Horse Connection

Courses / 17.06.2022

Horse Connection

La drogue pour humains avait sa French Connection, un réseau international basé à Marseille ; les produits dopants équins ont désormais leur "Horse Connection". Car c'est bien cela que le patron de la Police des jeux évoque dans nos colonnes aujourd'hui : un véritable réseau, à la fois régional, national et européen, qui a produit et distribué massivement des substances illicites auprès des professionnels des courses. Stéphane Piallat, dont vous retrouverez l’interview en page 2 de Jour de Galop, explique les dernières avancées du dossier, avec des gardes à vue et des auditions libres qui se sont poursuivies mercredi. Mais il revient aussi sur la longue enquête qui a permis le vaste coup de filet de mardi matin.

Quant à France Galop, elle attend l’issue des gardes à vue des entraîneurs concernés – au galop, David Cottin, Luc Gabeur et Pascal Journiac – pour prendre une décision. Habituellement, la société-mère ne suspend les agréments (à titre conservatoire, d’ailleurs) qu’en cas de mise en examen.

Stéphane Piallat : « Des sortes de relais régionaux qui proposaient les produits… »

Stéphane Piallat est le patron du Service central des courses et des jeux, rattaché à la Direction centrale de la police judiciaire. Mercredi, il nous a accordé un long entretien.

« Il y a deux gardes à vue supplémentaires, l’une ayant débuté mardi soir, et l’autre ce matin. Il s'agit d'une personne dans le "dossier Gabeur", l’autre dans celui d’un entraîneur d’Île-de-France. Les sports équestres et l’endurance sont hors de cause et deux personnes ont donc été libérées : en ce qui les concerne, il n’y avait pas d’éléments intéressant l’enquête. Le dossier est donc 100 % trot et galop. Nous essayons d’établir les rôles des uns et des autres, leurs relations et leur niveau de responsabilité. Apparaissent des gens qui ont vraisemblablement un rôle plus important que ce que nous pensions au départ, des sortes de relais régionaux qui proposaient ces produits dopants. Nous sommes au cœur d’un important processus de vérification d’éléments de preuve. Les perquisitions nous ont permis de récupérer des données et des produits. En lien avec l’expertise du laboratoire des courses hippiques, nous attendons les retours des analyses. Le résultat de l’enquête policière est très satisfaisant. Il confirme certains éléments. Mais il met aussi en lumière des responsabilités que nous n’avions pas identifiées au départ. Cependant, il reste beaucoup de travail. 

C’est une affaire qui a commencé dans le Sud-Ouest : le renseignement initial vient de là. Nous avons ensuite remonté le fil et les ramifications. Dans cette phase d’enquête, nous poursuivons les auditions, en audition libre mais aussi en garde à vue. Il faut ensuite que l’autorité judiciaire se prononce en ce qui concerne les éléments à charge et à décharge. Mercredi soir ou jeudi matin, en fonction des cas, des personnes seront présentées aux magistrats. L’autorité judiciaire décidera alors d’une mise en examen ou non. Pour ceux qui sont à l’étranger, les autorités locales prendront leur décision en fin de semaine, certainement vendredi. Après la grande opération, fruit d’un an de travail, l’enquête se poursuit et la deuxième partie du travail commence. Mais nous n’avons pas encore fermé toutes les portes. 

Nous nous trouvons face à une situation où des gens n’ont pas eu des comportements acceptables vis-à-vis de la sincérité des courses et du bien-être animal. Nous travaillons de manière étroite avec les sociétés-mères, tout en gardant une indépendance totale. Nous ne sommes pas en guerre contre le système des courses. Nous voulons travailler pour le rendre plus propre et plus respectable. Les deux présidents des sociétés-mères ont fait paraître un article dimanche. Or ils n’étaient absolument pas au courant de l’imminence d’une opération. C’est un hasard de calendrier. »

Parmi les personnes en garde à vue, Stéphane Piallat a confirmé la présence des docteurs vétérinaires Diego Uson (de nationalité espagnole) et Bertrand Franquet. Le premier étant dans les mains d’une juridiction étrangère. 

Le déroulé des opérations

Selon nos sources, les opérations menées mardi matin à Lamorlaye, au sein de l’établissement de David Cottin, et à La Teste, dans l’écurie de Luc Gabeur, se sont déroulées de manière assez similaire. Les fonctionnaires de police seraient arrivés vers 6 h à l’écurie de David Cottin, lequel était déjà parti en direction de Maisons-Laffitte où plusieurs de ses chevaux devaient sauter. L’entraîneur aurait reçu l’ordre de revenir. Ses salariés, qui avaient commencé à soigner les chevaux, auraient été regroupés dans leur salle de repos, pendant toute la durée des perquisitions. Ce n’est qu’en fin de matinée que trois d’entre eux auraient été autorisés à nourrir et donner à boire aux chevaux. Mercredi matin, les chevaux seraient sortis normalement, en l’absence de David Cottin, toujours en garde à vue, mais qui devait sortir dans la soirée.

Dans le Sud-Ouest, les policiers seraient aussi arrivés avant le lever du soleil dans l’écurie de Luc Gabeur, dont un des employés est logé sur place. Là aussi, ils auraient regroupé le personnel et confisqué leurs téléphones portables pendant qu’ils menaient leur perquisition. Une autre équipe se serait rendue au domicile de Luc Gabeur, près de Bordeaux. Après avoir été interrogé sur place, l’entraîneur aurait été conduit à La Teste en milieu de matinée, avant d’être placé en garde à vue, comme son fils, Baudouin Gabeur. Mercredi matin, les salariés auraient pu reprendre leurs activités, et les chevaux seraient donc sortis normalement.