Le crime parfait

Le Mot de la Fin / 28.03.2022

Le crime parfait

L’histoire des courses anglaises est pleine de coups d’éclat, d’affaires de jeu et autres subterfuges. Tout ceci est fort heureusement loin derrière nous car, bien souvent, la technologie et la professionnalisation ont rendu la triche impossible. Mais parfois, ces fraudes sont tellement abracadabrantesques qu’elles méritent d’être contées. À la fin des années 1890, deux journaux hippiques dominaient la scène anglaise : Sporting Life et Sportsman. En 1898, Sportsman a publié le programme – avec six courses – d’une réunion prévue sur un hippodrome du pays de Galles au nom délicieusement bucolique : Trodmore. Durant les jours suivants, Sportsman a donné les résultats. Quatre des six courses furent remportées par des favoris. Jusque-là, rien de choquant. En utilisant une copie de Sportsman, des individus ont engagé des paris chez des bookmakers. Certains "books" ont payé les arrivées dès la sortie de Sportsman. D’autres ont attendu la sortie de Sporting Life… et ils ont bien fait. Car malgré sa sonorité familière, Trodmore n’existe pas. C’est une arnaque, une invention. Un individu s’est fait passer pour le président de l’hippodrome de Trodmore auprès de la rédaction de Sportsman en lui fournissant partants et résultats. Personne n’a alors pensé à vérifier si Trodmore existait vraiment. Ce qui lui a permis d’escroquer des bookmakers, en jouant sur des courses fictives dont il connaissait l’arrivée… sans que jamais personne ne retrouve sa trace. Les "books" ont perdu l’équivalent de 14 millions de livres de 2022 dans cette affaire. Le destin de Sportsman en fut affecté et, plus tard, ce titre fut absorbé par Sporting Life.