Sel Jem, le chef-d’œuvre de Florence Lormand

Magazine / 25.03.2022

Sel Jem, le chef-d’œuvre de Florence Lormand

Sel Jem, le chef-d’œuvre de Florence Lormand

Éleveur de chevaux de courses depuis vingt ans, Florence Lormand a eu la joie de décrocher sa première victoire de Groupe grâce à Sel Jem (Masked Marvel) dans le Prix Troytown (Gr3), dimanche à Auteuil. Pour Jour de Galop, elle est revenue sur l’histoire de ce 5ans qui fera partie des favoris du Grand Steeple-Chase de Paris (Gr1).

Par Christopher Galmiche

Être patient avec les chevaux. En obstacle encore plus que dans les autres disciplines, la patience est de mise. C’est en 2000 que Florence Lormand a fait naître son premier cheval de course, Jemykos (Nikos). Il a débuté sa carrière chez François Rohaut sous les couleurs Seguinotte, s’imposant en plat à Mont-de-Marsan. Passé sur les obstacles lors du meeting palois 2004/2005, Jemykos a trouvé sa voie d’emblée dans cette nouvelle spécialité. Il s’est imposé lors de ses quatre premières sorties sur les haies, gagnant notamment la Grande Course de Haies de Pau (L) pour Jacques Ortet. Il a ensuite fini quatrième du Prix Juigné (Gr3). Avec Jemykos, Florence Lormand a eu d’emblée un très bon cheval. Elle a régulièrement élevé des gagnants ensuite, mais c’est avec Sel Jem qu’elle atteint le haut niveau. Présente sur la butte Mortemart pour voir son élève gagner le Troytown, elle nous a raconté : « Dimanche à Auteuil, c’était un grand moment ! En fin d’année dernière, j’avais vécu de grandes émotions lorsqu’il avait terminé deuxième du Prix Maurice Gillois (Gr1). Tout le monde était assez confiant, sûr de la qualité du cheval dimanche. C’était un moment très attendu. »

L’obstacle, c’est la France dans sa globalité. Les bons sauteurs viennent de partout, de l’Allier, la Nièvre, la Saône-et-Loire, des Pyrénées-Atlantiques, de la Vendée, de la Bretagne et bien sûr de la Normandie. Sel Jem a vu le jour dans l’Orne et, dès sa naissance quasiment, il sortait du lot. « Je suis installée au Merlerault, sur des herbages assez exceptionnels. Nous avons la chance d’avoir de la place et toute la qualité d’herbe qu’il faut. C’est Arnault Leraitre, qui a toujours suivi la production de mes juments, qui est venu voir Sel Jem en premier. Immédiatement, il avait été conquis par le poulain. Ensuite, M. Papot est venu le voir. J’étais sereine, car nous avons beaucoup discuté et j’étais convaincue qu’il ferait le maximum pour le cheval, mais aussi qu’il resterait en France, dans les meilleures mains possible. Le facteur numéro 1 pour moi comme pour beaucoup d’éleveurs, c’est de donner toutes leurs chances à mes produits pour qu’ils réussissent dans de bonnes maisons et qu’ils restent en France, d’autant plus avec un poulain comme Sel Jem qui sortait du lot. Il était magnifique. Je l’avais vendu au sevrage. Il avait de la taille, de la présence, de l’os, il était parfait dans les aplombs»

Montjeu et ses fils, un vrai atout pour l’obstacle. Le sang de Montjeu (Sadler’s Wells) en obstacle est une valeur sûre. Ses fils Walk in the Park, Authorized, Fame and Glory, Scorpion, Montmartre ou encore Masked Marvel connaissent tous de la réussite dans la spécialité. Le sang de Montjeu, c’est justement l’un des points qui avaient poussé Florence Lormand vers Masked Marvel pour produire Sel Jem : « J’avais choisi Masked Marvel car il y a Montjeu derrière, ce qui est bon pour ramener de la vitesse. C’était un cheval solide avec de la tenue, sans oublier qu’il y a le côté allemand qui donne de la solidité. La mère de Sel Jem, Île des Saintes (Saint des Saints), va retourner à Masked Marvel» Florence Lormand a quatre poulinières : Île des Saintes, Jemysaintes (Saint des Saints), pleine de Latrobe (Camelot), Jemsa (Masked Marvel), pleine de Manatee (Monsun) et Jem Mahaut (Diamond Boy), pleine de Masked Marvel.

Du complet aux courses. Véritable femme de cheval, Florence Lormand a un itinéraire vraiment "complet" autour du cheval… « À la base, je suis monitrice d’équitation et j’ai monté en concours complet. Ensuite, je me suis mise à cheval au centre d’entraînement de Sers. J’étais cavalière et j’ai monté une fois en course à Tarbes. J’ai eu la chance d’avoir de bons chevaux de complet à l’époque de l’entraîneur national Jean-Paul Bardinet. J’étais passionnée par cette discipline. L’élevage est venu sur le tard, parce que la compétition devenait compliquée avec des enfants. »