Thomas Fourcy : quatre victoires dans des courses millionnaires en cinq mois !

Courses / 01.03.2022

Thomas Fourcy : quatre victoires dans des courses millionnaires en cinq mois !

Il a sauvé l’honneur de l’entraînement européen lors de la réunion de la Saudi Cup. Ses pensionnaires ont remporté quatre courses à 1 million de dollars (ou plus) depuis octobre 2021. Et il a sellé les deux premiers dans deux d’entre elles (la Qatar Arabian World Cup et la Jewel Crown). Voici la grande interview de Thomas Fourcy !

Jour de Galop. – Vos cinq derniers mois ont été exceptionnels…

Thomas Fourcy. – Ils ont été extraordinaires : la Qatar Arabian World Cup à ParisLongchamp, la Jewel Crown à Abu Dhabi, l’Amir Sword (Grs1 PA) à Doha et maintenant l’Obaiya Classic (Gr2 PA) à Doha ! Les bons de l’écurie ont chacun pu gagner leur course et c’est vraiment chouette qu’ils aient répondu présent. Hoggar de l’Ardus (Mister Ginoux) est parti en vacances après avoir gagné la World Cup : nous souhaitons le faire vieillir. Je remercie son Altesse le cheikh Mohammed Al Thani pour sa confiance. Lady Princess (General) méritait de gagner l’Amir Sword : c’est une jument exceptionnelle. Et la victoire d’Hadi de Carrère dans l’Obaiya, c’est la cerise sur le gâteau ! Le cheval a eu des pépins de santé l’année dernière et nous lui avons donné du temps. En plus d’être exemplaire, il a bien voyagé et était magnifique. Tout s’est passé pour le mieux.

Le 29 février, l’entraîneur de Royan nous a accordé un grand entretien – audio – disponible en intégralité en cliquant ici. Voici quelques extraits de son interview !

https://podcast.ausha.co/jdg-radio-1/le-talk-62-les-veritables-raisons-de-la-debacle-europeenne-a-la-saudi-cup-le-heros-francais-de-riyad

Les Al Kuwari avaient jusqu’alors mieux réussi avec les pur-sang anglais. Il est très difficile d’acheter des chevaux pour les grandes courses de pur-sang arabes dans le Golfe. Comment ont-ils réagi après leur victoire à domicile (au Qatar), puis en Arabie Saoudite ?

Ils sont très fiers d’avoir pu acheter Lady Princess et Hadi de Carrère. C’est en effet difficile face aux grands éleveurs-propriétaires de pur-sang arabes. Mais les bons chevaux peuvent naître partout, en particulier chez les éleveurs français. Il faut juste toujours y croire, et surtout se battre pour nos souches françaises. Gagner un Amir Sword pour la famille Al Kuwari, c’est très important : cela n’avait jamais été fait [aucune casaque autre qu'une de celles de la famille Al Thani n'avait jusqu'à présent remporté la victoire, ndlr]. Concernant l’Obaiya, c’était difficile avant le coup : notre but était de bien courir et de voir comment le cheval pouvait évoluer sur ce type de piste. Hadi de Carrère nous a finalement fait vibrer. Ce sont des courses très palpitantes !

Et vous avez d’ailleurs donné de la voix !

C’est un peu rare de me voir ainsi ! Habituellement, je vis bien les courses. Mais je voulais être le premier Français à gagner cette course et… surtout avant Alban de Mieulle (rires) ! C’est une personne avec laquelle je m’entends très bien : quand j’étais jockey, c’était mon idole. Il aime toujours être premier dans ce qu’il fait. J’essaye donc de faire comme lui ! Et c’est pour cela que j’ai mis du cœur dans la ligne droite.

Le lendemain, vous avez gagné à Bordeaux… mais cette fois en obstacle, avec Thénac. Quel avenir lui voyez-vous ?

Thénac (Walk in the Park) a eu des problèmes de santé et c’est pour cela qu’il a été écarté des pistes pendant une longue période. Nous allons prendre les courses les unes après les autres avec lui et voir si ses petits soucis sont derrière lui. Nous avons une idée mais il faut voir comment il revient de ses courses et s’il tient le choc physiquement. Sur ce qu’il montre le matin, Thénac pourrait aller sur les bons steeples à Auteuil.

Avez-vous beaucoup de sauteurs dans votre effectif ?

J’effectue un roulement avec une petite dizaine de chevaux. L’obstacle est une spécialité que j’ai toujours appréciée et que j’aimerais développer un peu plus. Mais j’ai beaucoup de pur-sang arabes à entraîner et il faut faire des choix. J’ai beaucoup de plaisir à entraîner des sauteurs. C’est important de montrer que nous ne sommes pas "que" des entraîneurs de pur-sang arabes : il faut pouvoir être capable d’entraîner chaque cheval dans la spécialité qui lui correspond (…) Nous avons les mêmes questionnements avec les chevaux de plat et avec ceux d’obstacle. C’est à nous de faire la part des choses, de les respecter et viser les bons engagements. En ce qui me concerne, j’apprends beaucoup en voyageant. C’est toujours agréable de parler des François Rohaut, Alban de Mieulle ou Alain de Royer Dupré. Il est intéressant de savoir comment chacun amène ses chevaux au top le jour J.

