Tribune libre : « Des dispositions d'une violence inouïe aux conséquences mortelles »

Courses / 29.03.2022

Tribune libre : « Des dispositions d'une violence inouïe aux conséquences mortelles »

Par Jacques Nodier

Gérant de la S.C. Écurie du Sagittaire

« Vous avez ouvert le débat sur le sujet délicat de la compétence des services chargés de la répression de la fraude, notamment de la police. Les enquêtes d'opinion ont mis en évidence le fait que la confiance et le respect que les citoyens lui doivent sont altérés ou dégradés par le comportement inapproprié de certains de ses membres. Le rôle de la police, et plus généralement de l'ensemble de nos services publics, est essentiel pour l'ordre et la paix civile et très peu de gens contestent cette affirmation. Mais ce qui est insupportable, c'est d'avoir affaire à des hommes et des femmes qui outrepassent le rôle que la société leur confie, qui l'exercent avec arrogance et suffisance et n'acceptent pas d'être contestés ou mis en cause.

Et comme vous l'avez évoqué dans vos derniers articles, ces personnes, à défaut de compétences qui ne font pas partie de leur culture ou de leur formation, ne font pas appel à des "sachants", à défaut d'experts qui n'existent pas toujours.

La réponse apportée par le chef du Service central des courses et des jeux que vous avez questionné sur ce sujet est édifiante : « Nous avons le très fort appui du service vétérinaire du laboratoire des courses hippiques. Ils sont présents lors des perquisitions et des opérations de police ... »

Or ce service vétérinaire qui est intégré au système de contrôle et de répression n'a aucune qualification pour s'exprimer sur les conditions d'exercice du métier d'entraîneur.

Ces organisations, conçues pour la lutte antidopage et pour le démantèlement des filières du dopage, ont toute notre confiance et notre estime, mais quand il s'agit d'apprécier si un entraîneur doit être sanctionné par l'interdiction d'exercer son métier lorsqu'il s'est affranchi des obligations souvent contestables qui lui sont imposées, nous sommes en droit de mettre très sérieusement en doute leur compétence.

L’injection nécessaire pour sauver la vie d'un cheval en colique, les ordres de tempérance donnés à un jockey pour qu'un cheval débutant soit ménagé, et tant d'autres soins que prodiguent chaque jour les entraîneurs, seront vus par ces censeurs comme des fraudes, des truquages, des infractions punissables. Et c'est sur leurs rapports que les magistrats se fondent pour ordonner la mise en examen et déterminer l'étendue d'un contrôle judiciaire.

Dans le cas qui nous occupe et qui concerne monsieur Dubord, il s'agit de l'interdiction d'exercer sa profession, de se rendre sur le centre d'entraînement, sur un hippodrome, de s'occuper de ses chevaux, sans parler des conséquences indirectes sur les propriétaires et leurs chevaux. Ce sont des dispositions d'une violence inouïe, aux conséquences mortelles. Il n'y a pas beaucoup de chance pour que le magistrat décisionnaire ait conscience de la disproportion qui existe entre les fautes présumées et la sanction qu'il ordonne. 

Il convient toutefois de ne pas se tromper de combat. La lutte contre le dopage et contre la fraude est essentielle et les sociétés-mères ont exprimé avec clarté leur position sur cette question. Mais la situation dramatique à laquelle Jean-Laurent Dubord est confrontée ne peut pas laisser indifférent.

Devenir l'emblème de la "Horse Connection" pour des faits qui relèvent peut-être d'une amende est inadmissible et devrait conduire les parties responsables (Police des jeux, Justice, Institution des courses) à tout faire pour que le bon sens prévale et qu'il soit mis fin à sa souffrance. »