Frédéric Hinderzé : « Avec Luc Monnet, nous rêvons d’avoir un cheval de Grand Steeple »

Élevage / 18.03.2022

Frédéric Hinderzé : « Avec Luc Monnet, nous rêvons d’avoir un cheval de Grand Steeple »

LE PROPRIÉTAIRE DE LA SEMAINE

Issu du concours hippique, Frédéric Hinderzé a vu ses couleurs briller dans le Prix Solitaire (L) grâce à Gran Diose (Planteur). Ce pensionnaire de Louisa Carberry est également son tout premier élève. Il l’a fait naître avec Luc Monnet, son associé dans cette aventure hippique.

Jour de Galop. - Comment est rentré Gran Diose ?

Frédéric Hinderzé. - Il est vraiment très bien rentré. Hier à la télé, Louisa Carberry et James Reveley trouvaient que le cheval n’avait pas pris dur et c’est vrai. Il a très vite récupéré. C’est un cheval assez incroyable.

Que représente cette Listed avec votre premier élève ?

Pour ma part, peu importe la course. Le plus important est de bien faire. C’est pour cela qu’avec Louisa nous sommes toujours d’accord. Le plaisir que j’ai avec mon associé, Luc Monnet, c’est de franchir les paliers. Gran Diose nous apporte du bonheur, car il le fait à merveille. C’est un cheval qui fait de bonnes valeurs depuis ses débuts. Ses deux premières courses étaient surtout là pour voir son comportement. Nous éprouvons le même bonheur avec cette Listed que lorsqu’il a ouvert son palmarès. Mais il est certain que cela nous laisse rêveurs pour la suite.

Étiez-vous à Compiègne ?

J’étais à l’hippodrome avec Luc Monnet et mon fils pour assister à la course de Gran Diose. Dès que nous avons un partant, nous allons aux courses ensemble.

Comment était Gran Diose plus jeune ?

C’est un très grand cheval. Il me semble qu’il dépasse le 1.80m au garrot ! Louisa m’a dit que, quand elle le monte, elle se sent très grande. Il a été débourré à 3ans et, même s’il a débuté au mois de mai de ses 4ans, il n’a pas pu faire grand-chose à cause de sa croissance. Cela nous embêtait un peu car il était très difficile de l’estimer puisqu’il était impossible de le mettre au travail poussé. Finalement, ce n’est pas plus mal car cela l’a énormément préservé. Gran Diose a toujours été gentil et maniable. Il ne s’est révélé qu’à sa troisième sortie et, depuis, il a montré de très bonnes choses. Chez les chevaux de sport, c’est très rare de les voir commencer avant 5ans. Comme Louisa vient du concours complet, elle sait cela et c’est ce qui me plaît dans sa façon d’entraîner. Maintenant, nous espérons que le cheval a une marge de progression surtout qu’il a une grosse année de travail en moins par rapport aux autres.

Qu’est-ce qui vous plaît dans le travail de Louisa ?

J’aime son côté anglais. Elle a un grand respect du cheval et surtout une grande connaissance du concours complet. C’est aussi une dresseuse de talent. Son travail de mécanisation sur les obstacles est excellent, cela même sans faire sauter fort ses pensionnaires. Les chevaux trouvent l’amusement sur les obstacles en découvrant de nouvelles choses comme la banquette ou la butte. C’est son travail de fond avec Philip et elle le fait comme personne.

Quelle est votre activité professionnelle ?

J’administre un groupe de BTP, qui est porté par tous les métiers de la rénovation énergétique. À côté de cela, je suis passionné par les équidés et donc les chevaux de course, principalement les chevaux de courses d’obstacle. Avec les succès de Gran Diose, j’ai décidé de développer cette activité dès l’année prochaine. À l’avenir, j’aimerais pouvoir confier des chevaux à Jehan Bertran de Balanda, qui est un grand homme de cheval et un ami pour qui j’ai une profonde estime et qui, en plus, est à Maisons-Laffitte. Je suis aussi cavalier de concours hippique et j’ai un petit élevage de chevaux de sport dans l’Oise chez l’artiste Olivier Jouanneteau. Je monte à cheval tous les matins.

Comment les courses sont-elles entrées dans votre vie ?

J’ai découvert les courses par le biais d’amis, dont la famille Pelat. Comme j’habitais Maisons-Laffitte, je connaissais très bien Nicolas et Jérôme Douieb et mon ami d’enfance Dominique Bœuf. J’ai donc été initié par eux, le matin à l’entraînement puis les étés à Deauville. Ma passion est venue comme cela à l’adolescence. Pour le propriétariat en revanche, c’était avec Luc Monnet, un peu par hasard.

Comment avez-vous rencontré Luc Monnet, copropriétaire et coéleveur de Gran Diose ?

