JCB Triumph Hurdle (Gr1) : Vauban, une citadelle imprenable

International / 18.03.2022

JCB Triumph Hurdle (Gr1) : Vauban, une citadelle imprenable

SPECIAL FESTIVAL DE CHELTENHAM

Cheltenham (GB), vendredi

Vauban (Galiway) a été au-dessus du lot toute la course dans le JCB Triumph Hurdle (Gr1), la grande course de haies des 4ans. L’élève de Philippe Decouz et de la Scea du Bas Bugey (Olivier de Seyssel) a galopé en quatrième position, avec toujours beaucoup de gaz. Malgré quelques petites fautes, notamment devant les tribunes, il s’est rapproché librement complètement en dehors à l’entrée de la ligne droite. Son jockey, Paul Townend, l’a monté en confiance, attendant le dernier moment pour le lancer. En dépit d’une faute sur la dernière claie, qui a permis à ses rivaux Fil Dor (Doctor Dino) et Pied Piper (New Approach) de revenir à sa hauteur, Vauban a été inapprochable ! Deux victoires de Gr1 en deux tentatives à ce niveau… bientôt une citadelle imprenable. Ce lauréat de Listed en plat est reparti dans la montée finale, sollicité juste aux bras, pour l’emporter de deux longueurs et demie. Vauban fait figure de très bon lauréat du Triumph, d’autant qu’il bat un lot de 4ans de haute valeur. L’élevage français a pris la deuxième place avec l’élève d’Antonia Devin Fil Dor, lequel a précédé Pied Piper, un grand poulain qui devrait être plus à l’aise en steeple. La quatrième place est aussi à mettre à l’actif d’un French bred : Icare Allen (Cokoriko). Il a couru en nets progrès. De bon augure pour la suite de sa carrière.

L’émotion de Philippe Decouz. Entraîneur cantilien, axé sur le plat, Philippe Decouz est aussi éleveur. Il a coélevé Vauban, qui lui a permis de briller pour la première fois à Cheltenham. Il avait fait le déplacement avec Olivier de Seyssel à Cheltenham et nous l’avons croisé juste avant le retour de Vauban au winning circle. Avec une écharpe aux couleurs de Rich Ricci, propriétaire du poulain, autour du cou, il nous a raconté : « Ce sont des émotions incroyables ! J’ai crié toute la ligne droite et j’avais le cœur à 2.000 battements ! C’est fabuleux. C’est un poulain que j’ai élevé et entraîné, et je croyais beaucoup en lui en plat. Selon moi, c’était un vrai cheval de Groupe en plat. Nous avions encore beaucoup à faire, mais je suis vraiment ravi qu’il soit chez Willie Mullins. C’est un entraîneur hors pair. Il était venu le voir dans la cour et nous avions longuement échangé sur le cheval. Il avait beaucoup aimé Vauban et j’étais ravi qu’il aille chez lui. Je n’ai pas beaucoup de juments, je suis plutôt basé sur le plat et ce cheval est polyvalent. Je pense qu’il serait capable de gagner une bonne course en plat. C’est ma première expérience à Cheltenham, mon premier gagnant dans un Gr1 : tout se passe bien, on ferme le livre et on arrête (rires) ! J’ai une douzaine de poulinières, principalement en association. J’en ai trois avec Olivier [de Seyssel, ndlr]. Waldfest est une jument un peu hors norme. Vauban est son premier produit. Nous avons été malchanceux ensuite. Waldfest nous a fait un joli produit d’American Devil, puis une jolie petite pouliche de Jimmy Two Times, née il y a quelques jours, et nous allons aller à Masar. Nous allons essayer de faire un cheval de Derby. Nous sommes ambitieux ! Je ne fais pas de croisements commerciaux, ce sont des chevaux que j’exploite. L’idée est d’avoir un bon gagnant classique en plat et j’ai l’impression que Waldfest est la jument pour cela. »

Les Groupes de longue distance, la Melbourne Cup, le Champion Hurdle : Willie Mullins veut tout ! Entraîneur de Vauban, acheté par l’intermédiaire de Pierre Boulard, Willie Mullins a déclaré : « Vauban a beaucoup de capacité. Son expérience en plat l’a aidé. Il peut devenir un très bon cheval dans le futur. Il est très vert dans ses sauts, mais il a tellement de vitesse. Rich Ricci a pris la bonne décision. Je voulais le garder novice pour la saison prochaine, mais il m’a dit non. Il préférait courir cette saison. C’est le genre de cheval que l’on pourrait aussi courir en plat plus tard dans sa carrière. Mais nous allons d’abord continuer sa carrière en obstacle. Il a maintenant eu une saison de plat et une d’obstacle et on va donc faire un break. Je pense que nous viserons le Champion Hurdle (Gr1) en 2023. Il a été capable de s’imposer dans cette épreuve sans beaucoup d’expérience, c’est superbe. Il a regardé partout à la fin, mais il a gagné comme un bon cheval. Il va progresser avec l’âge. En plat, il pourrait courir les épreuves de Groupe sur longue distance en Europe et il y a évidemment un travail que je n’ai pas achevé en Australie… Je rêve de gagner la Melbourne Cup (Gr1) ! Par le passé, les chevaux de Champion Hurdle couraient souvent en plat car c’était des chevaux de classe dans cette spécialité. D’ordinaire, les chevaux comme Vauban sont achetés pour l’Australie ou Dubaï. C’est dur pour un entraîneur d’obstacle d’avoir de bons éléments en plat comme Vauban. Maintenant, il pourrait se diriger sur Punchestown plutôt qu’Aintree. Il peut devenir aussi bon que Thomas Hobson et Nicholas Canyon. »