Êtes-vous la première personne de votre famille à travailler dans les courses ?

Oui, cest exact. Mon père était agriculteur. Quand j’étais enfant, la seule chose sur laquelle je montais… c’était un tracteur ! De temps en temps, en cachette, j’enfourchais un poney dans les allées de pommiers de mon père. Il n’était pas au courant de cela …

Comment avez-vous eu l’idée de rentrer à l’Afasec?

Mon père est décédé quand j’avais dix ans. J’étais trop jeune pour reprendre la ferme. Ma mère a continué un peu mais c’était dur. Comme j’aimais les chevaux, je suis rentré à l’Afasec un peu par curiosité. J’ai fait le stage et j’ai été accepté. Mais je n’étais pas très précoce…

Lorsque vous avez gagné la Qatar Arabian World Cup avec Al Mourtajez, Guillaume Macaire a dit qu'avant vous, « personne ne pouvait entraîner un cheval de ce niveau-là en plat à Royan. » Avez-vous inventé quelque-chose ?

Je suis resté dix ans chez Arnaud Chaillé-Chaillé en tant que jockey et cavalier d’entraînement. J’y ai beaucoup appris. Il avait beaucoup de succès avec les pur-sang arabes. Donc non, je n’ai pas inventé grand-chose : j’ai continué ce que je faisais chez Arnaud. Et le nombre de chevaux que l’on a sous sa responsabilité fait aussi la différence. Sur la fin, Arnaud avait cinq pur-sang arabes : cela devient tout de suite plus compliqué de gagner des grandes courses avec un si petit effectif. J’ai eu la chance de toucher un cheval extraordinaire avec Al Mourtajez au début de ma carrière d’entraîneur. C’est plus facile de gagner les grandes courses avec des chevaux comme lui !

C’est aussi dû à votre travail, car ce n’était pas le cheval le plus simple du monde…

Oui et son cavalier a fait un excellent travail : il était très compliqué et très fort. Même moi, j’avais un peu de mal à le monter ! Sa première génération ne va pas tarder à arriver à l’entraînement et je pense que j’en aurai entre dix et quinze à terme. Il y a de beaux produits. À cette époque de l’année, mes 3ans ne font que des petits canters. Mais certains se déplacent bien…

Votre rencontre avec Hassan Mousli – l’éleveur d’Al Mourtajez – a-t-elle changé beaucoup de choses ?

Je lui dois vraiment tout. Il m'a fait confiance très tôt en tant que jockey chez Arnaud. Il voulait à tout prix que ce soit moi qui monte ses chevaux l'après-midi dans les belles courses et c’est grâce à lui que nous avons eu ces résultats. Il m’a aussi incité à m’installer comme entraîneur, car Arnaud ne pouvait pas prendre tous ses pur-sang arabes à l’entraînement. À la base, je me suis installé juste pour lui ! Je n’avais pas la prétention de devenir un grand entraîneur. Je le faisais vraiment par amitié et je le considère comme mon père : je l’appelle tous les jours ! Notre relation s’est encore renforcée, grâce aux bons chevaux. C’est d’autant plus agréable qu’il habite à trois quarts d’heure de l’écurie.

Vous êtes un habitué du Qatar, mais c’était la première fois que vous vous rendiez au meeting de la Saudi Cup. Quelle impression vous a donnée l'Arabie Saoudite ?

Ils ont de très bonnes infrastructures, l’hippodrome est extraordinaire. Avoir une piste en gazon avec une telle densité d’herbe, malgré la chaleur, c’est vraiment du bon travail. La piste en sable est bien entretenue. Nous avons vu de très beaux et bons chevaux. Ce n’est pas un petit hippodrome : il y a de belles lignes droites et de grands virages, les bons chevaux peuvent bien s’exprimer et cette piste les attire, donc. Nous avons appris de nouvelles choses à voir les autres travailler.

Pensez-vous qu’il y a un vrai potentiel pour la France en Arabie Saoudite ?

Oui. Le pays est en train de se développer. Les Saoudiens vont certainement investir. Nous avons de très bonnes souches et de très bons chevaux. Hadi de Carrère a notamment montré que l’on pouvait gagner de belles courses chez eux et cela va sans doute les motiver à acheter en France. Cette année, aux ventes, nous avons bien vu Jean-Pierre de Gasté acheter pour des Saoudiens, dont le frère de Lady Princess.

Au Qatar, le meeting brille par la qualité de l’organisation…

Tout est parfaitement rodé là-bas. Patricia de Mieulle s'investit énormément. Elle y met beaucoup de cœur et ce n’est pas toujours facile pour elle car les entraîneurs, les propriétaires et les éleveurs sont très exigeants. Elle est motivée, passionnée, et elle fait tout pour que les grands meetings se déroulent le mieux possible.

 

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