Au travail. Luc est passionné de chevaux de course depuis toujours. Un jour nous avons échangé sur nos passions respectives. Je lui ai parlé du concours hippique et lui des courses. Autour d’un dîner, nous nous sommes donc dit que ce serait super de prendre un cheval ensemble. C’est ce que nous avons fait. À l’époque, notre premier cheval s’appelait Vachero du Bourg (Ballingarry). Nous l’avions pris en location et il s’est avéré qu’il n’était pas très qualiteux. Malgré tout, il nous a permis de voir que Luc et moi avions la même vision des courses. Le cheval était à Maisons-Laffitte chez Olivier Regley, avec qui nous avons eu la chance de tomber sur Noanoa (Walk in the Park), la mère de Gran Diose. Au départ, elle était aussi en location et c’est avec elle que j’ai eu mon premier succès. Après, nous l’avons achetée à l’amiable. Luc, lui, avait des chevaux depuis longtemps mais son rêve était de gagner une course à Auteuil. Noanoa lui a apporté cela à deux reprises.

Comment choisissez-vous les croisements pour Noanoa ?

C’est une petite jument qui est très bien née. Elle avait la particularité d’être très agile sur les obstacles mais elle n’avait qu’un seul train. Malgré tout, elle avait un grand cœur et elle finissait toujours ses courses au même rythme que durant le parcours. Nous aimons beaucoup ces chevaux-là avec Luc. Pour le croisement nous recherchons des étalons avec un peu de taille, de la vitesse et surtout bien dans leur tête. Cette année, nous attendons un produit de Doctor Dino (Muhtathir). Nous pensons la représenter à cet étalon cette année. On aurait bien aimé la faire saillir par Planteur (Danehill Dancer) pour avoir le propre frère ou la propre sœur de Gran Diose mais l’étalon est parti en Angleterre. Et, après réflexion, nous souhaitons que le père soit français. C’est à mon sens important pour l’élevage, et nous ne voulons pas non plus que le foal soit dans les transports avec sa mère car c’est une prise de risque. Malheureusement, nous n’avons pas été chanceux avec Noanoa car elle a perdu deux poulains à la suite. Avec Doctor Dino, le croisement devrait être parfait : il est équilibré et a suffisamment de taille pour elle. Noanoa a aussi une yearling nommée L’Évidence (Motivator).

Où élevez-vous ?

Noanoa est au haras de la Chaîne chez Didier Blot. C’est un très bon éleveur, qui est aussi propriétaire de chevaux de course.

Avez-vous d’autres poulinières ?

Non. Nous n’avons pas le temps pour le moment. Au départ, avec Luc, nous avions décidé de ne faire qu’un seul poulain par an. Mais les choses vont un peu évoluer. Dès que je vais avoir plus de temps, je souhaite devenir propriétaire de plus de chevaux tout en développant l’élevage. Nous serons donc bientôt à la recherche de quelques poulinières.

Quels sont vos espoirs avec Canichette, la sœur de Gran Diose ?

Canichette (Prince Gibraltar) se montre assez difficile. Elle est compliquée à gérer au travail pour Louisa et elle a donc pris un peu de retard. C’est une pouliche qui saute très bien, qui est rapide mais qui a du mal à se concentrer durant un parcours. Nous l’avons bien vu à Dieppe, lors de sa deuxième sortie, quand elle est tombée. Ensuite, pour sa rentrée à Pau, elle a pris une bonne troisième place mais a eu du mal à finir sa course par manque de métier. Le mois dernier à Bordeaux-Le Bouscat, elle a terminé cinquième. À l’entraînement, elle est de mieux en mieux. Nous pensons donc qu’elle est capable de connaître le succès rapidement.

Préférez-vous l’élevage ou le propriétariat ?

J’aime les deux car l’élevage prépare au propriétariat. Ce que j’aime beaucoup dans l’élevage c’est de veiller sur les poulains et de faire en sorte que leur croissance se fasse dans un bon endroit et dans les meilleures conditions. C’est aussi très important pour le débourrage et le pré-entraînement. Il faut pouvoir amener un jeune cheval à l’entraînement le moins immature possible pour que l’entraîneur puisse faire un bon travail. En tant que propriétaires, il faut choisir le bon entraîneur, le bon jockey mais aussi toutes les stations de repos pour les soins. Le bien-être du cheval est primordial.

Pouvez-vous nous parler de votre 2ans, Eye in the Sky, destiné au plat…

Eye in the Sky (Cracksman) est un poulain que mes amis Carlos et Yann Lerner m’ont proposé pour une association. C’était l’occasion d’avoir une première expérience de plat avec un bon produit, qui a été acheté 190.000 € à la vente de yearlings d’août chez Arqana. Il s’agit d’un frère de l’étalon Roman Candle (Le Havre). Actuellement, le poulain est au travail et va très bien. Il est très beau et très sympathique. Nous avons de la chance car il se montre attentif et sérieux. Il est en phase de croissance donc j’imagine que nous en verrons davantage dans les prochains mois. Peut-être qu’il pourra débuter à Deauville cet été.

Y a-t-il une course que vous rêvez de courir ?

La course qui nous fait le plus rêver est le Grand Steeple-Chase de Paris (Gr1). Peut-être qu’un jour nous pourrons avoir un partant. Peut-être que ce sera avec Gran Diose s’il arrive à ce niveau ! Si ce n’est pas lui, ce sera le cheval suivant. Au début de notre association avec Luc Monnet, nous nous sommes dit qu’il n’y avait pas de limites au rêve. Notre deuxième rêve est d’avoir un jour un bon cheval pour courir à Cheltenham. Luc est fou de Cheltenham. À part cette année, il y va tous les ans. Et puis Louisa connaît très bien l’endroit aussi.