l’initiative du Service central des courses et des jeux, en concertation avec les sociétés-mères. L’instruction, elle, a été confiée à la JIRS (juridiction interrégionale spécialisée) de Bordeaux, une entité compétente dans les infractions complexes, commises en bande organisée. Un peu plus de trois mois après "l’affaire Calas" (et même si les deux opérations ne sont aucunement liées), on pourra voir cet événement de deux manières : un coup de balai salvateur ou un nouveau tsunami dévastateur pour l’image des courses. Ou sans doute les deux.

Les explications de la police des jeux

Stéphane Piallat est le patron du service central des courses et des jeux, rattaché à la direction centrale de la police judiciaire. Contacté mardi par nos soins en début d’après-midi, il a bien voulu détailler pour les lecteurs de JDG : « L’opération qui a eu lieu mardi, à partir de 6 h du matin, est inédite par son ampleur : elle a eu lieu en France, Espagne et Italie et c’est le résultat d’un an d’enquête. Plusieurs opérations simultanées se sont déroulées, avec 80 policiers mobilisés. Il y a eu pas mal de perquisitions, qui ont permis de trouver des éléments positifs. Vingt-et-une personnes sont en garde à vue en France, plus deux personnes retenues en Italie et en Espagne. Le dossier concerne les courses, trot et galop. Il est encore trop tôt pour éventuellement impliquer les sports équestres. Des vétérinaires, pharmaciens, propriétaires, entraîneurs, entraîneurs-jockeys et certains de leurs proches ont été interpellés. » Il nous a été confirmé que, parmi les professionnels français placés en garde à vue, figurent notamment David Cottin, Pascal Journiac, Luc Gabeur, Yannick-Alain Briand et Junior Guelpa.

Pas lié à l’affaire Calas. Stéphane Piallat nous a par ailleurs indiqué que l’opération de mardi matin n’est pas liée à ce que l’on appelle désormais "l’affaire Calas" : « L’une n’a pas entraîné l’autre, il s’agit de deux sources différentes. Notre objectif est d’identifier les acteurs du dopage, de trouver le réseau et d’établir la responsabilité des uns et des autres, au-delà des grands noms des courses. Bien entendu, on tombe sur des entraîneurs, nous avons aussi saisi des chevaux... Avec les trois affaires, nous avons une photographie de plus en plus complète de ce qui se fait de négatif : ce n’est évidemment pas le monde des courses dans son ensemble. » 

Une “super” justice transeuropéenne

L’information judiciaire a été ouverte à la JIRS de Bordeaux. JIRS, pour Juridiction Interrégionale spécialisée. Les JIRS sont compétentes pour les infractions complexes, souvent commises en bande organisée, comme le trafic de stupéfiants, d’armes, le proxénétisme aggravé… Du côté du Parquet de Bordeaux, que nous avons interrogé, on nous a confié : « Cette opération a été menée sous la coordination d’Eurojust, l’unité de coopération judiciaire de l’Union Européenne, puisque l’Italie et l’Espagne sont également concernées. Quatre-vingts fonctionnaires de police ont été mobilisés, une équipe cynophile mais aussi des vétérinaires et pharmaciens inspecteurs de santé publique. Les chefs d’instruction retenus sont le dopage équin, l’escroquerie en bande organisée et l’association de malfaiteurs. Pour le reste, nous nous devons de respecter le secret de l’instruction. » 

Le communiqué des sociétés-mères

« Partageant avec les services de l’État la responsabilité d’assurer le contrôle de la régularité des courses hippiques, les sociétés-mères France Galop et Le Trot suivent avec la plus grande attention les enquêtes en cours rendues publiques ce jour sur des soupçons de dopage, qui se déroulent en plusieurs endroits du territoire.

Elles condamnent par avance avec la plus grande fermeté les manipulations qui pourraient être révélées à cette occasion.

Elles saluent l’efficacité du Service central des courses et jeux (S.C.C.J.) de la police judiciaire dans le travail d’enquête préalable qui a conduit à ces opérations, pour lesquelles les ressources de la Fédération nationale des courses hippiques ont été réquisitionnées. Elles apporteront tout leur concours à l'exploitation de toutes les informations ou données qui seront recueillies.

Priorité absolue de la filière des courses hippiques en France, la lutte anti-dopage est menée efficacement grâce à cette coopération étroite et permanente entre toutes les parties impliquées :

- Les sociétés mères (France Galop et Le Trot), qui définissent la stratégie de contrôle anti- dopage avec des règles d’une extrême rigueur pour des courses intègres et exemplaires et qui mènent pour cela des contrôles stricts en s’appuyant sur le laboratoire des courses hippiques, une référence mondiale dans le domaine de la lutte anti-dopage pour les équidés reconnue pour ses performances et ses modes opératoires.

- Le ministère de l’Intérieur, à travers le Service central des courses et jeux (ou S.C.C.J.) qui lutte contre la fraude au moyen de ses pouvoirs et forces de police.

La filière des courses consacre à la lutte anti-dopage un budget annuel de 10 millions d’euros et réalise près de 26.000 contrôles anti-dopage par an, en course, à l’entraînement, en sortie d’entraînement et à l’élevage, à la faveur de contrôles inopinés.

Pour protéger le cheval en tant qu’athlète, les parieurs, les propriétaires et la qualité de l’élevage, les sociétés de courses continueront à agir avec détermination aux côtés des services de l’État pour détecter et sanctionner les comportements isolés qui nuisent à l’ensemble des professionnels. »