DIMANCHE NOIR POUR LES COURSES

Courses / 17.06.2022

DIMANCHE NOIR POUR LES COURSES

DIMANCHE NOIR

POUR LES COURSES

La réunion dominicale d’Auteuil a été victime d’un conflit social portant sur les salaires au sein des sociétés mères. La réunion, riche d’un Quinté, de deux Groupes, d’une Listed… a été annulée (et reportée samedi prochain pour la majorité des courses). Cela représente un manque à gagner d’environ un million d’euros pour la filière.

Cela ne vous rappelle rien ? Le 28 février 2017, la réunion de réouverture de l’hippodrome phare de l’obstacle français était aussi passée à la trappe, encore une fois en raison de l’échec de négociations sociales entre les syndicats et les représentants des salariés et France Galop. Cette fois, ce sont les deux maisons mères qui n’ont pu se mettre d’accord avec les représentants de leurs salariés et les syndicats.

Les NAO (négociations annuelles obligatoires), qui se sont tenues vendredi dernier, sont à l’origine de ce mouvement social. Elles n’ont pas abouti à un accord. Olivier Delloye, directeur de France Galop, explique : « Vendredi, les sociétés mères et les représentants des salariés des hippodromes et des centres d’entraînement étaient réunis pour les NAO. Notre proposition était une augmentation collective de 2 % des salaires, avec un engagement de compléter cette augmentation par des dispositifs plus souples et plus adaptés au contexte inflationniste actuel. Cette proposition, portée par nos deux DRH, n’a pas satisfait les délégués fédéraux. Devant la menace d’une grève, nous avons pris l’initiative, de concert avec LeTROT, de réunir ces personnes dimanche matin. L’objectif de cette réunion n’était pas de poursuivre les NAO, qui doivent avoir lieu dans un cadre formel, avec les personnes habilitées à y assister, mais de se montrer rassurants quant à notre état d’esprit et de proposer une nouvelle réunion de NAO mercredi matin. Il s’agissait d’un signe d’ouverture de notre part. J’étais plutôt confiant sur l’issue de cette réunion. On nous a demandé un engagement écrit d’une augmentation de 4 %. Je n’avais pas mandat du Trot pour négocier aujourd’hui un tel accord, et nous entendons négocier dans le cadre normal d’une NAO, et non à quelques heures d’une réunion menacée de grève… »

La grève pouvait-elle être évitée ? Si la menace de grève était forte au point que les sociétés mères prévoient cette réunion de la dernière chance dimanche matin, fallait-il en amont reporter la réunion d’Auteuil, voire la déplacer sur un hippodrome ne dépendant pas de France Galop ? Le coup est dur pour les professionnels ayant déplacé leurs chevaux et leur personnel à Auteuil pour rien, et on comprend leur colère. Dans le même temps, le dialogue social – et c’est bien un dialogue que les sociétés mères veulent instaurer – ne peut pas se faire à coup d’entrave au droit de grève. Surtout quand ce dialogue n’en est qu’à ses prémices. L’obstacle est fragile, certes, et cette grève va le fragiliser encore plus, mais fallait-il courir à tout prix cette réunion (à un autre moment, sur un autre lieu), quitte à mettre en danger les réunions à venir ? Soyons clairs : le conflit est dur, et pourrait durer. Et c’est alors toute la filière qui sera en danger de mort. Les parties prenantes (représentants du personnel et maisons mères) doivent en être conscientes.

Le point de vue des syndicats

La proposition des maisons mères a été jugée indécente et l’intersyndicale parle de "dédain". Pierre Bellaiche, représentant de l’intersyndicale, explique : « L’inflation entre janvier 2016 et janvier 2022 a été de 6,8 %. Les salariés ont perçu 2,7 % d’augmentation durant cette période et ont donc perdu 4 %. En 2022, l’inflation prévisionnelle est de 4,5 % ! Vendredi, à l’issue de la NAO, on nous a proposé 2 % d’augmentation : avec ces 2 %, les salariés perdent 6 % de pouvoir d’achat. La réunion, vendredi, s’est terminée à 12 h 36 et, dès ce moment, l’Institution était au courant de notre grève à Auteuil. Vendredi soir, ils [France Galop, ndlr] nous ont envoyé un mail en nous disant qu’il y avait une réunion dimanche matin à 10 h. Nous sommes venus et ils n’avaient rien à nous proposer. Nous leur avons demandé pourquoi ils nous avaient convoqués. Ils nous ont dit que les entraîneurs n’étaient pas contents… Mais nous non plus, nous ne sommes pas contents ! Aujourd’hui, on leur demandait 2 % [de plus que les 2 % proposés pour arriver à 4 %, ndlr]. Jacques Détré, qui a été très bien, nous a dit que 4 % étaient une somme honnête. Olivier Delloye nous a dit qu’il ne pouvait pas prendre la décision pour LeTROT et nous lui donnons raison sur ce point. Mais depuis vendredi, nous les avions prévenus. Vendredi soir, samedi : ils n’ont rien fait ! Jean-Pierre Barjon n’était peut-être pas disponible… Je n’en sais rien ! Ils n’ont pas pu joindre Jean-Pierre Barjon. On dirait qu’il décide tout ! Il a pris en otage le PMU et France Galop. Nous sommes des salariés à un niveau moyen et nous voulons garder ce niveau-là. »