La souche. Élevé par Philippe Decouz et la Scea du Bas Bugey (Olivier de Seyssel), Vauban est un fils de Waldfest (Hurricane Run), qui a gagné une petite course à conditions à 4ans sur 2.750m, à Carpentras. Vauban est son premier produit.

La deuxième mère, Gifted Icon (Peintre Célèbre), a gagné une course F en débutant à 3ans, sur les 2.000m de Compiègne. On lui doit notamment Maki Maki (Makfi), lauréat d’un maiden pour ses débuts en fin d’année de 2ans sur les 2.000m de Marseille-Borély et deuxième du Prix Delahante (L). La troisième mère, Waldmark (Mark of Esteem), a fini deuxième des Falmouth Stakes (Gr2, à l’époque). C’est la mère de l’étalon du haras de la Tuilerie Masked Marvel (Montjeu), lauréat du St. Leger (Gr1), mais aussi de Waldlerche (Monsun), qui n’est autre que la génitrice du gagnant du Prix de l’Arc de Triomphe (Gr1) 2019, Waldgeist (Galileo).

Galiway sur tous les fronts ! Vauban est un fils de Galiway (Galileo), stationné au haras de Colleville. Vauban fut le premier gagnant de Groupe de l’étalon de Guy Pariente en obstacle, et son deuxième gagnant de Gr1 après Sealiway ** (Champion Stakes & Prix Jean-Luc Lagardère). C’est tout à fait remarquable car Galiway réussit dans toutes les disciplines. Sur la seule année 2021, avec huit produits "en gras" en Europe, Galiway était à 20,5 % de black types par partants. C’est vraiment très élevé si on le compare sur 2021 avec les références Galileo (20,7 % de black types par partants), Dubawi (20,4 %), Frankel (18,2 %)… Encore mieux, en prenant les seuls gagnants black types européens de 2021, Galiway frappe un grand coup à 15,4 %, quand on sait que Dubawi est à 12 % et que son père Galileo est à 7,8 %. Le jeune sire compte pas moins de huit lauréats sur les obstacles. Déjà trois sont black types : Vauban (deux victoires de Gr1), Becquathunder (Prix Alain et Gilles de Goulaine, L) et Heniway (2e du Christian de l’Hermite Grand Steeple-Chase des 4ans, L).

Le croisement. Après le premier Gr1 de Vauban, Philippe Decouz nous avait confié : « Il m’est arrivé d’acheter des chevaux au haras de la Pérelle. Dont mon premier bon cheval, Imperiator (Footstepsinthesand), lauréat du Prix Montenica (L) [c’est aussi le cas du gagnant de Groupe et étalon Tornibush, encore un bon sujet qui courait pour la famille Seyssel, ndlr]. Chaque année, je vais voir leur production. Un jour, le manager m’a appelé pour me parler de Waldfest. Elle avait 3ans à l’époque et était au repos. L’objectif était de la faire gagner… bien qu’elle ne soit pas vraiment bonne. J’ai donc eu l’opportunité de la prendre en location. Elle a gagné dès sa première sortie sous mes couleurs et mon entraînement. C’était à Carpentras. Ensuite, Waldfest a été très régulière. C’est une jument que j’aimais bien et qui avait un beau papier. Si bien que j’ai fait une offre d’achat à l’automne de ses 4ans. Et elle a été acceptée. Bien qu’elle n’ait pas couru dans des grands lots l’après-midi, elle avait suffisamment de qualité le matin pour être le leader de Do Ré Mi Fa Sol (Wootton Bassett) [lauréate du Prix du Grand Camp, L, et deuxième de Gr3 à York, ndlr]. C’était la seule qui pouvait me "l’amener sur le bon pied". Nous l’avons ensuite fait entrer au haras. (…) Galiway était proposé à un tarif très accessible. C’est un Galileo (Sadler’s Wells) et le croisement semble bien fonctionner sur le papier. À l’époque, cette famille venait juste de sortir Waldgeist (Galileo). Galiway est un étalon qui est très bien né. C’est aussi un beau cheval. Waldfest est issue d’Hurricane Run (Montjeu), lauréat du Derby d’Irlande (Gr1) et deuxième du Prix du Jockey Club (Gr1). Sa mère, Gifted Icon, est une fille de Peintre Célèbre (Nureyev), lauréat du classique cantilien, mais sur 2.400m. C’est vraiment un croisement classique sur classique. Ce qui est certainement un gage de réussite. En tout cas, cela nous a souri. Waldfest est actuellement stationnée chez la famille de Maleissye-Melun. »