Sanctionnés avant d'être jugés

Courses / 29.03.2022

Sanctionnés avant d'être jugés

Qui est le mis en examen le plus célèbre de France ? Réponse (ce n’est pas un poisson d’avril) : le ministre de la Justice Éric Dupont-Moretti ! Est-il privé d’exercer son métier ? Non, puisqu’on ne lui a pas interdit d’assumer sa charge gouvernementale. Et les mis en examen dans les courses ? Ceux d’aujourd’hui et ceux d’hier ? Ceux cités dans des affaires de mœurs, ceux cités dans des affaires de dopage et ceux cités dans des affaires de courses arrangées ? Ils doivent se tenir loin des chevaux, donc ne peuvent plus de facto exercer leur métier. Le parallèle entre le ministre et les entraîneurs ou jockeys s’arrêtera là, car les cas sont différents. Mais chacun conviendra que la comparaison recèle tout de même une cruelle ironie...

Dans l’affaire de la Horse Connection, les mises en examen ont été assorties d’un contrôle judiciaire leur interdisant d’exercer toute activité en lien avec les chevaux de course. C’est ce qui entraîne la suspension de leurs agréments obtenus auprès des sociétés-mères. Un contrôle judiciaire peut durer jusqu’à la fin de la phase d’information ou jusqu’à la comparution de la personne. Un an, deux ans, cinq ans : même si cela se termine par un non-lieu ou un acquittement, quelle entreprise pourra se relever après avoir été contrainte de cesser son activité pendant un laps de temps aussi long ? Socialement, professionnellement, ces professionnels ont été sanctionnés avant d’avoir été jugés et condamnés. C’est ce que rappelle Jacques Nodier dans nos colonnes ce soir (lire en page 2). Et l’on n’oubliera pas les salariés des employeurs mis en examen, qui peuvent faire l’objet d’une procédure de licenciement économique. Ni celui des chevaux, dont les propriétaires vont devoir faire dans l’urgence le choix d’un nouvel entraîneur.

Nous voulons tous que les tricheurs soient identifiés et punis. Mais nous espérons tout autant que seuls les tricheurs seront identifiés et punis.