Même s’il ne s’agissait pas d’une réunion de négociation salariale et qu’il n’était « pas question de négocier les salaires sous la pression d’une menace de blocage de la réunion », comme l’a souligné Olivier Delloye, nous sommes tout de même étonnés que les représentants du Trot n’aient pas fait le déplacement alors que l’on prône l’union.

La chronologie des événements

– 10 h : réunion entre l’intersyndicale et des représentants de France Galop (dont Olivier Delloye et Bernhard Opitz). Les rumeurs d’une annulation de la réunion commencent à monter.

– Peu après 13 h : l’intersyndicale se dirige vers le rond de présentation.

– 13 h 25 : les entraîneurs sont appelés aux balances.

– 13 h 45 : Olivier Delloye et Bernhard Opitz se rendent dans le rond de présentation. Les entraîneurs demandent à parler aux manifestants.

– 14 h 10 : les représentants de France Galop partent du rond. Le ton chauffe avec certains entraîneurs.

– 14 h 20 : le public commence à siffler.

– 14 h 21 : la réunion est annulée

Face à face tendu

Il s’est passé une heure vingt environ entre le moment où les grévistes se sont installés dans le rond et l’annulation de la réunion. Nous avons eu les explications de France Galop et de l’intersyndicale sur ce qu’il s’est passé depuis vendredi matin, mais aussi sur ce qu’il s’est passé dans le rond. Les deux versions sont parfois contradictoires : nous ne sommes pas en mesure de confirmer ou non certains propos puisque l’accès au rond de présentation, durant les pourparlers, a été interdit à l’ensemble des médias présents. Les syndicats soulignent que certains entraîneurs, envoyés par France Galop – est-ce vrai ? – ont été virulents – de loin et sans le son, cela avait l’air vrai –, et que d’autres sont tout de suite allés à leur rencontre pour leur dire qu’ils avaient raison, ce que nous ne pouvons pas confirmer. France Galop explique avoir convoqué les entraîneurs ayant un partant dans la réunion quand il a été certain que la réunion allait être annulée. Certains professionnels, très remontés, ont voulu aller discuter avec les représentants syndicaux. France Galop voulant éviter tout débordement, il leur a été proposé de rencontrer les entraîneurs dans une salle, en dehors de la vue du public. Cette proposition aurait été refusée…

Le communiqué commun de France Galop et du Trot

« En raison d’un mouvement social des personnels des hippodromes de France Galop et LeTROT, la réunion du jour à Auteuil a dû être annulée et reprogrammée à samedi prochain. Les sociétés mères regrettent vivement cette annulation, tant pour les propriétaires, les professionnels et les parieurs que pour le public présent.

Ce mouvement s’inscrit dans le cadre de la NAO (négociation annuelle obligatoire sur les salaires) des personnels des hippodromes et centres d’entraînement de France Galop et LeTROT, ouverte vendredi 22 avril. Cette négociation porte chaque année sur le niveau d’augmentation collective des salaires de ces personnels qui par ailleurs bénéficient d’autres mesures conventionnées (exemple : enveloppe d’augmentations individuelles, prime d’ancienneté), voire de dispositifs ponctuels comme ce fut le cas en 2021 avec les primes exceptionnelles de pouvoir d’achat (PEPA).

Au regard du contexte marqué par une inflation élevée mais aussi conjoncturelle (notamment du fait de la situation géopolitique internationale) et après avoir écouté les organisations syndicales, les directions de France Galop et LeTROT ont proposé aux partenaires sociaux une augmentation collective de +2 %, laquelle serait complétée de mesures conjoncturelles afin de compenser les effets de l’inflation connus à ce jour.

La réunion n’a hélas pas permis d’aboutir à un accord entre les parties et s’est achevée à la demande des syndicats à 12 h 30.

