L'éditorial : le(s) jour(s) d’après

Courses / 17.06.2022

L'éditorial : le(s) jour(s) d’après

Lutter contre le dopage, c’est gagner la confiance de TOUS les investisseurs, du propriétaire au parieur /// Clairement, une page est en train de se tourner grâce à la nouvelle Police des jeux /// Chacun doit comprendre l’intérêt collectif de respecter la règle.

Mayeul Caire,

Directeur de la publication

mc@jourdegalop.com

Chaque jour, dans les courses, des personnes “investissent”, des personnes “produisent” et des personnes “consomment”. Propriétaire, éleveur, entraîneur, jockey, parieur, etc., même combat : pour que cela fonctionne, il faut que tous investissent, produisent et consomment.

Mais quel est le ressort numéro 1 de l’investissement, de la production et de la consommation ? La confiance. C’est vrai dans tous les secteurs économiques, et donc chez nous aussi. Sans confiance dans un marché, personne n’investit, ne produit ni ne consomme.

À mon sens, c’est à cette lumière qu’il faut lire l’affaire en cours. En luttant contre le dopage, on travaille à créer, à consolider ou à restaurer (chacun choisira son verbe préféré) la confiance de ceux qui investissent, qui produisent et qui consomment dans notre univers. J’achète un yearling dans l’espoir qu’il gagnera des courses… oui mais seulement si je pense qu’il ne sera pas battu par un cheval dopé ou qu’il n’était pas dopé lui-même le jour de la vente, ce qui me l’aurait fait voir plus beau qu’il n’était. Je m’installe comme entraîneur en espérant percer… oui mais seulement si je pense qu’aucun confrère ne me fera une concurrence déloyale en dopant, me privant de victoires et de clients. Je parie au PMU sur un cheval que je vois bien remporter la prochaine course… oui mais seulement si je pense qu’il n’y aura pas, au départ de la même épreuve, un cheval produisant ce jour-là une performance anormale grâce au doping.

Ce qu'il se passe depuis mardi matin est traumatisant, mais l’enjeu, c’est la confiance ; et la confiance, c’est notre vie et notre survie. Soyons-en convaincus : nous avons tout à gagner et rien à perdre à empêcher les tricheurs de tricher.

En un an, trois grosses affaires de doping sont sorties dans les courses françaises. C’est énorme. Combien de sports – toutes disciplines et tous pays confondus – ont eu droit à trois affaires en un an ?

Certes, toutes ces affaires ne sont pas jugées. Mais en attendant, jugées ou pas, ces affaires sont là – bien là. Et parce qu’elles s’imposent à nous, nous nous devons de questionner notre modèle.

Clairement, au cas où nous ne l’aurions pas compris, nous sommes dans le(s) jour(s) d’après. Une page se tourne. Une grosse page. En effet, la Police des jeux, longtemps fantomatique, a pris le taureau par les cornes. Elle n’a plus l’intention d’être assise sur le strapontin, plus ou moins à la remorque des sociétés-mères. Elle est active et proactive. Elle met les gens sur écoute pendant une longue période, elle accumule des éléments à charge et elle déboule dans les écuries sans prévenir. Qu’en ressort-il ? Que c’est la seule méthode efficace pour lutter contre le dopage. Il est fini le temps où, pour être tranquille, il suffisait de tromper la vigilance du Laboratoire des courses hippiques (L.C.H.). Personne ne peut plus se contenter d’analyser des échantillons, car on voit bien que le taux de chevaux positifs est très faible.

Bref : maintenant que tout le monde a compris que le monde avait changé, cela devrait refroidir les candidats à la triche…

Refroidir, ce n’est pas mal. Stopper radicalement, ça serait mieux. Mais comment faire ? Ce n’est guère l’affaire du L.C.H., dont les résultats sont ce que nous savons. En revanche, l’Institution des courses peut (et doit) agir. Elle le peut au niveau des règles, car la triche existe parce qu’il y a une règle.

D’abord, une bonne règle est une règle simple ; c’est la condition si l’on veut qu’elle soit comprise par tous. Et ensuite, une bonne règle est une règle juste ; c’est la condition si l’on veut qu’elle soit acceptée par tous. J’insiste sur ce point : une règle est mieux respectée quand elle est comprise et acceptée. C’est vrai dans tous les domaines. Prenons un exemple. Dans les villes, les automobilistes ne se gênent pas pour enfreindre les règles de stationnement en se garant sur une place de livraison ; à l’inverse, très rares sont ceux qui se garent indûment sur une place réservée aux personnes handicapées. Pourtant, la sanction et le risque de verbalisation sont identiques. Ce qui fait toute la différence, c’est l’adhésion à la règle : j’adhère à la règle (je le comprends et je la respecte) de ne pas me garer ici car si je le fais, je vais compliquer la vie d’une personne qui n’a pas la chance que j’ai d’avoir toute ma mobilité.

Aujourd’hui, on ne fait pas respecter une règle en punissant, ne serait-ce que parce qu’on ne peut pas mettre un gendarme derrière chaque voleur (ou pour en revenir à notre univers : en envoyant un échantillon au Labo). Si on veut qu’une règle soit respectée, il faut convaincre l’acteur de l’intérêt de la respecter. C’est vrai dans toute société humaine. Et c’est ça, je pense, le job numéro 1 des sociétés-mères : la pédagogie des acteurs.

Et pour finir, nous n’oublierons pas que l’échelle de notre sport, le galop, est internationale. C’est pourquoi le nouveau président de la Fédération internationale des autorités hippiques devrait profiter de sa période d’état de grâce pour faire de l’harmonisation des règles antidopage son sujet numéro 1. Notamment pour bannir le dopage du pays où il est le plus développé : les États-Unis d’Amérique. Il est tout aussi important d’interdire le dopage partout que d'agir afin que le bien-être équin devienne une évidence et non pas une contrainte ou une concession.