Face à ce constat de désaccord et compte tenu du risque d’un mouvement social dimanche à Auteuil, la direction de France Galop a invité les délégués syndicaux à une réunion d’urgence dimanche matin à 10 h. À l’occasion de cette rencontre, la direction de France Galop a réitéré sa volonté de poursuivre les négociations en proposant une seconde réunion dès mercredi matin, dans le même format de NAO que celle de vendredi dernier.

Les organisations syndicales ont quant à elles exigé un accord formel immédiat sur un niveau d’augmentation de salaire double de la proposition des sociétés mères, accord non obtenu lors de la réunion de vendredi. La direction de France Galop a répondu que si la négociation demeurait ouverte, celle-ci devait se mener dans les conditions normales d’une NAO et non sur un hippodrome, à quelques heures du début des opérations, sous la menace d’une annulation de réunion de courses.

En dépit des conséquences graves du report imposé de cette réunion d’Auteuil, les sociétés mères sont toutefois engagées à poursuivre les négociations avec leurs partenaires sociaux en vue de trouver une issue juste pour leurs salariés. »

Le report des courses annulées

Les Prix :

– Karcimont (Steeple-chase, handicap divisé 5ans et +, 1re épreuve)

– Pont d’Iéna (Steeple-chase, handicap divisé 5ans et +, 2e épreuve)

– Wild Monarch L. (Haies, Femelles 3ans, Inédites)

- Marsan L. (Haies, handicap 4ans)

– Romantisme (Haies, Mâles et hongres 4ans)

– Léon Rambaud G2 (Haies, 5ans et +)

– Jean Stern G2 (Steeple-chase, 4ans)

sont reportés le samedi 30 avril.

Nouvelles déclarations

Les engagements et forfaits initiaux sont maintenus :

– partants probables et montes : mercredi 27 avril 2022, 11 h 30 ;

– annul. partants et montes : jeudi 28 avril 2022, 10 h 30.

Le Prix André Boingnières (Steeple-chase, 5ans AQPS) est reporté le samedi 4 juin.

Nouvelles déclarations

– Engagements : vendredi 27 mai 2022, 10 h 30

– Forfaits : mardi 31 mai 2022, 11 h 30

– Engts supplémentaires : mercredi 1er juin, 11 h 30

– Partants probables et montes : mercredi 1er juin 2022, 11 h 30

– Annul. partants et montes : jeudi 2 mai 2022, 10 h 30 11 h 30

Attention, nouveaux numéros de courses.

Jacques Détré : « C’est un coup dans le dos porté aux courses d’obstacles et j’espère qu’on pourra s’en relever… »

« C’est dommage d’avoir pris en otage cette réunion d’Auteuil si belle et préparatoire à notre grand week-end. J’en suis désolé pour l’obstacle en général et pour Auteuil en particulier. C’est un coup dans le dos porté aux courses d’obstacles et j’espère qu’on pourra s’en relever… Nos échanges avec le trot sont permanents. Mais les seuls échanges qui sont valables sont ceux qui se font autour d’une table de négociations officielles de NAO, où tout est noté. Aujourd’hui, c’était une réunion de pression à laquelle nous leur avons demandé d’assister pour que les courses puissent se courir. Manifestement, ils étaient bloqués sur un chiffre et sur une façon de l’incorporer dans les salaires. Nous ne pouvions pas nous engager sur cette position car nous n’étions pas avancés sur le sujet avec LeTROT. Je ne sais pas ce que les syndicats ont dans la tête. J’imagine qu’ils vont faire pression sur le Trot aussi. On peut imaginer que Vincennes et ParisLongchamp soient dans le collimateur. »

Marcel Rolland : « Dramatique »

« Ce que je trouve regrettable, c’est que nous avons connu des actions de ce genre par le passé. À chaque fois, il faut arriver à ce stade-là pour que les négociations se terminent. C’est problématique. Les personnes de la CGT ont dit que si on leur donnait 4 % d’augmentation, ils partaient tout de suite. Ils ont expliqué avoir lancé le préavis de grève vendredi et que la seule solution était de bloquer la réunion. C’est dramatique… C’est regrettable pour tous les professionnels, les chevaux qui sont venus de province… Aujourd’hui, il y avait un peu de public à Auteuil et c’est aussi dramatique pour l’image des courses. Dans le Quinté, j’avais un partant qui avait sa place à l’arrivée, il y a du personnel aux courses qu’il faut payer… Je répercute à qui ? J’envoie la note à la CGT ? Nous avons essayé de discuter avec les syndicats en leur disant que leur mouvement serait dans les médias et qu’ils pourraient être plus entendus. Mais c’était : ou ils avaient leurs 4 % ou ils restaient dans le rond d’Auteuil. »

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